Hôtellerie et restauration : la double peine

Parmi les plus touchés par la crise, le secteur de la restauration et de l’hôtellerie est aussi parmi les tout derniers à émerger du confinement. Si certaines promesses gouvernementales rassurent, beaucoup d’inquiétudes demeurent, notamment sur la gestion de la dette accumulée pendant les mois d’inactivité et sur l’élaboration d’un protocole sanitaire adapté à la profession.

Parmi les plus touchés par la crise, le secteur de la restauration et de l’hôtellerie est aussi parmi les tout derniers à émerger du confinement. Si certaines promesses gouvernementales rassurent, beaucoup d’inquiétudes demeurent, notamment sur la gestion de la dette accumulée pendant les mois d’inactivité et sur l’élaboration d’un protocole sanitaire adapté à la profession.

Entre les week-ends de trois jours qui s’enchaînent, les températures qui montent et les soirées qui s’éternisent, aucun doute, les terrasses devraient être prises d’assaut et les réservations battre leur plein. Pourtant, bon dernier du déconfinement entamé le 11 mai dernier, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration reste à l’arrêt ; victime, comme celui de l’ensemble des acteurs du tourisme, de modèles encore jugés à trop haut risque dans la lutte contre la propagation du virus. Une particularité qui, ajoutée à l’arrêt total de toute activité depuis la mi-mars, lui valait, le mois dernier, de se voir requalifier « priorité nationale » par le gouvernement et accorder un plan de relance de 18 milliards d’euros au total. Le 14 mai, lors d’un comité interministériel du tourisme, Édouard Philippe en dévoilait les principales mesures et évoquait « un vrai drame pour les professionnels du secteur ».

Favoriser le rédemarrage

Pour y faire face et assurer la survie d’un « fleuron » de l’économie nationale, le gouvernement mise sur trois leviers : le fonds de solidarité créé pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration qui restera ouvert jusqu’à la fin de l’année, l’exonération des cotisations sociales pour un montant total estimé à 2,2 milliards d’euros et la prolongation du recours au chômage partiel jusqu’à la fin septembre. Autre mesure annoncée : un prêt garanti par l’État et un doublement du plafond des tickets restaurant de 19 à 38 euros, assorti de la possibilité de les utiliser les dimanches et jours fériés. Objectif : favoriser le redémarrage du secteur par tous les moyens... Du côté de l’UMIH – Union des métiers et des industries de l’hôtellerie –, on juge le dispositif encourageant mais insuffisant pour assurer la relance d’un secteur qui, rappelait son président Roland Héguy, représente 8 % du PIB et plus de 2 millions d’emplois.

"Il nous faudra bien rembourser la dette alors que nous ne serons peutêtre pas économiquement en état de le faire..."

L'enjeu de la dette...

« La situation est très grave, ce comité interministériel du tourisme était celui de la survie », déclarait-il dans la foulée des annonces, en insistant sur les incertitudes qui pèsent encore sur la reprise du secteur et en tête desquelles il place la gestion de la dette accumulée durant les mois passés. « Beaucoup de leviers reposent sur la dette qu’il nous faudra bien rembourser alors que nous ne serons peut-être pas économiquement en état de le faire… », rappelait-il. Au cœur de cette absence de visibilité, l’attitude qualifiée d’inflexible des assurances est pointée du doigt. Elles qui, rappelle Roland Héguy, n’alimentent le fonds d’investissement qu’à hauteur d’un milliard d’euros alors que les pertes d’exploitation du secteur dépassent déjà les dix milliards et devraient encore s’alourdir « du fait de réouvertures en sous-capacité ». D’où l’appel de l’UMIH au gouvernement pour que celui-ci légifère pour contraindre les assurances à prendre en charge une partie de cette dette.

… Et celui du protocole sanitaire

Autres écueils pointés par la Fédération, celui, qualifié de « bombe à retardement » pour les professionnels du secteur, de la question des loyers et de leur prise en charge – l’UMIH demandant l’annulation de leur paiement pour six mois et en appelant au fonds de solidarité pour dédommager les bailleurs du manque à gagner – et celui dans lequel Roland Héguy voit « une ligne rouge » à ne pas franchir. Ligne rouge qui consisterait, pour l’exécutif, à imposer les mêmes règles de distanciation sociale dans les restaurants et bars que dans les commerces, imposant ainsi une mesure jugée irréaliste par la profession et incompatible avec ses fondamentaux. Raison pour laquelle Roland Héguy fait de l’élaboration – désormais urgente – d’un protocole sanitaire adapté aux contraintes de la profession une condition sine qua non à la relance du secteur.

Caroline Castets

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Prévisions - acteurs de la relance - secteurs
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