P. Vanderquand et F. Morival : "GardeTonCorps est une application volontairement non genrée"

Lancée en version pilote en 2019, l’application GardeTonCorps se déploie depuis 2020. Objectif: résoudre les problèmes d’insécurité en milieu urbain. Pauline Vanderquand, managing director, et François Morival, senior account manager, évoquent leur actuelle levée de fonds.

Lancée en version pilote en 2019, l’application GardeTonCorps se déploie depuis 2020. Objectif: résoudre les problèmes d’insécurité en milieu urbain. Pauline Vanderquand, managing director, et François Morival, senior account manager, évoquent leur actuelle levée de fonds.

Décideurs. Pourquoi avoir lancé GardeTonCorps ?

François Morival. Pauline a lancé l’application GardeTonCorps il y a deux ans à la suite d’un événement qu’elle a vécu. À l’époque, elle était coach de bien-être et professeur de yoga. Alors qu’elle sortait d’un cours, elle a été harcelée dans la rue et a voulu se mettre à l’abri dans un bar. Ce bar lui a refusé l’entrée car elle n’avait pas une tenue adaptée à l’endroit. Elle n’a pas trouvé cela normal et a décidé de chercher un moyen de référencer les endroits où les jeunes femmes peuvent se mettre en sécurité. Comme rien n’existait en la matière, elle a proposé à Aix-en-Provence une application qui répondrait à ce besoin. La ville a accepté de financer la version pilote de 2019, qui a pu être testée pendant un an, avant le lancement d’une nouvelle version à l’été 2020.

Comment l’application fonctionne-t-elle ?

François Morival. Le principe est assez simple. Lorsque je rentre, je peux partager mon trajet à des contacts de confiance, des gens que je choisis dans mon répertoire. En cas de problème, soit je clique pour trouver un endroit sûr (une "safe place"), soit je partage auprès de mes contacts un message d’urgence. Ceux-ci peuvent me géolocaliser et me prêter assistance eux-mêmes ou appeler la police. Selon les retours de la police municipale d’Aix-en-Provence, le dispositif a permis en un an de sauver une vingtaine de femmes. Les utilisateurs peuvent également signaler les endroits dans lesquels ils ne se sentent pas en sécurité ou ceux où ils ont été harcelés.

Comment déterminez-vous les "safe places" ? Quelles sont-elles ?

Pauline Vanderquand. Au départ, il s’agit de bars et de restaurants. Avec le confinement, nous avons élargi ces endroits à tout type de commerces. Le référencement de base dans notre application est gratuit. Pour en faire partie, ces endroits adhèrent à notre charte et signent nos conditions générales de vente. Ils font également l’objet de visites mystères. Les "safe places" peuvent aussi payer un abonnement pour disposer de davantage de visibilité, comme pour publier leurs événements par exemple, afin d’attirer de nouveaux clients. Nous déployons également notre service dans des hôtels, de manière à ce que les femmes puissent barouder dans différents endroits du monde en restant en sécurité. On commence à travailler avec Accor par exemple. À terme, ces hôtels pourront être réservés via notre application et nous avons pour ambition de nous développer à l’international ou au moins en Europe dans un premier temps.

"Les collectivités souscrivent à des abonnements pour avoir accès à nos données, qui - nous insistons là-dessus -, sont anonymes"

Vous visez également le marché des collectivités. Quelle offre leur proposez-vous ?

Pauline Vanderquand. Les collectivités souscrivent à des abonnements pour avoir accès à nos données, qui - nous insistons là-dessus -, sont anonymes. Il s’agit des données de signalements, des endroits où l’on ne se sent pas en sécurité, où l’on a été victime de harcèlement ou de violences conjugales. Les villes peuvent ainsi agir en temps réel ou en menant des politiques publiques sur le plus long terme, par exemple en installant davantage d’éclairages publics, des caméras, en déployant plus de patrouilles, etc. Pour l’instant nous avons signé avec la ville d’Ivry et espérons compter une dizaine d’autres villes d’Île-de-France supplémentaires d’ici à septembre. Par la suite, nous souhaitons signer avec les grandes et moyennes villes.

Combien de personnes sont inscrites sur votre application ? Quels sont leurs profils ?

François Morival. Nous sommes disponibles partout en France. L’application a été téléchargée plus de 30 000 fois depuis la dernière version lancée en août 2020 et nous estimons qu’environ 15 000 personnes sont des utilisateurs réguliers. Ils ont en général moins de 40 ans et sont à 70 % des femmes. C’est une application que nous avons voulu non genrée parce que les hommes aussi peuvent se faire agresser.

Vous cherchez actuellement à lever 400 000 euros. À quoi ce budget sera-t-il affecté ?

Pauline Vanderquand. 30 % de ce budget nous permettrait de communiquer et de devenir leader sur le marché et 70 % de recruter. Nous sommes officiellement deux dans l’entreprise et nous aimerons salarier certains de nos stagiaires et avoir avec nous notre développeur à temps plein. Nous avons besoin de muscler notre équipe commerciale pour donner un coup de boost au nombre de "safe places", travailler avec davantage de collectivités et ainsi passer un cap. Notre modèle connaît ses premiers succès. C’est le moment d’accélérer. En 2022, nous espérons atteindre les 800 000 euros de chiffre d’affaires et 6 millions en 2025.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

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