Mais au fait, qui a voté Emmanuel Macron ?

Mais au fait, qui a voté Emmanuel Macron ?

Même s’il garde une partie de sa base, le vote Macron a évolué depuis 2017. Plus âgé, plus aisé, plus conservateur : retour sur une transformation.

Des électeurs plutôt de droite

En 2017, Emmanuel Macron était parvenu à incarner le "en même temps" en attirant autant d’électeurs venus de la droite que de la gauche. Les sondages précédant le premier tour de la présidentielle de 2022 laissaient penser que la tendance se poursuivrait. Finalement, et c’est un enseignement clé du scrutin, l’électorat Macron penche désormais nettement à droite. L’étude sortie des urnes de l’Ipsos est à cet égard riche d’enseignements.

Ainsi, le 10 avril, le président de la République a attiré 39% des électeurs de François Fillon (qui sont seulement 21% à avoir voté Valérie Pécresse contre 18% Marine Le Pen et 12% Éric Zemmour). Cela se remarque lorsque l’on examine les scores dans les "fiefs" de la droite traditionnelle qui sont les zones géographiques où Emmanuel Macron obtient ses meilleurs résultats : 49% à Neuilly-sur-Seine, 46,75% dans le XVIe, 37% dans les Hauts-de-Seine… En revanche, il a séduit seulement 13% des électeurs de Benoît Hamon (qui sont 42% à avoir choisi Jean-Luc Mélenchon et 18% Yannick Jadot).

Razzia sur les terres de droite

L’analyse du vote par communauté de communes est plus révélatrice que la prise en compte des départements. Elle permet de constater à quel point le candidat de la majorité présidentielle a développé son score dans des zones très ancrées à droite : + 15 points dans la communauté de communes (C.C.) du Chablais en Haute-Savoie, + 14 points dans la C.C. des Herbiers au cœur du bocage vendéen ou dans celle de Sablé-sur-Sarthe, fief de François Fillon. De même, son score s’améliore de 12 points dans la C.C. du golfe de Saint-Tropez. Inversement, dans des terres de gauche, son score est en repli : - 7 points dans la C.C. de Tulle, terre de François Hollande, - 2 points dans les Cévennes…

Un socle plutôt âgé…

Dans les études d’opinion précédant le premier tour, Emmanuel Macron était solidement ancré chez les 18-24 ans et chez les plus de 65 ans. Le Jour J, les pronostics ont été déjoués puisque l’électorat LREM est désormais relativement âgé. Ainsi, le locataire de l’Élysée culmine à 41% chez les plus de 70 ans, 38% chez les retraités. Plus on descend dans la pyramide des âges, plus la proportion d’électeurs macronistes diminue : 30% chez les 60-69 ans, 25% chez les 50-59 ans, 24% chez les 35-49 ans, 23% chez les 25-34 ans, 20% chez les 18-24 ans (où Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête avec 30%).

… et aisé (mais pas que)

C’est une proportion auto-déclarative qui signifie beaucoup. Selon l’étude sortie des urnes de l’Ipsos, 53% des Français s’estimant "aisés et privilégiés" ont voté Emmanuel Macron. C’est le cas de 35% des cadres. Au sens marxiste du terme, le vote LREM semble donc constituer un vote de classe. Mais attention, Emmanuel Macron tire également son épingle du jeu chez les professions intermédiaires avec 28% et quatre points d’avance sur Marine Le Pen.

Des macronistes fidèles

Il semble que les "macronistes de gauche" séduits en 2017 soient restés fidèles. Ce qui explique pourquoi le candidat a conservé 75% des électeurs d’il y a cinq ans. Mieux encore, 67% de ses électeurs ont voté pour lui par adhésion. C’est plus que Jean-Luc Mélenchon (60%) mais moins qu’Éric Zemmour (81%).

Lucas Jakubowicz

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