Hong Kong, les banques sous tension

Un mouvement de protestation oppose la population de Hong Kong, troisième place financière au monde, aux autorités chinoises. Ce conflit ouvert a-t-il des répercussions sur le marché ? Décideurs a rencontré Mary-Françoise Renard, professeure d’économie spécialiste de la Chine (université Clermont-Auvergne) et auteure de L’Économie de la Chine (La Découverte, 2019).

Un mouvement de protestation oppose la population de Hong Kong, troisième place financière au monde, aux autorités chinoises. Ce conflit ouvert a-t-il des répercussions sur le marché ? Décideurs a rencontré Mary-Françoise Renard, professeure d’économie spécialiste de la Chine (université Clermont-Auvergne) et auteure de L’Économie de la Chine (La Découverte, 2019).

Un mouvement de protestation oppose la population de Hong Kong, troisième place financière au monde, aux autorités chinoises. Ce conflit ouvert a-t-il des répercussions sur le marché ? Décideurs a rencontré Mary-Françoise Renard, professeure d’économie spécialiste de la Chine (université Clermont-Auvergne) et auteure de L’Économie de la Chine (La Découverte, 2019).

Décideurs. Quels sont les atouts actuels de l’écosystème bancaire et financier de Hong Kong ?

Mary-Françoise Renard.
Contrairement aux banques de la Chine continentale, le système hong-kongais est entré dans la concurrence depuis longtemps et il est fondé sur des mécanismes de marché éprouvés. C’est un atout qui a été décisif par le passé, quand la Chine a créé des zones économiques spéciales tout près de Hong Kong en 1984. Cette proximité géographique était un moyen de faire bénéficier les entreprises de ces nouvelles zones du savoir-faire économique de Hong Kong et de ses banques qui travaillent dans un contexte international. Une expertise spécifique que n’ont pas les banques du continent. La stratégie de la Chine se fonde sur des transferts de technologie. Ce sont évidemment les villes les plus proches qui en ont le plus profité, Shenzhen en premier lieu, avec une volonté d’extension à tout le territoire chinois.

On est surpris du silence des milieux d’affaires et des grandes banques internationales implantées à Hong Kong. Dans quelle mesure les événements qui ont lieu depuis le 30e anniversaire de Tiananmen peuvent-ils mettre à mal cette place financière ?

Le danger, c’est que la règle de contrôle qui prévaut en Chine continentale et la loi d’extradition puissent avoir force de loi à Hong Kong. Admettons que, dans quelques années, la Chine puisse appliquer ce mode de fonctionnement interne à la métropole : est-ce que les banques y perdront beaucoup ? Cela dépend si ces dernières subiront un contrôle du gouvernement ou non : en effet, en Chine continentale, les banques connaissent un contrôle gouvernemental assez serré. Serait-ce vraiment l’intérêt de l’État chinois de contrôler ces banques internationales implantées dans la péninsule ? Rien de moins sûr ! In fine, la Chine fera prévaloir son intérêt économique et les marchés ne seront pas modifiés, je crois. 

La modernisation du système bancaire est très récente. À votre avis, quelle est la prochaine étape dans ce processus ?

Les banques de la Chine continentale ont la nécessité d’améliorer leur capacité d’expertise du secteur privé. Du fait de garanties plus sûres, elles prêtent beaucoup plus facilement aux entreprises d’État qu’aux entreprises privées, ce qui assure des prêts sans risques mais moins rémunérateurs. N’oublions pas que beaucoup de banques chinoises n’ont ni les capacités d’expertise ni l’expérience nécessaires pour analyser les projets des sociétés privées. Actuellement, le gouvernement les incite à accorder plus d’aides au secteur privé, ce qui suppose une appréhension plus fine de leurs activités.

La présidente Tsai Ing-wen veut faire de Taïwan un hub d’innovation économique, avec des évènements comme Taïwan Tech Arena lancé l’année dernière. Taïwan est-elle en mesure d’atteindre cet objectif ?

Pour Taïwan, toute la difficulté se joue dans son indépendance avec la Chine, alors que des liens économiques puissants les lient. Autre facteur qui va s’avérer de plus en plus dur pour Taiwan : la concurrence d’un hub en devenir. Dans un futur proche, tout semble concorder pour que ce prochain hub se stabilise autour de Hong Kong, Shenzhen et, éventuellement, Macao. De nombreux investissements sont faits pour cimenter des liens entre ces trois villes, particulièrement la construction de l’autoroute entre Shenzhen et Hong Kong pour l’intégrer définitivement au continent. Macao n’entretient pas les mêmes relations conflictuelles que celles de Hong Kong avec la Chine. Dans l’ancienne enclave portugaise, on a librement accès à Internet, on peut s’exprimer sur les réseaux sociaux.

Les modalités de transition entre la puissance américaine et la puissance chinoise restent une grande inconnue. Pourriez-vous néanmoins nous brosser quelques scenarii possibles ?

Quelle puissance va imposer ses normes et ses règles de fonctionnement ? La part de la Chine dans le commerce mondial, dans les investissements étrangers, dans l’aide internationale est devenue tellement importante que sa présence dans les institutions du monde entier n’est pas représentative de son pouvoir réel. Le Président chinois ne veut pas d’affrontement avec les États-Unis au point qu’il a été favorable à l’élection de Donald Trump. Il devait imaginer qu’il lui parlerait moins de droits de l’homme qu’Hillary Clinton. Reste que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine coûte cher à tous les pays du monde entier. Très critiqué sur ce volet aux États-Unis, Donald Trump cherche à temporiser. On peut espérer que le gouvernement chinois fera des efforts et baissera d’un cran ses mesures protectionnistes.
Le programme de la nouvelle route de la soie a servi à la Chine pour gagner des appuis auprès des pays en développement. Si elle est devenue un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies c’est grâce au soutien des pays africains. Le risque est de constituer deux blocs. La Commission européenne a adopté une position assez claire par rapport à la Chine sans prendre le parti des États-Unis. À mon sens, il faut résister à la Chine avec une politique industrielle très active. L’Union européenne adopte une politique concurrentielle avec le moins possible d’intervention de l’État, ce qui l’amène à s’opposer à des rachats d’entreprises sous prétexte que c’est une atteinte à la concurrence, qu’on construirait de trop gros groupes européens. Mais pendant ce temps-là, ils se constituent avec la Chine.

Propos recueillis par Nicolas Bauche

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