Covid-19 : la legaltech se mobilise

Pour endiguer l’épidémie du Covid-19, le gouvernement a contraint de nombreux professionnels, y compris ceux du monde du droit, à travailler à distance. Tour d’horizon des initiatives mises en place par la legaltech pour permettre à ses partenaires de vivre le plus sereinement possible cette période particulière, en France et jusqu'en Afrique.

Pour endiguer l’épidémie du Covid-19, le gouvernement a contraint de nombreux professionnels, y compris ceux du monde du droit, à travailler à distance. Tour d’horizon des initiatives mises en place par la legaltech pour permettre à ses partenaires de vivre le plus sereinement possible cette période particulière, en France et jusqu'en Afrique.

Article publié le 30 mars 2020 et mis à jour le 14 avril 2020

Des avocats, des notaires, des huissiers de justice et des juristes d’entreprise en télétravail ? La situation n’est pas courante mais reflète pourtant bien la réalité actuelle. L’épidémie du coronavirus, à laquelle la France et le monde entier doivent aujourd’hui faire face, a imposé à de nombreuses entreprises des changements dans leur manière de travailler. Depuis les dernières annonces gouvernementales, les Français sont contraints de rester confinés chez eux et les professionnels du droit n’échappent pas à ces restrictions, la plupart de leurs collaborateurs travaillant désormais à distance. Une organisation qu’il n’est pas toujours facile à adopter pour ces métiers dont le présentiel reste encore fortement ancré dans la pratique. Pour faciliter cette période de transition, la legaltech se mobilise et les initiatives se multiplient avec un objectif simple : accompagner leurs partenaires dans leurs tâches quotidiennes et les aider à traverser cette crise en poursuivant leur activité aussi normalement que possible.

Prise de responsabilité

« En tant qu'entrepreneur nous ne connaissons que trop bien les enjeux et les défis à relever quotidiennement », annonçait dans un communiqué Alexandre Yeremian, fondateur de Jarvis Legal. Sa legaltech, qui propose des solutions de gestion aux professionnels du droit, permet déjà à ses utilisateurs de gérer leur clientèle, la création et le suivi de leurs dossiers, la facturation ou encore de centraliser des données documentaires dans un espace dédié. En réaction à la crise du Covid-19, son fondateur a pris ses responsabilités : « Nous avons lancé Jarvis One, une version simplifiée et gratuite des solutions Jarvis Legal qui offre une vraie promesse aux utilisateurs : celle de garantir la poursuite de leur activité et garder le lien avec leurs clients », explique-t-il. Une offre déjà élaborée mais dont le lancement a été accéléré par les récentes mesures de confinement. « Nous souhaitons aider, à notre échelle, les cabinets d’avocats de toute taille dans cette transformation », résume Alexandre Yeremian. D’autres start-up du droit, à l’instar de Closd, ont elles aussi fait preuve de réactivité. La start-up, qui a réalisé avec succès une opération de levée de fonds de 600 000 euros, offre aux cabinets d’avocats et entreprises un mois d’utilisation gratuite de ses solutions afin de les aider à traverser la crise du Coronavirus. Lifesize, de son côté, propose aux avocats d’utiliser pendant un mois son outil d'accès à distance Visio-avocats Pro. Cette plateforme permet ainsi à chaque cabinet d'organiser des réunions en visioconférence avec ses équipes, clients, prospects ou partenaires.

Soutenir les efforts de Bercy

Le 23 mars dernier, alors que Bercy annonçait la mise en place d’une série de mesures fiscales et sociales pour encourager les entreprises à continuer leur activité (allongement des délais de paiement des cotisations sociales et de l’impôt sur le bénéfice), la mobilisation de la legaltech a pris un tournant encore plus concret. Pour accompagner les efforts du ministère de l’Économie et des Finances, Legalstart et Infogreffe ont conclu un partenariat. Le but de cette alliance : faciliter les démarches des créateurs et chefs d'entreprise par une offre dématérialisée pour continuer à gérer leur société durant la période de confinement. Concrètement, Infogreffe, qui assure la diffusion de l'information juridique et économique sur les entreprises pour le compte de l'ensemble des greffes des tribunaux de commerce français, propose un accès en ligne à la quasi-totalité des formalités auxquelles sont soumises les entreprises ainsi que des services d'accompagnement complémentaires : mise à disposition de modèles automatisés de documents juridiques (statuts de société par exemple), des outils de prise de décision ou encore un accompagnement des entrepreneurs aux questions qu’ils se posent en ce temps de crise. Ce dispositif entre Infogreffe et Legalstart sera valable à tous les entrepreneurs, quelle que soit leur activité et la forme juridique de leur entreprise.

Du côté des huissiers de justice, c'est la plateforme medicys qui est mobilisée. Un nouveau service de résolution de litiges y est créé. Il a vocation à trancher, durant la période de confinement, les contentieux relatifs aux loyers impayés, des factures à régler, des mensualités de prêt à reporter, des différends clients ou de voisinage… Ce service est gratuit.

En Afrique aussi, la legaltech tente d’apporter son soutien aux professions du droit. C’est le cas de Legal Doctrine, fondé par Walid Ghanemi en février 2018, qui a lancé le 9 avril une série de conférences à distance gratuites. Les Webinars Juridiques by Legal Doctrine s’adressent aux entreprises, aux juristes et aux étudiants de nombreux pays : Afrique du Sud, Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d'Ivoire, Égypte, Éthiopie, Ghana, Guinée, Kenya, Madagascar, Mali, Maroc, Niger, Nigeria, République démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Togo et Tunisie. Ces cessions sont dispensées dans des matières stratégiques pour répondre à cette période de crise : droit social, fiscalité, droit des contrats, cyber sécurité, procédures collectives…

Rattraper le retard

La legaltech n’a pas été la seule à proposer des « mesures d’urgence » aux professions du droit. Conscient de l’incidence du confinement sur la vie des entreprise, le réseau de professionnel du droit Eurojuris a choisi d’apporter un éclairage à ses membres, avocats et huissiers de justice, sur des problématiques juridiques liées au Covid-19. Une section de son site internet est même entièrement consacrée au sujet et centralise les réponses aux questions qu’ils sont susceptibles de se poser : le coronavirus est-il considéré comme un cas de force majeure ? Quels impacts sur l’entreprise, sur les marchés publics, sur les délais procéduraux ?

Toutes ces initiatives ont pour point commun de mettre en lumière le fait que le monde du droit reste en retard en matière de digitalisation

Toutes ces initiatives ont pour point commun de mettre en lumière un constat : le monde du droit reste encore en retard dans sa démarche de digitalisation. « Les cabinets ou directions juridiques déjà équipés de nos solutions peuvent poursuivre leur activité à distance sans difficulté, se félicite Alexandre Yérémian. Les plus réfractaires à l’adoption d’outils digitaux prennent aujourd’hui conscience de ce que nous pouvons leur apporter », poursuit-il. Si, dans cette situation d’urgence, beaucoup de collaborateurs se tournent naturellement vers des outils comme Whatsapp, Skype ou encore Gmail pour des échanges de mails ou des visio-conférences, ils s’exposent, sans le savoir, à de nombreux risques, en matière de protection des données et de confidentialité notamment. « Nos outils sont développés sur le territoire français et hébergés dans des data center français, il s’agit d’un vrai gage de sécurité pour nos clients », confirme Alexandre Yeremian. La crise du Covid-19 servira peut-être de déclic aux retardataires de la digitalisation, sachant qu’il n’est jamais trop tard pour rattraper son retard.

Marine Calvo

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