Le marathon de la relance économique gouvernementale

Depuis fin mars, le gouvernement a mis en place toute une batterie de mesures afin d’éviter un effondrement de l’économie. Efficaces jusqu’à présent, ces dispositifs s’avèrent nécessaires pour maintenir à flot la trésorerie des entreprises. Il en faudra pourtant davantage pour stimuler l’investissement et surtout laisser aux sociétés le temps de reprendre leur souffle ainsi que d’innover.

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Depuis fin mars, le gouvernement a mis en place toute une batterie de mesures afin d’éviter un effondrement de l’économie. Efficaces jusqu’à présent, ces dispositifs s’avèrent nécessaires pour maintenir à flot la trésorerie des entreprises. Il en faudra pourtant davantage pour stimuler l’investissement et surtout laisser aux sociétés le temps de reprendre leur souffle ainsi que d’innover.

Embouteillages devant chez McDonald, queues de clients chez Zara, carnets de rendez-vous pleins pour certains coiffeurs jusqu’à fin mai… Le début du déconfinement donne de l’air aux entreprises, contraintes pour un certain nombre d’entre elles depuis fin mars de diminuer drastiquement leur activité voire de fermer complètement. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Bien que les rues aient retrouvé leurs passants et les magasins des consommateurs, l’économie marque le pas. Bien sûr, le gouvernement français propose tout un arsenal de mesures qui, jusqu’à présent, se révèle efficace et a permis d’éviter des licenciements secs et des faillites en nombre. Cette crise va toutefois se révéler un marathon sur la durée et l’État devra continuer à intervenir. Non plus pour assurer le maintien du pays sous perfusion mais afin de soutenir la reprise. Quels sont les moyens à sa disposition ? Les mécanismes jusque-là mis en place seront-ils prolongés ? D’autres moyens existent-ils ?

Fiscalité

La première mesure décidée par Bercy afin de soutenir la trésorerie des entreprises a été d’annoncer un report de trois mois des charges sociales et fiscales. Les secteurs les plus sinistrés pourraient même bénéficier d’annulations pures et simples, ouvrant la voie à des réclamations d’autres pans de l’économie. Les économistes s’accordent à dire que cet outil était nécessaire et efficace. Alors, doit-il être prolongé ? « La question du temps est un enjeu majeur pour la reprise, insiste Céline Soulas, professeure d’économie à la Burgundy School of Business. Il faut donner le temps aux entreprises de reconstruire leur capacité de production et de faire face au ralentissement de la demande.. » En effet, l’incertitude liée à la crise sanitaire dont on ne connaît pas la fin et, par ricochet, celle liée à un retour plus ou moins lent des habitudes de consommation, risque de freiner la relance. « À un moment, les patrons savent qu’ils vont devoir payer, ce qui veut dire que l’incertitude est reportée à plus tard, affirme Céline Soulas qui suggère que l’« on pourrait imaginer l’annulation des charges afin de la limiter ».

 "La question du temps est un enjeu majeur pour la reprise"

D’un point de vue fiscal, Bercy dispose d’autres outils. « Dans notre scénario principal, nous estimons que la baisse de l’impôt sur les sociétés - prévue initialement pour 2020 avant d’être reportée à 2021 - à cause de la crise des Gilets jaunes - pourrait finalement intervenir cette année », prédit Alain Durré, économiste en chef chez Goldman Sachs France. Son équipe table sur un stimulus direct de la reprise de la part du gouvernement de l’ordre de 20 milliards d’euros à horizon un an, sous forme de baisses d’impôts ainsi que de participations à l’investissement. La question de l’impôt sur les sociétés (IS) ne fait pas consensus. Si la baisse s’avère toujours une bonne chose pour le contribuable, elle signifie aussi moins de rentrées d’argent pour l’État qui va en avoir pourtant bien besoin. Par ailleurs, « on peut se demander, s’interroge Céline Soulas, s’il est pertinent de ne pas mettre toutes les mesures en place en même temps et de garder en réserve l’IS. Si l’État manque ensuite d’outils, il risque de s’appuyer sur la fiscalité des ménages », poursuit-elle.

L’emploi et la consommation

Pas de reprise de la consommation sans consommateur. Afin de limiter la casse et de se prémunir pour le moment contre une crise sociale, le gouvernement a mis en place un dispositif de chômage partiel étendu. « Lors de la crise de 2008-2009, l’Allemagne a instauré ce dispositif et son taux de chômage n’a augmenté à l’époque que de 0,2 point, note Alain Durré qui compare avec les mesures  bien plus restrictives de la France dont « le chômage a augmenté de 1,6 point. » Pour le moment, ce dernier n’a pas bougé avec la crise, même si le taux de sous-emploi a augmenté. « Vu la flexibilité donnée aujourd’hui aux entreprises, ce dispositif devrait être efficace », poursuit l’économiste de Goldman Sachs.

"Il va falloir une bonne année avant de se relever"

Dans un pays comme les États-Unis, où les licenciements s’avèrent bien plus faciles à acter, le taux de chômage bondit (14,7 % en avril, contre 3,5 % en février). Certes, cette spécificité permet également aux entreprises d’embaucher plus facilement et de s’adapter mais elle risque de freiner la consommation de manière plus importante qu’en France. Pour contrer cette dynamique, le pays de l’oncle Sam distribue des chèques aux ménages (1 200 dollars à tous les adultes du pays gagnant moins de 75 000 dollars par an), une mesure baptisée « monnaie hélicoptère ». Celle-ci part du principe que les citoyens vont dépenser cet argent et soutenir les entreprises. Selon l’ONG Positive Money Europe, la distribution de 1 000 euros à tous les citoyens de la zone euro permettrait un stimulus immédiat de 1,2 % du PIB. Mais la proportion dépend de la capacité des Européens à consommer. Par exemple, les Français épargnent plus que la moyenne de l’UE et encore plus massivement avec la crise. En mars, leurs dépôts bancaires ont atteint presque 20 milliards d’euros, soit quasiment trois fois plus qu’en février. De plus, lorsqu’ils mettent de l’argent de côté, ils se tournent vers des produits peu risqués et donc rarement vers le financement des entreprises. Et ceux qui ont besoin de cet argent pour vivre sont « des ménages qui n’ont pas forcément d’autres choix que de consommer à bas prix et donc rarement français. Ce qui, selon Céline Soulas, « pourrait favoriser les importations et donc ne pas alimenter la relance française. »

Les prêts

Des prêts garantis par l’État ont également été mis en place par Bercy, en lien avec Bpifrance et les banques dès le 25 mars. Au 14 mai, 500 000 demandes pour près de 100 milliards d’euros étaient comptabilisées dont 66,5 milliards sont déjà accordés. Auxquels viennent se greffer 20 milliards de reports d’échéances de prêts pour six mois et concernant 1,6 million de crédits précédant la crise. Un dispositif efficace pour maintenir la trésorerie à flot voire stimuler les investissements. Là encore, la question du tempo sera incontournable. Il ne faudra pas que les entreprises aient à rembourser à un moment délicat ces crédits et que ces échéances arrivent en même temps, par exemple, que des paiements de charges. « Tout ce qui est mis en place est pertinent mais s’il faut rembourser dès 2021 on ne s’en sortira pas facilement », estime Céline Soulas pour qui « il va falloir une bonne année avant de se relever. »

L’investissement

Le manque de visibilité sur les mois à venir pourrait pousser les chefs d’entreprise à se désendetter et mettre un coup d’arrêt à leurs investissements, mouvement nuisible sur le long terme. En effet, la reprise passera par ce biais. Pourtant, selon une enquête menée fin avril par Bpifrance et Rexecode auprès des patrons de PME et TPE,  81 % avaient des projets d’investissement avant le déclenchement de la crise. Parmi eux, 31 % comptent les maintenir tandis que près de la moitié envisage de les reporter et 22 % de les annuler.

Impossible donc pour les pays de faire l’impasse sur l’investissement. « Alors que tous les États de la zone euro s’endettent pour soutenir leurs économies, ceux-ci ont des marges de manœuvre budgétaires différentes, analyse Alain Durré. Et Il ne faut pas que le paramètre sacrifié soit l’investissement. C’est pour cela qu’il est crucial que cette question soit traitée au niveau européen », poursuit-il. Plusieurs solutions communes existent déjà sur le Vieux Continent mais l’ampleur de la crise nécessitera davantage d’efforts communautaires. D’autant que les États pourraient se concentrer en partie sur leurs industries stratégiques au risque de délaisser des domaines économiquement moins incontournables sur le court terme, comme les énergies vertes ou l’innovation, pourtant nécessaires afin de préparer l’avenir.

Ces investissements requièrent toutefois du temps. Ce paramètre qui revient si souvent se révélera clé pour la réussite de la relance. Et pas seulement pour les entreprises. Car, pour assurer des marges de manœuvre aux sociétés, l’État va devoir aussi payer l’addition. L’Union européenne a déjà desserré la vis budgétaire. Des débats sont  actuellement en cours sur la soutenabilité des dettes émises.

Olivia Vignaud

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