Paul Boudre, le fil conducteur de Soitec

Directeur général de Soitec depuis 2015, il a remis le fabricant de semi-conducteurs sur les rails et compte tripler le chiffre d’affaires du groupe d’ici à 2026. Pour ce faire, il a établi une feuille de route ambitieuse et souhaite apporter sa pierre aux débats européens.

Directeur général de Soitec depuis 2015, il a remis le fabricant de semi-conducteurs sur les rails et compte tripler le chiffre d’affaires du groupe d’ici à 2026. Pour ce faire, il a établi une feuille de route ambitieuse et souhaite apporter sa pierre aux débats européens.

Il y eut la ruée vers l’or, puis celle vers le pétrole. L’heure est maintenant à la data. Paul Boudre en est persuadé, le leadership de l’Europe dépend de sa capacité à innover. Le directeur général de Soitec sait de quoi il parle pour s’être spécialisé dans le secteur des semi-conducteurs depuis qu’il a achevé ses études à l’Institut national polytechnique de Toulouse. Après un début de carrière dans les usines d’IBM, il prend en charge un site pour Motorola avant de rejoindre Atmel puis KLA aux États-Unis et en Angleterre. Celui qui connaît toutes les étapes de production des semi-conducteurs apprend les rouages du business, l’importance des process, le langage des affaires. Bref, la forme du métier après en avoir compris le fond.

Transformer Soitec

En 2007, Paul Boudre souhaite regagner l’Europe et pose ses valises chez Soitec. L’entreprise n’a pas le même visage qu’aujourd’hui. Né en 1992, le groupe oscille entre la start-up et la société bien établie. En charge des clients et de la R&D avant de devenir un an plus tard COO, il opère un "alignement" sur les standards d’entreprises plus matures. Mais cela ne suffit pas. Soitec souffre d’une erreur stratégique : avoir investi dans le solaire et s’être éloigné de son savoir-faire métier. Résultat ? L’entreprise est au bord du dépôt de bilan. "Ce qui était un espoir de croissance est devenu un risque énorme."

 "Depuis 2018, je peux annoncer qu’il n’y a pas de smartphone sans Soitec"

C’est à Paul Boudre que revient la tâche dès 2015 de redresser la barre, en tant que CEO. En un an, le directeur général permet à Soitec de renouer avec les profits. Mieux encore : chaque année, la société triple son chiffre d’affaires qui atteint 584 millions d’euros en 2021. Et, selon son dernier plan stratégique annoncé l’été dernier, le groupe devrait encore tripler son CA d’ici à 2026. Pour ce faire, Soitec continue de miser sur son expertise en matière de communication. Le groupe produit les substrats sur lesquels sont gravés puis découpés les circuits de composants électriques des téléphones mobiles. "Depuis 2018, je peux annoncer qu’il n’y a pas de smartphone sans Soitec", précise le dirigeant qui a réussi à prendre notamment une position dominante dans la 5G.

Métiers d’avenir

Mais Paul Boudre veut également aller sur les métiers d’avenir : la voiture électrique, l’agriculture, l'éducation, la santé ou encore la maison connectée. "Toute une vague de nouveaux composants vont arriver et bouleverser notre vie", affirme le patron. Soitec a également développé des systèmes permettant de contenir la consommation énergétique d’appareils. Par exemple, l’assistant vocal de Google, Alexa, reste en veille en permanence mais consomme peu. Une prouesse technologique notamment rendue possible par les solutions de l’entreprise française.

L’une des forces du dirigeant de Soitec ? Son leadership et surtout son bon sens paysan. "Il faut que les situations compliquées deviennent simples. En procédant par étapes, il est tout à fait possible d’éliminer les doutes", estime Paul Boudre. Cette volonté de dialoguer en se mettant au niveau de connaissance technique de son interlocuteur se retrouve dans ses échanges avec les dirigeants politiques. Car si les semi-conducteurs sont un sujet industriel, ils sont aussi devenus depuis la crise de la Covid-19 un sujet de souveraineté.

Bien que Paul Boudre salue les initiatives européennes prise en la matière, les objectifs et le chemin à prendre pour y parvenir gagneraient à être améliorés. "La volonté d’arriver à des semi-conducteurs de 2 nanomètres fixée par le Commissaire européen Thierry Breton est nécessaire, mais les 2 nanomètres ne représenteront qu’une toute petite fraction des besoins de l’Europe à l’horizon 2030. L’enjeu majeur en Europe se trouve dans les technologies situées entre le 22 nanomètres et le 10 nanomètres, ce qui répondra aux grandes attentes du marché, tout en travaillant sur les solutions d’avenir." L’Europe pourra compter sur ses champions, et réciproquement, pour faire avancer le débat et compter dans le monde d’après.

Olivia Vignaud

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