Y. Choin-Joubert : "Réalités a imaginé un nouveau contrat social pour les 12 à 18 prochains mois"

Le développeur Réalités a pris des mesures fortes pour faire face à la crise sanitaire. Yoann Choin-Joubert, PDG du groupe, les détaille et explique à Décideurs son état d'esprit dans cette situation inédite.
Yoann Choin-Joubert (©Réalités)

Le développeur Réalités a pris des mesures fortes pour faire face à la crise sanitaire. Yoann Choin-Joubert, PDG du groupe, les détaille et explique à Décideurs son état d'esprit dans cette situation inédite.

Décideurs. La solidarité est le leitmotiv des professionnels de la fabrique de la ville depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il au sein de Réalités ?

Yoann Choin-Joubert. Nous avons arrêté notre plan de continuité d’activité dès les premiers jours de mars et avons ensuite lancé une phase de test en mettant la moitié de nos équipes en télé-travail. Quand le confinement a été annoncé par le Président de la République, nous l’avons généralisé pour tous nos collaborateurs. Toutes ces étapes ont été réalisées dans le cadre d’un dialogue constant avec les organisations sociales et les représentants du personnel. Une fois tout le monde mis en sécurité, une partie de nos collaborateurs se sont retrouvés sans tâche à réaliser. Nous avons rapidement mis 150 de nos 400 collaborateurs en chômage partiel tout en préservant leur salaire net en complétant les montants versés par l’Etat. Nous sommes en mesure de supporter cet effort donc nous le faisons. Depuis le début de la crise, l’unité de corps est très forte chez Réalités. Les collaborateurs se montrent solidaires des enjeux de l’entreprise et inversement. Nous avons imaginé un nouveau contrat social pour les 12 à 18 prochains mois afin de traverser la crise économique tous ensemble et de rebondir le plus rapidement possible. Ce projet de « new deal » va être soumis au comité social et économique et espérons l’entériner dans le courant du mois de mai. La solidarité s’exprime également au quotidien dans tous nos métiers. Nous exploitons par exemple des résidences services seniors. En l’espace d’une semaine, nous nous sommes mobilisés pour fournir environ 2 000 masques, jetables ou réutilisables, à nos trois établissements. Nous n’avons déploré aucun cas de Covid-19 à ce jour dans nos résidences et nous faisons tout pour que cela dure.

Nous allons également mettre en place dans les prochains jours, via notre fonds de dotation, un soutien financier à une association œuvrant pour l’inclusion et le logement des personnes sans abri. Nous honorerons aussi toutes nos factures dans les délais prévus et constituerons ainsi un point d’appui pour nos fournisseurs et les entreprises avec qui nous travaillons. Nous trahirions l’économie française si nous ne le faisions pas alors que nous en avons les moyens. En parallèle, toutes les échéances de prêts adossés à des projets immobiliers ont été tenues et nous avons trouvé un terrain d’entente avec les banques pour payer uniquement les intérêts et différer l’amortissement de certains crédits corporate.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement dans cette situation de crise sanitaire ?

J’ai un regard positif et empathique. Il y a bien sur des ratés mais qui peut juger de la qualité de cette gestion aujourd’hui ? Dans le secteur du BTP, Muriel Pénicaud a eu des mots malheureux. Mais il faut passer au-delà. Nous pensions initialement que nous devions arrêter tous les chantiers puis nous avons compris que le gouvernement nous demandait de les poursuivre quand cela était possible. Nous tentons de le faire. Mais trois conditions doivent être remplies dans chaque cas : le volontariat, la sécurité sanitaire et le feu vert de l’Etat.

Concernant l’ordonnance relative à l’instruction des autorisations d’urbanisme, il y a deux aspects à appréhender. D’un côté, cela va nous permettre de maintenir les prix immobiliers car il y aura un manque d‘offres. C’est crucial pour nous aider à rebondir quand la reprise s’amorcera en septembre. Néanmoins, cette ordonnance va dans le même temps fragiliser la partie amont de notre activité qui est déjà impactée par le gel des obtentions de permis de construire pendant les élections municipales.   

Quelles sont vos propositions pour solutionner les problèmes liés à cette situation dans la fabrique de la ville ?

La Bpifrance a encore du mal à considérer les maitres d’ouvrages comme des entreprises à part entière. C’est une erreur. Il vaudrait mieux consolider ces acteurs en créant une obligation long terme avec un taux d’intérêt élevé afin de générer un effet de levier important au profit de toute la filière : un euro investi en fonds propres dans les promoteurs solvables générera dix euros de chiffre d’affaires pour les entreprises avec qui ils travaillent.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement de votre secteur ?

Réalités est un groupe de développement territorial intégré qui exerce la maîtrise d’ouvrage immobilière et la maîtrise d’usage. Nous avons aussi adopté un positionnement RSE très poussé. Nous sommes donc armés pour gérer cette crise et allons poursuivre dans cette voie. Je pense qu’il en est de même pour le secteur de la fabrique de la ville qui a pris ces dernières années le virage du XXIe siècle.  

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire P. Colomer : "Je travaille sur un moyen de quantifier la baisse des valeurs locatives à partir des flux de personnes" C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société"
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