Olivier Abergel (LL Berg) : “Un investisseur peut sortir d’un deal même si la MAC ne le prévoit pas”

Olivier Abergel, l’avocat-entrepreneur du mid-cap transactionnel en France, revient sur les missions d’assistance et de conseil qui animent son cabinet en ce moment. En parallèle, LL Berg doit encadrer de nouveaux processus de vente, certes moins fréquents, mais toujours à l’ordre du jour pour les sociétés les plus résilientes.

Olivier Abergel, l’avocat-entrepreneur du mid-cap transactionnel en France, revient sur les missions d’assistance et de conseil qui animent son cabinet en ce moment. En parallèle, LL Berg doit encadrer de nouveaux processus de vente, certes moins fréquents, mais toujours à l’ordre du jour pour les sociétés les plus résilientes.

Décideurs. La période de confinement a fortement impacté le volume du M&A et des opérations de capital-investissement. Quel bilan en tirez-vous ?

Olivier Abergel. En ce qui concerne les deals au stade des pourparlers, il est évident que la tendance est au report de ces discussions. Les investisseurs et les prêteurs attendent d’avoir une vision plus fine de l’impact financier généré par la crise sanitaire sur les entreprises, à court et moyen terme. Aujourd’hui, les entreprises cibles n’ont ni les moyens logistiques, ni les moyens humains de fournir des reportings précis sur leurs activités. Comme la plupart des groupes, elles doivent parer au plus urgent et protéger leur trésorerie avant tout. Il n’y a bien que les pépites qui suscitent toujours autant d’attractivité (nouveau tour de table de Vestiaire Collective par exemple, NDLR), ou les sociétés des secteurs revalorisés par la crise (e-commerce, santé, services postaux, agroalimentaire, etc.) dont les pourparlers peuvent se poursuivre de manière classique.

Pour les transactions approchant le signing ou le closing, elles vont se faire normalement. Bien sûr, certains deals seront retardés pour des raisons techniques, le déficit momentané de forces opérationnelles tel qu’évoqué plus tôt. Si l’on regarde nos dossiers, nous avons vécu des situations où des banques se sont retirées du pool à l’approche du signing. Nous avons remplacé ces prêteurs par d’autres, ou trouvé des sponsors en complément afin de renforcer l’assise equity du deal. Mais la faisabilité de l’opération n’a jamais été remise en cause.    

Quand il s’agit de trouver un renfort en capital pour “backer” une opération de LBO en ce moment, quels sont les acteurs auxquels vous pensez ?

En situation d’urgence pour asseoir un deal et lui donner une couleur plus conservatrice, nous devons trouver un investisseur souple et expérimenté ayant la capacité d’investir promptement en fonds propres. Les family offices et les “serial entrepreneurs” possèdent cette qualité. Il est aussi tout à fait possible de faire appel au LP d’un fonds qui souhaiterait venir en tant que co-investisseur minoritaire. 

De nombreux avocats ont été sollicités par leurs clients investisseurs sur le champ d’application des clauses Mac, ou de la force majeure, afin d’évaluer leur possibilité de “sortir” d’un deal, ou tout au moins, d’en modifier les conditions. Quelle est votre analyse sur ce point ?

Comme d’autres confrères, quelques clients nous ont contactés pour en discuter. Aujourd’hui, la situation est tellement critique que le juridique passe après d’autres considérations. En d’autres termes, un investisseur peut sortir d’un deal même si la MAC ne le prévoit pas. Une jurisprudence récente a d’ailleurs tendance à reconnaître le Covid comme un cas de force majeure, contrairement à d’autres épidémies que l’on a pu connaître par le passé. 

C’est évidemment une période particulière pour les avocats qui, moins soumis au rythme effréné des transactions, sont eux-mêmes fragilisés par cette baisse d’activité. Comment expliquez-vous la capacité de résilience de votre cabinet ?

Pour créer les conditions de la résilience, il faut d’abord être identifié. C’est le cas de notre maison qui est reconnue depuis 2007 comme l’un des pure players indépendants du Private Equity Mid-Cap. Etre une firme entièrement dédiée aux opérations haut de bilan facilite cette reconnaissance. Notre structuration aide aussi : nous avons tout fait pour rester agiles, pragmatiques et continuer à favoriser le “sur-mesure” à tout traitement “industriel” des dossiers.  Cette constance est en quelque sorte récompensée.

Aujourd’hui, la situation est tellement critique que le juridique passe après d’autres considérations.

Sur le dealflow actuel, nous faisons trois choses. D’abord, nous continuons à négocier les LBO pré-Covid. Il y a des actifs de très belle qualité et les investisseurs vont intelligemment retraiter leurs performances financières à l’aune de l’EbitdaC, le “C” correspondant au “coronavirus”. Par ailleurs, nous devons gérer les nouveaux “process” de vente. Même s’il y en a beaucoup moins, nous travaillons avec des fonds sur des opérations à venir, plutôt de type “vanille”, dans les secteurs de l’éducation et de la santé notamment. Enfin, nous aidons nos clients sur les LBO qui souffrent financièrement. Il a fallu travailler avec eux les sujets de waivers et de ré-échelonnement de dette, puis l’activation de leurs lignes RCF. En ce moment, nous les conseillons sur les modalités d’exercice du prêt garanti par l’Etat (PGE), notamment syndiqué. Le temps n’est pas encore aux restructurations complètes des LBO, mais il arrivera dans quelques mois...       

Propos recueillis par Firmin Sylla. 

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