Arnaud Montebourg, nouveau chef de parti

Publication d’un livre, nouveau mouvement, petites phrases savamment distillées, déplacements symboliques… Depuis quelques mois, l’ancien chantre du made in France multiplie les signaux. Pas de doute, il se verrait bien candidat en 2022. Mais la route semble semée d’embûches.

Publication d’un livre, nouveau mouvement, petites phrases savamment distillées, déplacements symboliques… Depuis quelques mois, l’ancien chantre du made in France multiplie les signaux. Pas de doute, il se verrait bien candidat en 2022. Mais la route semble semée d’embûches.

Vous êtes un ancien poids lourd politique progressivement mis hors-jeu ? Vous souhaitez effectuer votre grand retour ? Les spécialistes de la communication vous conseillent bien souvent la même technique : écrire un ouvrage, écumer les médias pour en parler, profiter de ce temps de parole pour défendre des idées dans l’air du temps. Et, bien évidemment, avouer à demi-mot que vous êtes prêt à vous présenter à l’élection présidentielle si les circonstances s’avéraient favorables. De quoi susciter des fantasmes et des débats qui vous replaceront peut-être au centre. Depuis quelques mois, Arnaud Montebourg, homme pourtant réputé n’en faire qu’à sa tête, suit à la lettre la recette.

Un retour bien pensé

Après une relative cure de silence, celui qui se présente désormais comme entrepreneur revient en force en novembre 2020 avec L’Engagement. Un livre qui retrace son parcours et esquisse un début de programme : préservation des fleurons nationaux, politique industrielle, souverainisme économique, VIe République… Ces grands axes de campagne sont martelés à longueur d’interviews, mais aussi de déplacements, sur des sites industriels de préférence. Le calendrier est parfait puisque la Covid-19 met en lumière les effets néfastes des délocalisations et de la perte de souveraineté, notamment sur le plan sanitaire. Plus bavard et créatif que jamais, Arnaud Montebourg parsème son marathon médiatique de "petites phrases" qui prouvent que, à l’instar de Nicolas Sarkozy en 2003, il pense à la présidentielle de 2022, pas seulement en se rasant. Ainsi, le 9 janvier, dans une interview accordée au Point, il affirme : "Il est évident que la question de mon engagement est posée."

Le PS réticent

Si l’engagement d’Arnaud Montebourg va jusqu’à une candidature présidentielle en 2022, il est peu probable que le PS se range derrière lui. Au sein du parti à la rose, son courant n’a jamais été majoritaire. Son score de 17,75 % à la primaire de 2017 est un cruel constat. Les choses sont d’autant plus mal engagées que, depuis 2017, la tectonique des plaques a bougé chez les socialistes. Désormais, les sujets chers à l’homme à la marinière semblent plus marginalisés que jamais. Adieu réindustrialisation, productivisme et souverainisme économique, place aux circuitscourts et à la décroissance ; aux convergences avec EELV et aux questions sociétales telles que la défense des minorités ou l’écriture inclusive.

Le souverainisme, le productivisme ou la réindustrialisation ne semblent plus à la mode au PS

Autant de thématiques sur lesquelles Arnaud Montebourg part avec une grosse longueur de retard sur Anne Hidalgo, qui avance elle aussi ses pions. D’ailleurs, si plusieurs cadres importants du PS semblent prêts à se ranger derrière la maire de Paris, l’ancien député de Saône-et-Loire compte peu de soutiens de poids en interne, hormis la sénatrice Laurence Rossignol. Conscient du rapport de force désavantageux, Arnaud Montebourg semble avoir trouvé la parade en fondant son propre mouvement.

Nouveau mouvement

En janvier 2021, Arnaud Montebourg a lancé sa propre structure : L’engagement. Pour le moment, on sait peu de choses sur elle. À peine devine-t-on qu’elle se veut de gauche et ouverte à tous. À la manœuvre, peu d’élus mais d’anciens conseillers du ministre comme Valentin Przyluski, désormais chef d’entreprise. Habilement, le manifeste s’inspire du gaullisme, en appelant "tous ceux qui restent attachés à une certaine idée de la France et de son avenir, à nous rejoindre" ou déplorant "les incivilités devenues normales dans toutes les catégories de la société". Des signaux sont également envoyés aux Insoumis, notamment en pointant "l’absurdité du système". Les écologistes ne sont pas oubliés puisque la "réponse à l’urgence climatique" est vue comme une priorité. En somme, Arnaud Montebourg (qui, pour le moment, n’apparaît pas sur le site du mouvement) souhaite ratisser large. Quitte à ne parler à personne.

De la concurrence sur le marché

Chez les électeurs de gauche, de nombreuses idées défendues par Arnaud Montebourg sont intégrées dans L’Avenir en commun, pléthorique programme concocté par la France insoumise. Certes, l’ancien ministre de François Hollande semble plutôt "pro business", revendiquant son parcours de chef d’entreprise et promettant une fiscalité plus allégée. Mais ce créneau de souverainiste de droite est déjà occupé par Nicolas Dupont-Aignan et, dans une certaine mesure, par le Rassemblement national. Arnaud Montebourg lance donc son projet sur un marché encombré. Ce qui ne l’empêche pas de jouer le tout pour le tout. Pour séduire à droite, il n’hésite pas à s’afficher en compagnie de Marc Le Fur, député LR des Côtes d’Armor, pour soutenir les salariés du site Nokia à Lannion. Ce qui ne l’empêche pas de multiplier les entretiens dans la presse de gauche (Le Média, Quartier général). Avec probablement une idée en tête : rallier à son panache les électeurs mélenchonistes lassés des dérives communautaristes et gauchistes qui se développent depuis 2017 chez LFI.

Promotion de la "valeur travail", dialogue avec certains élus de droite, panache... Arnaud Montebourg semble s'inspirer de Jean-Pierre Chevènement.

Le nouveau Chevènement ?

L’examen du programme et de la stratégie sémantique d’Arnaud Montebourg ne laisse guère de doute : il se voit comme le Jean-Pierre Chevènement du XXIe siècle, soit un homme de gauche, dépourvu de langue de bois, doté d’une expérience ministérielle et d’une forte implantation locale. Un homme qui a fait sa carrière au PS, toujours au sein de courants minoritaires, avant de fonder son propre mouvement.

Si cette voie qui ne manque pas d’éclat est cohérente politiquement, il n’est pas certain qu’elle soit couronnée de succès dans les urnes. Après un début de campagne mené tambour battant lors de la présidentielle de 2002, l’emblématique maire de Belfort n’a récolté que 5,3 % des suffrages. Il est peu probable que son successeur fasse mieux. Un sondage Harris Interactive publié fin janvier apporte un premier élément de réponse. Bonne nouvelle, Arnaud Montebourg n’est pas distancé par Anne Hidalgo. Seul hic, les deux aspirants candidats obtiennent pour le moment des scores lilliputiens : entre 6 % et 7 % pour la Parisienne, 5 % pour le Bourguignon. Gauche patriote ou gauche écolo ? Quelle que soit la formule, la gauche française semble tâtonner pour relever la tête.

Lucas Jakubowicz

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