Sarah El Haïry : "Les jeunes ont une bonne image de l’entreprise"

La secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement fait le point sur les mesures destinées à stimuler l’emploi de la jeune génération qu’elle juge créative, dynamique et résiliente.

La secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement fait le point sur les mesures destinées à stimuler l’emploi de la jeune génération qu’elle juge créative, dynamique et résiliente.

Décideurs. Comment se porte la jeunesse française en cette période de crise sanitaire ?

Sarah El Haïry. Au cours de mes déplacements, j’ai pu rencontrer des jeunes de tout âge et de toutes conditions. Évidemment, beaucoup d’efforts sont demandés, qu’il s’agisse d’une limitation des interactions sociales, du suivi d’une partie de leurs cours à distance… Malgré tout, c’est une génération solidaire et combattante, qui résiste, agit et trouve des solutions, que ce soit en matière d’engagement associatif ou de création de dispositifs d’entraide. Voir cette résilience et cette volonté créatrice me rend optimiste pour les années à venir. Globalement, je remarque un fossé entre le discours tenu par une partie de la presse qui parle de "génération sacrifiée" et la réalité du terrain.

Sur l’année 2019, l’apprentissage a connu un développement historique. L’épidémie de coronavirus a-t-elle cassé la dynamique ?

On aurait pu le craindre, oui. Or, en réalité, ce n’est pas le cas. Début octobre, 314 000 contrats ont déjà été conclus contre 353 000 en 2019 à la même époque. Malgré la conjoncture, il est très probable que 2020 soit une année encore meilleure que 2019. Ces bons chiffres méritent d’être mis en avant.

"Je remarque une différence entre le discours d'une partie de la presse qui parle de génération sacrifiée et la réalité sur le terrain"

La réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle lancée au début du quinquennat porte ses fruits. Ce qui est le plus intéressant, à mon sens, c’est que, pour le grand public, l’apprentissage est enfin considéré comme une filière d’excellence. Cela dit, tout doit être fait pour éviter de gripper le système et au contraire continuer à le stimuler.

Pour cela, des incitations financières ont été mises en œuvre dans le cadre du plan de relance…

Tout à fait. Il existe une aide de 5 000 euros pour recruter un alternant de moins de 18 ans, montant qui est porté à 8 000 euros pour un jeune de plus de 18 ans. Par ailleurs, il est prévu une prime de 4 000 euros pour les entreprises qui recrutent un jeune avant janvier 2021.

Subventionner les entreprises pour faire baisser le chômage des jeunes est une idée régulièrement utilisée par les gouvernements. Avec à la clé un risque d’effet d’aubaine…

Je ne suis pas d’accord, il s’agit surtout d’un effet levier pour éviter que les entreprises bloquent leurs recrutements dans une période d’incertitude économique. C’est une mesure ponctuelle qui favorise l’emploi des jeunes. Ils en sont les premiers bénéficiaires. Cela permettra de faciliter l’insertion d’une partie des 700 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Grâce à l’alternance, ils obtiendront un emploi pérenne dans l’entreprise ou acquerront des compétences précises à développer ailleurs. Notre rôle est de créer les conditions de la confiance.

En quoi le plan de relance va-t-il favoriser l’insertion professionnelle de la jeune génération ?

Le plan de relance consacre 6,7 milliards d’euros à la formation et à l’insertion des jeunes. Mais le montant total du plan est de 100 milliards. L’objectif est de maintenir puis de relancer l’activité économique puisque des entreprises qui vont bien, ce sont des entreprises optimistes, qui recrutent, qui donnent leur chance aux jeunes. Ces derniers veulent avant tout s’insérer sans bénéficier systématiquement d’une "étiquette".

"Les jeunes sont parfaitement conscients que l'émancipation passe par le travail et non des dispositifs d'aides publiques"

En somme, nous faisons le pari de la confiance envers le secteur privé. Je note d’ailleurs que, globalement, les jeunes ont une bonne image du monde de l’entreprise, ils sont parfaitement conscients que l’émancipation passe par le travail et non des dispositifs d’aides publiques appelés à durer.

Quelle image ont les jeunes de l’entreprise ?

Contrairement à certaines idées reçues, ils en ont une bonne image. Pour preuve, un jeune de 18 à 25 ans sur trois espère monter sa société. En revanche, ils ont des attentes bien précises à l’égard de leurs employeurs. Les notions d’éthique, d’engagement, de flexibilité, de bienveillance jouent un rôle de plus en plus central. Ce qui va, à mon avis, contribuer à développer les entreprises à mission, la philanthropie des entreprises, la formation interne… Beaucoup d’étudiants ont été touchés par les périodes de confinement qui privent de nombreux petits boulots, par exemple dans la restauration.

Comment sauvegarder leur pouvoir d’achat ?

Des aides concrètes ont été débloquées. Le gouvernement a déjà mis sur la table 150 millions d’euros pour aider 800 000 jeunes, à hauteur de 200 euros par mois, à compenser la perte de revenus liée à l’arrêt temporaire d’un stage, d’un apprentissage ou d’un emploi étudiant. Pour le second confinement, une aide d’un montant de 150 euros a également été mise en place. Elle concerne les jeunes, non-étudiants, qui perçoivent les APL et les étudiants bousiers.

200 000 formations qualifiantes et pré-qualifiantes sont également proposéés. Quels sont les secteurs privilégiés ?  

Il s’agit des secteurs du numérique, de la transition énergétique et de la santé, c’est-à-dire ceux qui emploieront massivement dans les années à venir et qui manquent déjà de candidats. Les formations sont conçues pour tous les niveaux, des décrocheurs scolaires jusqu’aux formations dans l’enseignement supérieur ainsi que pour tous les publics, des étudiants aux jeunes demandeurs d’emploi. Les cours sont dispensés à la fois par les organismes de formation, les universités et les filières professionnelles. Le plan de formation a été très rapide à mettre en place puisque nous avions les enseignants, la logistique, la connaissance des besoins. À cet égard, la crise sanitaire a été l’occasion d’aller vite et de faire preuve d’agilité. Un peu comme les entreprises qui ont généralisé le télétravail en quelques mois alors que l’on pensait que le mouvement durerait des années…

Il a également été annoncé la création de 300 000 parcours emplois compétences. D’une certaine manière, les emplois aidés supprimés par Édouard Philippe ne font-ils pas leur grand retour ?

Pas tout à fait. Les emplois aidés avaient un défaut : ils n’étaient pas reconductibles et ne permettaient pas toujours d’acquérir des compétences concrètes valorisables ailleurs. Ici, il existe un véritable volet accompagnement qui donnera au parcours emplois compétences un vrai rôle de stimulateur et d’accélérateur. Précisons que le dispositif n’est pas uniquement destiné aux jeunes.

La plupart des mesures évoquées font partie du dispositif 1 jeune 1 solution, quelle est sa philosophie ?

700 000 jeunes cela veut dire 700 000 solutions, 700 000 chemins possibles. Nous voulons nous adresser à tous les jeunes, qu’ils soient diplômés ou non, avec un dispositif adapté qui corresponde à leur situation. Les mesures, dont certaines ont été évoquées dans l’interview, s’adressent aux entreprises comme aux jeunes. Lancés par le Premier ministre et la ministre du Travail, le plan jeunes vise à faciliter l’entrée dans la vie professionnelle, à orienter vers les métiers d’avenir, à accompagner un public éloigné de l’emploi, mais aussi s’adresser aux lycéens car les parcours se construisent très tôt, les inégalités aussi.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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