X. Musseau (Hines) : "L’exécutif doit élargir son approche car il y a un lien important entre la construction et l’immobilier"

A la fois développeur et asset manager, Hines est un acteur qui compte dans la fabrique de la ville au niveau mondial. Xavier Musseau, directeur général exécutif du groupe en France, nous dévoile les mesures qui ont été prises dans l’Hexagone pour faire face à la crise sanitaire et livre son analyse de la situation.
Xavier Musseau (©Thomas Raffoux)

A la fois développeur et asset manager, Hines est un acteur qui compte dans la fabrique de la ville au niveau mondial. Xavier Musseau, directeur général exécutif du groupe en France, nous dévoile les mesures qui ont été prises dans l’Hexagone pour faire face à la crise sanitaire et livre son analyse de la situation.

Décideurs. La solidarité est le leitmotiv des professionnels de la fabrique de la ville depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il chez Hines France ?

Xavier Musseau. Une fois le déploiement des outils et processus pour télé-travailler réalisé, nous nous sommes interrogés sur les aspects qui constituent une entreprise quand nous ne pouvons pas nous y rendre physiquement. Les collaborateurs sont en demande de valeurs. Le chômage partiel a notamment amené une réflexion sur la question. Au-delà de l’aspect économique, ce sujet implique des dimensions éthiques et solidaires. Même si l’administration a mis en place des outils pour soutenir l’économie, nous ne devons pas les utiliser si nous avons les reins suffisamment solides pour traverser cette crise sans aide. C’est une question de responsabilité individuelle mais aussi un signal fort envoyé à nos collaborateurs. En assumant la baisse d’activité et en maintenant les salaires, nous montrons que nous allons traverser cette épreuve tous ensemble et serons encore plus forts quand la reprise s’amorcera.

En externe, nous nous devons d’adresser des reportings clairs actif par actif à nos investisseurs pour les rassurer et leur donner de la visibilité. Nous gérons près de 3 Mds€* en France et sommes présents partout dans le monde (ndlr : représentant au total plus de 110 Mds€ d’actifs gérés). Cette dimension internationale nous permet de fournir une vision précise des marchés région par région aux acteurs qui ont des stratégies d’investissements globales. Vis-à-vis des utilisateurs, nous nous sommes organisés pour continuer à faire fonctionner les immeubles et permettre ainsi aux locataires qui ne peuvent ou ne souhaitent pas télé-travailler de poursuivre leur activité. Dans le commerce, secteur où nous gérons 1 Md€ d’actifs en France, nous devons adapter nos actions en fonction du profil de chaque enseigne. Les petits locataires en difficulté doivent être accompagnés très tôt, notamment par le biais de reports de loyers, tandis que les grands groupes qui ont davantage les moyens de résister à cette crise doivent partager leurs parts de responsabilité. Nous surveillerons avec attention l’évolution dans le temps de la situation des uns et des autres pour apporter toute l’aide possible au moment nécessaire.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement français dans cette situation de crise sanitaire ?

Hines porte des projets de développement importants en France comme les tours Duo et la tour Hekla conçues par Jean Nouvel respectivement à Paris 13e et à La Défense, le futur siège du Boston Consulting Group à Paris (ndlr : l’ensemble L1ve) … Tous ont naturellement été affectés et nous suivons avec attention les décisions du gouvernement pour ajuster notre stratégie. Mais l’exécutif doit élargir son approche. Il y a un lien important entre la construction et l’immobilier. Si les conditions ne sont pas réunies pour permettre à ce dernier de fonctionner normalement, la reprise du secteur du BTP sera moins solide.

Plus globalement, cette crise est sans précédent. Le gouvernement est complètement mobilisé mais le plus dur reste sans doute encore à venir. La dépression économique et financière ne devra pas créer plus de cicatrices que la crise sanitaire. Et la reprise de l’activité sera longue et progressive. Nous devrons probablement pouvoir tester un grand nombre de personnes au moment où le déconfinement commencera. Cela passera notamment par l’installation de portiques à l’entrée des ensembles tertiaires qui accueillent plusieurs milliers de personnes. Nous sommes en pleine phase d’études sur le sujet, prenant notamment appui sur les retours d’expérience de nos collègues en Asie. Une chose est d’ores et déjà sûre : nous aurons besoin d’avoir accès massivement à ces dispositifs le moment venu.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement du secteur immobilier ? 

Nous devrons réinventer nos marchés car les fondamentaux de nos métiers vont être ébranlés. Nous assisterons vraisemblablement à une crise de solvabilité de certaines entreprises. Ces dernières seront alors probablement amenées à vouloir remettre en cause leurs baux et un nouveau type de contrat devra être imaginé, au moins momentanément. Des classes d’actifs souffriront plus que d’autres : l’hôtellerie et le commerce seront exsangues tandis que des centres de proximité et d’entreposage feront leur retour en force dans la logistique.

De manière plus générale, des points positifs naissent de toute crise. J’observe des initiatives qui n’ont jamais été déployées auparavant, des prises de position fortes de certaines sociétés… J’espère que cette vague de solidarité et de rassemblement se poursuivra une fois la crise sanitaire terminée, pour rendre nos sociétés plus humaines.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

*Chiffres au 31.12.19

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Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société" B. Marzloff (Chronos) : "La pandémie a été un laboratoire formidable pour la réforme de la ville"
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