P. Corrot (Mirakl) : "Entreprendre c’est un sport d’équipe"

En 2020, le spécialiste des places de marché Mirakl devenait
la quatorzième licorne française grâce à une levée de fonds de
300 millions de dollars. La même année, la start-up enregistrait
une croissance du volume d’affaires sur les market places de ses clients de 110 %. Comment Philippe Corrot, son CEO, a-t-il disrupté
l’e-commerce ?

En 2020, le spécialiste des places de marché Mirakl devenait la quatorzième licorne française grâce à une levée de fonds de 300 millions de dollars. La même année, la start-up enregistrait une croissance du volume d’affaires sur les market places de ses clients de 110 %. Comment Philippe Corrot, son CEO, a-t-il disrupté l’e-commerce ?

Décideurs. Pourquoi vous être tourné vers les places de marché ?

Philippe Corrot. Mirakl est ma quatrième entreprise. Après des expériences dans le retail et l’informatique, je me suis demandé comment exploiter au mieux Internet pour faire du commerce. Adrien Nussenbaum et moi avons monté une place de marché, avec une monnaie virtuelle, spécialisée dans les jeux vidéo. Cela n’a pas fonctionné et nous avons recherché pourquoi en étudiant tous les modèles e-commerce existants à l’époque et les rapports annuels d’entreprises comme Amazon ou Alibaba. Nous en avons déduit que le bon modèle était une place de marché plus classique, B to C, avec des vendeurs sélectionnés pour la qualité de leur service. Dès lors, notre entreprise a connu une croissance très forte. Elle a été rachetée par la Fnac qui l’a utilisée pour sa market place. À l’issue de cette expérience, nous avons décidé de redévelopper une plateforme mais en tant qu’éditeur de logiciel.

Comment avez-vous fait pour attirer les talents ?

Le point commun entre toutes les personnes qui nous ont rejoints : cette conviction forte que les plateformes allaient changer le commerce. Certains de nos collaborateurs travaillaient pour une seule et même market place. Même lorsqu’ils opéraient pour les plus grandes d’entre elles, comme Airbnb ou Amazon, ils ont été séduits par le fait de développer des produits un peu partout dans le monde et sur des sujets différents. Aujourd’hui, nous avons 300 clients répartis dans 40 pays et bénéficions de davantage de visibilité pour attirer les talents. On forme nos équipes et celles de nos clients à notre savoir-faire. Nous disposons d’une Mirakl Academy et avons écrit des livres de bonnes pratiques.

Quelles sont-elles ?

Pour qu’une plateforme fonctionne, tout doit être pensé pour servir le client au mieux. Ce qui change la donne, c’est que vous êtes à un clic du consommateur et qu’il est lui-même à un clic de votre concurrent. S’il trouve le même produit que le vôtre à un prix moins cher ou livré avant, il risque d’acheter ailleurs. Il faut donc lui apporter le bon produit, à un juste tarif et avec la meilleure qualité de service possible. Comme l’opérateur de la plateforme n’a pas la main sur les références qu’il propose, il doit garantir la qualité de la prestation et, pour cela, il existe des outils.

"J'aime mettre en avant les personnes avec lesquelles je travaille"

Comment votre organisation fonctionne-t-elle ?

Pour moi, entreprendre c’est un sport d’équipe. Il peut y avoir un capitaine mais chacun a un rôle important à jouer. Les gens qui travaillent avec nous sont curieux, passionnés, très pointus et veulent tester des choses. On ne les bride pas. Nous mettons en œuvre des technologies et des méthodes innovantes, ce qui se ressent partout dans l’entreprise.

Quel patron essayez-vous d’être ?

J’essaie de promouvoir des valeurs entrepreneuriales, la remise en question permanente, le fait d’être polyvalent ou encore de travailler en équipe. J’aime mettre en avant les personnes avec lesquelles je travaille et je suis très satisfait quand je les entends, par exemple, raconter sur une scène l’histoire de Mirakl. C’est facile quand on est patron d’écraser ses collaborateurs. On voit encore ce comportement, surtout dans des boîtes old school. Mais, pour moi, un leader doit laisser la place aux autres. Il faut recruter des gens capables de prendre votre place. Les inciter à le faire. Même si notre turn-over est bas, je considérerai comme un succès que des personnes s’en aillent pour monter leur entreprise. C’est parfois une galère d’être son propre chef mais c’est aussi une passion. Et une passion, ça se transmet.

Pour vous, quels sont les sujets incontournables ?

Je suis très attaché à l’éthique, à l’équité. Cela fait partie des obligations d’un chef d’entreprise d’accompagner certains changements de société qui paraissent obligatoires. Il faut s’entourer de profils variés. Mirakl travaille dans 40 pays. C’est une aberration de ne pas avoir une approche globale dans un monde qui, lui, l’est. Il faut accepter et favoriser les règles du jeu (telles que la différence culturelle) pour arriver à développer un produit de qualité. Ce qui est quand même l’objectif premier d’une entreprise.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

Vous avez apprécié cet article ? Likez Magazine Décideurs sur Facebook !

retrouvez l'intégralité du dossier Leadership : ces stratèges qui disruptent leur secteur

Entrepreneurs visionnaires, ils sont à l’origine de ruptures technologiques profondes. Comment les patrons de Netflix, d’Alan ou encore de Tesla ont-ils réussi à mettre leurs idées en musique, mais aussi à fédérer des équipes autour de projets qui, au départ, pouvaient paraître fous ?
Sommaire Netflix, les clés du succès Emmanuel Macron, la stratégie de l’océan bleu E.Salobir : "Les dirigeants de la Silicon Valley fonctionnent comme des chefs de clan" P. de Passorio (Adyen) : "Il ne faut jamais se couper du marché" F. Mazzella (BlaBlaCar) : "Si je n’apprends pas, je me fane" F. Arata (LinkedIn) : "Nous sommes incités à nous comporter comme des entrepreneurs" Voici comment Microsoft a failli se faire disrupter A. Loesekrug-Pietri (JEDI) : "Ce qui importe c’est de se projeter dans le coup d’après" F. Dupré (Medtronic) : "Nous nous attachons à insuffler une culture de l’essai" Sartorius Stedim Biotech, la pépite franco-allemande de la santé
Patrick Blethon (Saur) : "En France, on ne connaît pas le prix de l’eau"

Patrick Blethon (Saur) : "En France, on ne connaît pas le prix de l’eau"

Président de Saur depuis un an et demi, Patrick Blethon déroule son plan stratégique. Au menu : s’internationaliser, se rapprocher de ses clients et s...

Red River West ouvre les portes de l’Eldorado aux start-up françaises

Red River West ouvre les portes de l’Eldorado aux start-up françaises

Le fonds de capital-risque indépendant, sponsorisé par la holding de François Pinault Artémis, mise sur les entreprises françaises et européennes qui...

La renaissance de la foodtech

La renaissance de la foodtech

L’année 2020 aura été une année record pour l’écosystème des foodtech européennes. Celles-ci atteignent un niveau de deals de 2,7 milliards d’euros....

Vente directe, VDI et Covid : le pire n’est jamais sûr…Encore faut-il anticiper !

Vente directe, VDI et Covid : le pire n’est jamais sûr…Encore faut-il anticiper !

Contrairement à ce que le premier confinement du printemps 2020 laissait présager, la crise du Covid a été une fois de plus un révélateur de la formid...

Vincent Rouaix, le conquistador

Vincent Rouaix, le conquistador

Le PDG d’Inetum, entreprise spécialisée dans les services informatiques, a mené 38 acquisitions depuis son arrivée en 2009. À la tête d’un groupe qui...

A. Simon Druon (Cabinet Netter) : "Lever les brevets n’est pas une solution"

A. Simon Druon (Cabinet Netter) : "Lever les brevets n’est pas une solution"

Alors que le débat autour de la levée des brevets sur les vaccins s’intensifie et que Joe Biden comme Emmanuel Macron y seraient favorables, Aurore Si...

E. Lepoutre (Lepoutre & Partners) : "Je signe mes recrutements avec mon sang"

E. Lepoutre (Lepoutre & Partners) : "Je signe mes recrutements avec mon sang"

Avocat aux barreaux de Paris, Barcelone, Madrid et New York, Emeric Lepoutre travaillait chez Gide lorsqu’il a été approché par l’un de ses clients po...

S. Golshani (White & Case) : "Nous sommes intervenus sur les deux premiers Spac français"

S. Golshani (White & Case) : "Nous sommes intervenus sur les deux premiers Spac français"

Le bureau parisien de White & Case a développé au cours de ces dernières années une expertise de pointe sur les opérations complexes. Du LBO large...

Lire plus d'actualités

Newsletter savoir pour agir

N'avancez plus à l'aveugle

Ne plus afficher ce message

Ce site utilise des cookies. En continuant la navigation, vous acceptez nos conditions d'utilisation des cookies.
Plus d'informations

J'accepte