Présidentielle 2022 : ce qu’il faut retenir du premier tour

Présidentielle 2022 : ce qu’il faut retenir du premier tour

Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon améliorent leurs scores d’il y a cinq ans. Les partis de gouvernement traditionnels sont foudroyés, un front républicain se dessine : voici ce qu’il faut retenir de ce premier tour.

Emmanuel Macron (LREM) : 27,6%

Avec 27,6% des suffrages, Emmanuel Macron a réussi son pari : il fait mieux qu’en 2017 et termine en tête. Dans le détail, ses résultats montrent qu’il est le candidat du "en même temps" puisqu’il obtient ses scores les plus élevés dans des départements de droite : Hauts-de-Seine (37%), Maine-et-Loire (35,6%),Vendée (35,5%), Yvelines (33%) mais aussi dans des territoires traditionnellement de gauche tels que l’Ille-et-Vilaine (34,5%), la Loire Atlantique (32%). Ses meilleurs résultats, comme il y a cinq ans, se trouvent dans la partie ouest, notamment sur la façade Atlantique.

Pour le second tour, le président sortant s’appuiera sur le soutien de toute la classe politique, de Clémentine Autain, Fabien Roussel ou Sandrine Rousseau à Valérie Pécresse. Mais, selon Emmanuel Macron, "rien n’est fait, la victoire n'est pas acquise". Dans son discours de fin de premier tour, le président sortant a attaqué Marine Le Pen qui, selon lui, n’est absolument pas dédiabolisée : "Permettons à chacun de croire ou de ne pas croire, mais ne permettons pas non plus une France qui empêche les musulmans ou les juifs de manger comme le prescrit leur religion (…) continuons à nouer des alliances avec les grandes démocraties pour se défendre, nous ne voulons pas d’une France en fusion avec les xénophobes : ce n’est pas nous. Je veux une France fidèle à l’humanisme et à l’esprit des Lumières."

Pour Emmanuel Macron, "rien n'est fait, la victoire n'est pas acquise"

Marine Le Pen (RN) : 23,4%

À l’instar d’Emmanuel Macron, la candidate RN fait mieux qu’en 2017. Si le président sortant se conforte dans ses zones de forces, il en est de même pour Marine Le Pen qui fait plus que jamais main basse sur les départements du Nord devenus des citadelles RN : 40% dans l’Aisne, 38,7 dans le Pas de Calais 37% dans la Haute-Marine 36,5% dans les Ardennes, 36,6% dans la Meuse… Dans les départements provençaux, autre place forte de l’extrême droite, elle est partout en tête malgré la présence d’Éric Zemmour. C’est le cas du Var (30,6%) ou des Bouches-du-Rhône (26,6%).

Une demi-heure après la publication des résultats, elle a pris la parole pour jouer un numéro d’équilibriste. Elle a évidemment donné des signes à l’électorat Zemmour, assénant vouloir "remettre la France en ordre" et évoquant un second tour qui sonne comme "un choix de société et même de civilisation" pour "sauvegarder la légitime prépondérance de la culture et de la langue française". Pourtant, elle a également "dragué" ouvertement l’électorat de gauche, notamment LFI, en promettant "un État protecteur et juste", dénonçant le "pouvoir de l’argent" et appelant à elle  "les Français de droite, de gauche et d’ailleurs, de toutes origines". Un masque sémantique puisque, depuis 2017, le programme RN n’a pas changé. Il reste d’extrême droite.

Jean-Luc Mélenchon (LFI) : 21,95%

Cette fois ci, il aura manqué non pas 600 000 mais 500 000 voix au leader Insoumis pour accéder au second tour. Il réalise un score encore meilleur qu’en 2017 et est parvenu à incarner le vote utile à gauche. Comme Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le député des Bouches-du-Rhône est parvenu à conforter et à améliorer son score dans les lieux où il était le meilleur en 2017. Ainsi, il reste en tête en Ariège (26%) et explose son score en Seine-Saint-Denis (49%) contre 34% en 2017. Il est également en tête en Essonne, Seine-et-Marne et Val-de-Marne. C’est dans les villes populaires à forte proportion de Français issus de l’immigration qu’il enregistre ses scores les plus hauts. Citons notamment Bobigny (60%), Creil (56%), Sevran (54%), Roubaix (52%), Montereau (46%) ou encore Dreux (45%). En outre-mer il est "élu dès le premier tour" en Guadeloupe (56%), en Martinique (53%) ou encore en Guyane (50,6%).

Concernant les consignes de vote, le leader insoumis s’est montré très clair, il l’a asséné à plusieurs reprises : "Pas une voix à Madame Le Pen", "Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen".

Pour Jean-Luc Mélenchon : "Il ne faut pas donner une voix à Madame Le Pen"

Éric Zemmour (Reconquête !) : 7,05%

Occuper les trending topics de Twitter et remplir ses meetings d’une foule en pamoison ne permet pas de performer dans les urnes. Il existe un fossé entre des militants chauffés à blanc et l’ensemble des électeurs. La preuve avec Éric Zemmour qui, avec 7,05% obtient un score en deçà de ce que les sondages prévoyaient. Géographiquement, le candidat de Reconquête ! obtient ses meilleurs résultats dans les départements du sud, bastions traditionnels de l’extrême droite identitaire : 14%dans les Alpes-Maritimes, 13% dans le Var, 10,8% dans les Bouches-du Rhône. Cela dit, il reste très loin de Marine Le Pen (31% dans le Var par exemple). En somme, le polémiste s’est adressé à un électorat de niche.

Malgré des "désaccords" avec sa rivale du RN, il a toutefois affirmé "ne pas rester les bras croisés" et a "appelé ses électeurs à voter pour Marine Le Pen" pour "combattre Emmanuel Macron (…) qui a fait rentrer deux millions d’immigrés en cinq ans". Il a également laissé entendre que son parti sera amené à durer : "Reconquête ! n’abandonnera pas tant que la France ne sera pas reconquise." Pour Marine Le Pen qui souhaite se dédiaboliser et séduire les électeurs insoumis, l’extrémisme d’Éric Zemmour peut s’avérer un soutien bien encombrant.

Le soutien d'Eric Zemmour peut s'avérer encombrant pour Marine Le Pen qui veut séduire à gauche et élargir son socle...

Valérie Pécresse (LR) : 4,8%

Vers 17h00, l’optimisme était encore de mise chez LR. Après tout, les bureaux de vote des villes où la droite est traditionnellement bien implantée enregistraient une forte participation. De quoi espérer "limiter les dégâts". Las, Valérie Pécresse termine sous la barre des 5%. Une catastrophe politique et financière pour un mouvement qui a structuré la vie politique française. À chaud, il semble établi que les électeurs LR se soient tournés vers Emmanuel Macron. Les résultats obtenus dans les départements "bastions" de la droite sont éclairants. François Fillon l’avait emporté dans la Sarthe ou la Haute-Savoie ? Valérie Pécresse y est respectivement à 5,40% et 5,5% contre 28% et 30,5% pour le président de la République.

Très vite, la présidente de la région Ile-de-France a appelé à voter Emmanuel Macron au second tour, dénonçant "la discorde, l’impuissance et la faillite du projet de Marine Le Pen" qui conduirait à "l’effacement de la France". Le "patron" de l’aile droite, Éric Ciotti a indiqué : "Je ne donnerai aucune consigne de vote par respect envers les Français mais je ne voterai pas Emmanuel Macron qui a failli." Les couteaux sont déjà tirés à droite entre des "loyalistes", des futurs ralliés à la Macronie et une partie qui lorgne de plus en plus vers la droite de la droite. La recomposition s’annonce de grande ampleur.

Valérie Pécresse dénonce "la discorde, l'impuissance, la faillite du projet de Marine Le Pen" qui conduirait à "l'effacement de la France"

Yannick Jadot (EELV) : 4,58%

Prise de conscience de l’opinion face au réchauffement climatique, bien-être animal devenant une question centrale pour de nombreux électeurs… Le contexte n’a jamais été aussi favorable à l’écologie politique. Et pourtant. Son candidat, Yannick Jadot, obtient seulement 4,58% des suffrages et termine sous la barre des 5%, score nécessaire au remboursement de sa campagne. L’écologie politique patine en France puisque, cette année, son représentant obtient un score plus faible que Noël Mamère en 2002 (5,25%) et fait à peine mieux qu’Antoine Waechter en 1988 (3,78%).

Une contre-performance qui s’explique en partie par le fait que de nombreux écologistes ont voté Jean-Luc Mélenchon. Même le militant Cyril Dion a appelé à se tourner vers le leader insoumis. Mais le  "problème" réside ailleurs. En adoptant une ligne "gauchiste" et intersectionnelle que certains qualifient de "woke", en mettant en avant des personnalités telles que Sandrine Rousseau, les Verts ont fait fuir un électorat plutôt centriste et sensible à l’écologie. Pour le second tour, tous les responsables EELV ont appelé à voter pour Emmanuel Macron. Selon le rolling Ifop, les électeurs verts sont d’ailleurs les plus "Macron compatibles" puisqu’ils sont plus de 50% voter pour le président sortant, soit le meilleur score de tous les mouvements en lice lors de ce premier tour. D’où l’erreur stratégique d’avoir mené une campagne trop à gauche. Les Verts allemands, plus centristes, sont actuellement au gouvernement…

Anne Hidalgo (PS) : 1,70%

Finalement, les 6% de Benoît Hamon, c’était le bon temps. Avec 1,70% Anne Hidalgo est devancée par Jean Lasalle (3,10%) et Fabien Roussel (2,31%). Un score cataclysmique qui fait perdre au PS le rôle de pôle central de la gauche. De nombreux élus devraient, dans les semaines à venir, rallier la Macronie. Tous les élus PS ont d’ailleurs annoncé un soutien sans faille au président sortant. Pour les législatives, le premier secrétaire Olivier Faure a appelé à une union.

Notons les scores désastreux d'Anne Hidalgo dans la ville dont elle est maire : 2,2% à Paris, 1,9 sur ses terres du XVe.

Lucas Jakubowicz

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