Xavier Chappelon (FRI Auvergne Rhône Alpes) : « Nous nous sommes fait une spécialité d’intervenir sur les dossiers complexes »

À la tête du fonds régional d’investissement (FRI) Auvergne Rhônes Alpes depuis plus de cinq ans, Xavier Chappelon en détaille le fonctionnement et partage ses projets pour 2017.
Xavier Chappelon

À la tête du fonds régional d’investissement (FRI) Auvergne Rhônes Alpes depuis plus de cinq ans, Xavier Chappelon en détaille le fonctionnement et partage ses projets pour 2017.

Décideurs. Le fonds d’investissement régional (FRI) que vous gérez a été créé en 2011. À quels besoins répond-il ?

 

Xavier Chappelon. Si le FRI Auvergne Rhône Alpes existe depuis bientôt six ans, des fonds de petite taille et souvent généralistes existaient depuis longtemps dans certaines régions, en partie financés par la BPI, et souvent constitués sous la forme de société de capital-risque. Ces initiatives locales étaient disséminées sur le territoire national. Avec la crise financière de 2008 et le mouvement de décentralisation, la région Auvergne Rhône-Alpes a émis la volonté de renforcer son soutien aux sociétés industrielles locales, pour préserver les savoir-faire et l’emploi, en créant le FRI. Depuis la fusion des régions, on constate dans toute la France que nombre d’entre elles souhaitent constituer des fonds sur le même modèle, chacun d’entre eux adoptant des objectifs propres selon la politique économique locale.

 

Comment fonctionne le FRI de votre région ?

 

Un appel à manifestation d’intérêt pour gérer ce fonds a été lancé en 2011 par la région, et c’est Siparex qui l’a remporté. Nous nous sommes alors lancés dans la recherche de souscripteurs privés avec un principe simple : pour chaque euro versé par un souscripteur privé, un euro était apporté par un acteur public, dont le conseil régional et Bpifrance. Le closing final s’est fait à 30 millions d’euros. Parmi nos LP’S privés, nous comptons principalement des banques mutualistes, des assureurs, des mutuelles ou des fédérations professionnelles. Nous investissons des tickets de 100 000 à 1 million d’euros dans des entreprises régionales réalisant un chiffre d’affaire compris entre 1 million et 50 millions d’euros et dont l’effectif est compris entre 10 et 250 salariés. Nous ne prenons que des participations minoritaires, avec parfois des tours de tables majoritaires en co-investissement avec d’autres financiers.

 

« Pour chaque euro versé par un souscripteur privé, un euro était apporté par un acteur public »

Quel est le positionnement de ce fonds ?

 

Le FRI intervient principalement dans des sociétés industrielles ou des services à l’industrie, domaines jugés parfois moins attractifs que d’autres par les investisseurs, et dans le développement et « redéploiement » de PME afin d’accompagner le rebond de sociétés connaissant des difficultés conjoncturelles surmontables. Telle était la feuille de route initiale que la région avait fixée.  Peu à peu, nous l’avons élargie aux autres secteurs. Nous nous sommes fait une spécialité d’intervenir sur les dossiers complexes, toujours dans l’optique de veiller à la protection des entreprises et au maintien de leur savoir-faire dans la région.

 

Vous n’entrez donc pas en concurrence directe avec les autres acteurs du private equity ?

 

Exactement ! Nous sommes un outil de place, n’avons pas pour but de concurrencer qui que ce soit mais plutôt d’intervenir en complémentarité avec les autres acteurs. Deux tiers de nos opérations sont réalisées en co-investissement avec des confrères. Sur un marché caractérisé par beaucoup de liquidités, on constate que les fonds classiques ont tendance à augmenter leurs tickets d’intervention. Cela crée un vide puisque beaucoup d’entreprises de plus petite taille ne trouvent pas de financement. Notre positionnement spécifique et notre vocation d’intérêt général contribuent à faire de nous une solution complémentaire à celles proposées par tous les autres acteurs du dispositif financier régional.

 

Comment identifiez-vous les entreprises que vous soutenez ?

 

La majorité des dossiers nous est adressée par des confrères ou par des banques intéressées par le soutien en fonds propres du FRI. Les cas de dossiers intermédiés se comptent sur les doigts d’une main. Nous remarquons que les avocats d’affaires ou les avocats intervenant dans le cadre de procédures préventives de traitement des difficultés nous contactent de plus en plus. Nous commençons à avoir une certaine notoriété dans la région même s’il reste du travail à faire, notamment depuis le rapprochement avec l’Auvergne

 

Avez-vous déjà opéré quelques sorties ?

 

Avec des durées d’investissement de l’ordre de six ans, nous avons réalisé trois débouclages et procédé aux premiers retours de trésorerie.

 

Quel premier bilan dressez-vous de votre activité ces six dernières années ?

 

Nous avons investi dans vingt-sept sociétés, dont la majorité connaissaient des difficultés financières sérieuses. Ces vingt-sept sociétés ont bénéficié au total de 48 millions d’euros de financements (fonds propres et financements bancaires). Nous les avons accompagnées dans leur développement ou leur redéploiement et le bilan est plus que positif. Nous estimons avoir contribué à maintenir 2 000 emplois dans la région et nous ne comptons plus les cas où l’entreprise a renoué avec la croissance, notamment par une politique de croissance externe, après deux ou trois années difficiles.   

 

Quels sont les projets du FRI ?

 

Nous préparons la levée d’un deuxième fonds d’une taille de 40 à 50 millions d’euros. Ce véhicule pourrait investir des montants plus importants en redéploiement et interviendrait notamment sur des opérations plus modestes de transmission. La recherche de souscripteurs devrait commencer dès l’été pour disposer d’un fonds n°2 opérationnel au début du premier semestre 2018.

 

Propos recueillis par Sybille Vié

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