François Pinault : the artist

Réputé pour son instinct autant que pour sa capacité à prendre des risques, pour son sens du business comme pour son flair artistique, François Pinault s’est taillé une réputation à l’image de son parcours, celui d’un fils de paysan breton devenu un Rockefeller à la française, hors norme.

Réputé pour son instinct autant que pour sa capacité à prendre des risques, pour son sens du business comme pour son flair artistique, François Pinault s’est taillé une réputation à l’image de son parcours, celui d’un fils de paysan breton devenu un Rockefeller à la française, hors norme.

Le 1er octobre dernier, il pose tout sourire aux côtés de son fils François-Henri et de Mgr Aupetit, l’archevêque de Paris, à qui il vient de remettre, comme promis, 100 millions d’euros pour la restauration de Notre-Dame-de-Paris. Quelques jours plus tôt, on le voit rue de Tournon, sortant du domicile de Bernadette et Jacques Chirac où, intime de l’ancien président depuis plus de 40 ans, il s’est rendu à l’annonce de sa mort. À 83 ans, François Pinault n’est jamais loin de l’actualité ni des radars médiatiques. Preuve que des décennies passées à caracoler en tête des classements des grandes fortunes, celui de Forbes le place aujourd’hui au 3e rang français et au 30e mondial avec une fortune estimée à plus de 30 milliards d’euros, lui ont définitivement forgé un statut de personnalité publique. Statut qui tient à l’ampleur de sa réussite, bien sûr, mais aussi au parcours hors norme de ce fils de paysans bretons, sorti de l’école à 16 ans, devenu géant de l’industrie du luxe, collectionneur d’art réputé et ami de tout ce que le pays compte de puissants.

" Le fait de ne pas faire partie de l’establishment lui donne une dimension d’homme libre et sans complexe qui, dès qu’il sent quelque chose, ose "

Audace et intuition

« Adolescent, il avait très mal vécu  ses années au collège Saint-Martin, où il avait été méprisé par les étudiants de la bonne bourgeoisie rennaise, explique-t-il. Au point qu’il refusera toujours de rejoindre l’association des anciens élèves en dépit de ses sollicitations répétées »… Une rancune tenace rapidement convertie en moteur de réussite chez celui qui le disait lui-même : « Les hommes, c’est un peu comme les chiens, élevés dans les salons ils perdent leur flair. Moi je n’ai pas été élevé dans les salons »… D’où une audace et une intuition dont, rapidement, il fera sa marque de fabrique. « Le fait de ne pas faire partie de l’establishment lui donne un côté anticonformiste, estime un biographe. Une dimension d’homme libre et sans complexe qui, dès qu’il sent quelque chose, ose. » Même lorsqu’il s’agit d’acheter une entreprise ou une œuvre d’art contre l’avis du marché. Pour François Pinault qui reconnaît avoir « toujours su se mettre en danger », les décisions se prennent vite et le risque se saisit. Normal lorsque, comme lui, on est entrepreneur dans l’âme, visionnaire et impatient de tracer sa route.

De la distribution au luxe

La sienne débute en 1956, dans une scierie bretonne où il est d’abord salarié et qu’il rachète quelques années plus tard avec l’aide du Crédit lyonnais. Rebaptisée Établissements Pinault, modernisée et repensée pour optimiser les coûts en supprimant les intermédiaires, l’affaire se développe rapidement avant d’être revendue 25 millions de francs au début des années 1970, marquant le début d’une nouvelle ère pour François Pinault qui, fraîchement divorcé, fait fructifier sa fortune naissante en spéculant sur le marché du sucre. Un pari risqué qui va s’avérer payant et lui ouvrir la voie de nouvelles acquisitions, d’abord dans l’univers du bois puis dans celui de la distribution où, au cours de la décennie suivante, il pose les bases de son empire en rachetant à tour de bras – Conforama, Le Printemps, La Redoute, la Fnac, Le Point… – se taillant une solide réputation dans le domaine du rachat d’entreprises en dépôt de bilan – certaines obtenues, dit-on, grâce à ses amitiés politiques – et dans celui de la défiscalisation – au point d’échapper à l’ISF des années durant. En 1992, il crée la holding Artémis et, deux ans plus tard, le groupe PPR. Le rachat de Gucci, en 1995, raflé à la barbe de son rival Bernard Arnault, lui offre une entrée fracassante dans l’univers du luxe où personne ne l’attendait. Pour beaucoup, « c’est le rachat de trop, celui qui annonce l’effondrement… ». Mais cette fois encore, l’audace paye.  Et lorsqu’en 2013 PPR est rebaptisé Kering, le groupe – qui, outre Gucci, détient désormais YSL, Boucheron, Alexander McQueen… –  s’impose en géant de l’industrie du luxe.

Du luxe à l’art

Depuis le début des années 2000, pourtant, François Pinault organise progressivement la transmission de son empire à l’aîné de ses enfants, François-Henri, à qui il cède officiellement la main en 2005. Lui, est déjà tourné vers d’autres horizons : ceux moins grand public mais presque aussi lucratifs de l’art contemporain, un univers où il multiplie les acquisitions depuis la fin des années 1980 et où, aujourd’hui, il possède une collection d’œuvres estimée à plus d’un milliard d’euros. Il faut dire qu’en 1998, il avait une fois de plus créé la surprise en rachetant la maison de ventes aux enchères Christie’s. Un symbole fort – « lui, le petit Breton qui parlait à peine français à 14 ans, à la tête de ce qu’il y a de plus snob… C’était un coup de maître ! », résume un expert – doublé d’un levier de spéculation sans pareil qui, poursuit le biographe, lui permettra de « faire entrer l’art contemporain dans un jeu spéculatif extravagant, lui permettant de faire exploser la cote d’artistes dont il détient les œuvres, comme Jeff Koons et Damien Hirst, et ce faisant, valorisant ses investissements ». Une audace de plus pour celui qui, sa vie durant, aura déjoué les pronostics et forcé la chance. Allant jusqu’à s’offrir un musée à Venise et, bientôt, un autre à la Bourse du commerce pour, comme il l’a toujours souhaité : « laisser une trace ».

Caroline Castets

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