Génération Covid, touchée mais pas coulée

Premières victimes des conséquences économiques de la pandémie, les 18-24 ans sont bien décidés à ne pas se faire entièrement voler ce qui demeure, malgré tout, le plus bel âge de la vie.

Premières victimes des conséquences économiques de la pandémie, les 18-24 ans sont bien décidés à ne pas se faire entièrement voler ce qui demeure, malgré tout, le plus bel âge de la vie.

L’étude ELABE réalisée pour le Cercle des Économistes donne raison au président de la République. "C’est dur d’avoir 20 ans en 2020". Les jeunes n’échappent pas aux difficultés psychologiques qui touchent une grande partie de la population. Ainsi, près de 60% des 18-24 ans confient vivre la période avec angoisse et font part de leur sentiment d’isolement. 

Mais, ce sont surtout les difficultés financières que vient renforcer la crise sanitaire. Plus de 4 jeunes sur 10 vivent dans un foyer contraint de se restreindre, de puiser dans ses réserves. Quand il ne s’agit pas de se voir prêter de l’argent pour boucler les fins de mois. Les premiers budgets coupés ? Les frais liés à la santé et surtout les dépenses alimentaires qu’un jeune sur deux reconnait avoir réduit. Au point pour certains d’avoir sauté un repas au cours des six derniers mois. 

Génération sacrifiée ? 

La crise dément, sans surprise, l’adage bien connu et selon lequel "les voyages forment la jeunesse". Plus généralement, elle a mis entre parenthèses de nombreux projets, tant personnels que professionnels. Difficile, du fait du risque sanitaire, de mener une vie sociale normale ou même de se marier, de se Pacser, de s’installer en couple. Plus de 80% des jeunes qui avaient prévu de le faire n’y sont pas parvenus. Et, trois quarts de ceux qui prévoyaient de chercher du travail, un contrat d’alternance ou un stage déclarent n’avoir pas réussi à faire aboutir ce projet. 

45% des 18-24 ans considèrent plus important de relancer l’économie et de préserver l’emploi, même si l’épidémie continue de progresser

La question de l’emploi arrive en tête des préoccupations de la jeunesse, juste devant la santé. Comme dans le reste de la population, on observe une polarisation entre ceux (53%) qui estiment plus important de limiter l’épidémie quoi qu’il en coûte et ceux, moins nombreux (45%) qui considèrent, à l’inverse, vital de relancer l’économie. La reprise est espérée avec une plus grande impatience par les 23-24 ans, postés aux portes de la vie active, et chez les moins diplômés.

Ok Boomer !

Lucides quant à la perspective d’une période de chômage annoncée, 77% des 18-24 ans estiment que, depuis la guerre, les jeunes de leur âge n’ont jamais vécu une situation aussi difficile. Au point de se montrer fatalistes ? Pas vraiment. 75% misent sur l’énergie de la jeunesse pour rebondir. Il faudra bien sûr, pour 67% d’entre eux, rembourser la dette publique laissée par leurs ainés et, pour 57%, accepter de vivre dans un monde pollué. Mais, ils sont plus nombreux à se dire "optimistes (21%), "combatifs" (19%) ou même "heureux" (19%) que "déprimés" (16%) ou "pessimistes" (10%). Plus des deux tiers jugent "la période difficile" mais sont convaincus "que l’on va s’en sortir". 

Seuls 28% des jeunes comptent sur l’État pour leur venir en aide

 

Néanmoins, ce qui frappe à la lecture de l’enquête, c’est le peu de crédit accordé aux politiques publiques. 28% des jeunes ont bien conscience de l’importance du rôle de l’État pour faire face à une situation inédite. Mais, la moitié d’entre eux comptent d’abord sur eux-mêmes pour se sortir de cette mauvaise passe. Le signe d’un fossé toujours plus grand entre la jeunesse et la classe politique ? Sans doute. Et il y a fort à parier que les vidéos des politiques diffusées sur Tiktok ne suffiront pas à guérir de ce désamour.

Marianne Fougère

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