Xavier Lazarus (Elaia) : « Les meilleurs start-up n’ont pas envie de rester en France »

Le fonds de capital-risque Elaia a récemment doublé de taille afin d’être en mesure de financer les start-up européennes. Il incarne désormais une option pour les start-up attirées par les sirènes anglo-saxonnes.

© Elaia Partners

Le fonds de capital-risque Elaia a récemment doublé de taille afin d’être en mesure de financer les start-up européennes. Il incarne désormais une option pour les start-up attirées par les sirènes anglo-saxonnes.

Décideurs. Elaia a investi dans quelques-unes des plus belles start-up françaises, comme Sigfox ou Criteo. Quelle est votre stratégie d’investissement ?

Xavier Lazarus. C’est dans notre ADN d’investir très tôt, dans le early stage, que ce soit en amorçage ou en pré-amorçage. Nous aimons être les premiers à investir dans les sociétés que nous sélectionnons. Au pire, nous sommes les seconds. Ensuite, nous sommes très technophiles, nous visons les deep tech, les acteurs de haute technologie. En matière de secteur, nous investissons dans l’énergie, la microfluidique, les microalgues…. Même si les trois quarts de nos investissements sont consacrés au numérique.

Pourquoi vouloir être absolument le premier investisseur ?

Nous avons constaté que c’est dans cette situation que nous sommes le plus heureux. Nous avons eu d’excellents résultats avec Sigfox, Criteo ou encore Shift technology…. Si nous n’étions pas entrés lors de ces premiers tours, nous n’y serions pas non plus aller, à cause des valorisations. Les meilleurs vont très vite, et ils vont rapidement chercher des investissements à l’international. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons augmenté notre taille. Nous avons levé près de 200 millions d’euros sur les 24 derniers mois. Avec cette levée de fonds, nous avons désormais les capacités d’accompagner nos investissements jusqu’au bout, jusqu’à l’IPO ou l'exit. Les meilleures sociétés, il faut les suivre jusqu’au bout.

Les meilleures sociétés, il faut les suivre jusqu’au bout »

Investir dans les Deep tech demande d’être au courant des avancées scientifiques. Comment faites-vous pour suivre l’évolution de la recherche ?

Nous avons monté un fonds avec l’université PSL,  PSL Innovation Fund. Elle regroupe les meilleurs établissements de France, comme l’ENS, l’ESPCI, ou encore l’Institut Curie. Ce fonds nous permet aussi de toucher à d’autres secteurs, comme les sciences de la vie. Après il faut de toute façon bien connaître les technologies numériques, car leur rôle est de plus en plus important dans tous les secteurs, y compris dans les sciences de la vie. Pour 2019, nous préparons un fonds avec l’INRIA.

« Pour 2019 nous préparons un fonds avec l’INRIA »

Les start-up des deep tech doivent-elles être gérées de manière différente des autres ?

Lorsque l’on travaille avec une start-up très jeune, l’équipe est souvent incomplète. Une des premières tâches est de recruter pour former les équipes. Un autre point les distinguent, elles suivent des cycles de décision assez lents. Il faut se rendre dans les laboratoires, et rencontrer les chercheurs. L’une des difficultés est de réussir à comprendre ce qu’ils font. Il faut prendre le temps de discuter avec eux.

Les chercheurs font de bons entrepreneurs ?

Oui, ce sont de bons entrepreneurs. Malgré tout, lorsqu’il quand ils ont passés 25 ans dans un laboratoire, il est souvent préférable qu’il soit directeur technique plutôt que PDG au moment de monter la start-up. Nous remarquons également une augmentation des post-doctorants à la tête des start-up. Avant, le PhD, c’était pour être chercheur. Aujourd’hui ils veulent de plus en plus devenir entrepreneur, ce qui améliore la qualité des start-up.

Sur quels domaines scientifiques la France est-elle à la pointe ?

Nous avons de grandes capacités en matière d’intelligence artificielle.  De nombreux cadres des géants américains du numérique sont français. Nous sommes également très compétents dans la gestion des données et la data science, pour gérer les enjeux de privacy notamment. Nous ne sommes pas en reste sur la cybersécurité, ou sur les infrastructures cloud, et nous maîtrisons bien les enjeux de cryptographie.

L’un de vos objectifs est-il d’empêcher les pépites françaises d’aller chercher des financements à l’étranger ?

Sur ce sujet, nous avons des positions iconoclastes, nous ne pensons pas que les start-up doivent absolument rester françaises. Les meilleurs start-up n’ont pas envie de rester en France de toute façon, elles sont mondiales. Il faut aussi savoir qu’il existe des fonds late stage en France, qui peuvent représenter une série B ou C une opportunité de se financer à Paris. Aujourd’hui de plus en plus de groupes vont à Paris pour le faire, c’est une force d’attraction et de contrôle de la place parisienne. Nous, nous pouvons représenter une option pour des sociétés différentes, qui ont besoin de plus de temps pour se développer.

Quelles sociétés ont besoin de plus de temps que les autres ?

Celles qui travaillent sur le marché de la technologie ont besoin de plusieurs années pour se développer. Je pense à une société de notre portefeuille qui travaille sur la voiture autonome, Stanley robotics. Tous leurs chiffres sont bons, mais ils ont besoin d’argent. Il est important d’avoir des investisseurs locaux pour tenir les premières étapes. Puis elles feront un jour un tour de table international. C’est un métier qui a besoin de temps.

 

Propos recueillis par Florent Detroy (@florentdetroy)

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