Y. Masselot (CNB) : "Les innovations dans le secteur du nautisme dépendent de l’industrie automobile"

Entré chez Construction Navale Bordeaux (CNB) en 1999, Yann Masselot vient de succéder à Dieter Gust en tant que directeur général de la filiale du groupe Beneteau. Une passation qui s'inscrit donc dans une logique de transition progressive. Quels sont les objectifs qui lui ont été assignés ? Comment l’entreprise va-t-elle s’adapter aux évolutions des modes de consommation ? Yann Masselot détaille sa feuille de route.
Yann Masselot

Entré chez Construction Navale Bordeaux (CNB) en 1999, Yann Masselot vient de succéder à Dieter Gust en tant que directeur général de la filiale du groupe Beneteau. Une passation qui s'inscrit donc dans une logique de transition progressive. Quels sont les objectifs qui lui ont été assignés ? Comment l’entreprise va-t-elle s’adapter aux évolutions des modes de consommation ? Yann Masselot détaille sa feuille de route.

Décideurs. Si comme vos concurrents vous avez vu votre activité ralentir avec la crise de 2008, vous avez pu profiter pleinement de la reprise du marché grâce aux lancements de vos nouveaux produits. Quels sont ceux qui ont le mieux fonctionné ? Comment l’expliquez-vous ?

Yann Masselot. Nous sommes les leaders mondiaux sur le marché du catamaran grâce à la marque Lagoon. Durant la crise, ce marché a mieux résisté que celui de plaisance en ne baissant que de 25 %, contre 50 % pour le marché de la plaisance. Au plus fort de la crise, le Groupe Beneteau a pris la décision d’utiliser la trésorerie de l’entreprise pour accentuer son développement sur de nouveaux produits plutôt que de ne rien faire. Cette stratégie agressive a reflété notre ambition de partir à la conquête de nouvelles parts de marché. Si notre offre « Lagoon » a connu une forte chute de son chiffre d’affaires en 2009 (- 20 %), il a depuis été sans cesse en croissance. Nous avons enrichi notre gamme de manière accélérée, en lançant pas moins d’un ou deux nouveaux modelés par an. Ces décisions nous ont permis de surperformer la croissance du marché du catamaran qui est reparti à la hausse dès 2010.

"Nous constatons un fort développement des sociétés de location de bateaux »

La marque de catamaran Lagoon est le socle de votre succès. Pourquoi avoir pris le risque de créer une nouvelle marque, Excess ?

La part de marché de « Lagoon » est prépondérante. Au-delà d’un certain niveau, il est difficile de gagner des parts supplémentaires. Le marché du catamaran devient aussi de plus en plus mature. Il est en train de se segmenter et la marque « Lagoon » ne peut pas à elle seule couvrir l’ensemble du spectre. Nous pensons toutefois qu’il y a encore de la place pour un nouvel entrant, c’est pourquoi nous souhaitons éviter de laisser la porte ouverte à de nouveaux concurrents. Le succès de Lagoon a attiré les concurrents sur le segment du catamaran familial, habitable et confortable. Au milieu de tout cela, le créneau du bateau plus équilibré en termes de performance et de confort a été délaissé. Cette reconquête s’explique par l’arrivée d’une génération de jeunes trentenaires ayant des attentes différentes dans l’usage du loisir et du plaisir.

Quelles seront les prochaines innovations qui impacteront votre marché ?

La recherche porte notamment sur l’aspect autonomie électrique du bateau. En 2006, nous avons lancé un modèle de propulsion hybride. On connaît parfaitement ce milieu-là. Mais le secteur du nautisme n’a pas les moyens de se développer seul. Les innovations dépendent donc de l’industrie automobile. Il faut aussi garder en tête un point majeur, la fiabilité. Une panne au milieu d’un océan pouvant avoir des conséquences considérables. Nous y allons donc de manière extrêmement prudente, surtout que l’environnement marin est très agressif pour l’électronique.

"Nos collaborateurs avaient peur que le groupe parachute quelqu’un qui ne connaisse pas l’entreprise"

Les jeunes générations ont-elles bouleversé les habitudes de consommation ?

Elles ne souhaitent plus nécessairement être propriétaires de bateaux. Il y a un passage de la propriété à l’usage. Il faut donc être capable de proposer des alternatives, notamment en termes d’utilisation en jour ou en heure des bateaux. Nous constatons un fort développement des sociétés de location de bateaux. Nous avons donc lancé il y a un an un portail appelé « Band of Boats » qui a vocation à proposer des solutions pour aller sur l’eau au grand public (location, partage, location entre particuliers, multipropriété, solutions en fonction du budget). Dans les années à venir, nous souhaitons lui donner une envergure européenne.

Quels sont les avantages et inconvénients d’appartenir au groupe Beneteau ?

Beneteau nous donne une puissance financière et industrielle. Avec Lagoon, nous avons pu développer le meilleur rapport qualité prix du marché grâce notamment au savoir-faire du groupe, sans équivalent dans le monde du nautisme. Parfois, les prises de décisions sont cependant un peu plus longues.

Vous travaillez dans le groupe depuis plus de 25 ans et êtes devenu directeur général de CNB l’année dernière. Comment se passe la succession de Dieter Gust, fondateur de l’entreprise ? Quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?

Dieter Gust fait le maximum pour que ce passage de témoin soit un succès. Il continue de nous accompagner dans le développement stratégique. Pour les salariés, ma nomination était une décision rassurante, car je suis dans l’entreprise depuis plus de 20 ans. Nos collaborateurs avaient peur que le groupe parachute quelqu’un qui ne connaisse pas l’entreprise. Dans les prochaines années, nous souhaitons rester leader mondial sur le marché du catamaran et accroître notre leadership. Nous voulons surperformer la croissance du marché.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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