Worldline/Ingenico : "timing is everything"

Après la tentative avortée de Natixis, le français Worldline propose de racheter son concurrent hexagonal Ingenico. Cette fois, les planètes semblent alignées en faveur de ce mouvement de consolidation européenne qui permettrait au futur groupe de paiement électronique de peser à l’échelle internationale, face aux géants américains et chinois.

Après la tentative avortée de Natixis, le français Worldline propose de racheter son concurrent hexagonal Ingenico. Cette fois, les planètes semblent alignées en faveur de ce mouvement de consolidation européenne qui permettrait au futur groupe de paiement électronique de peser à l’échelle internationale, face aux géants américains et chinois.

« Nous souhaitons participer à une nouvelle vague de consolidation du secteur des paiements en Europe », déclarait fin janvier 2019 Gilles Grapinet, PDG de Worldline. Le mouvement est désormais enclenché. La société française spécialiste du paiement électronique ambitionne d’acquérir son concurrent hexagonal, Ingenico, afin de créer le quatrième acteur mondial du secteur. Le rapprochement, présenté le 3 février, devrait permettre de donner naissance à une nouvelle entité capable de générer 5,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de dégager 250 millions de synergies par an d’ici à 2024.

« Timing is everything », commente Gilles Grapinet. Une assertion vraie à plus d’un titre, qui fait référence aux discussions amorcées en 2018 entre Ingenico et Natixis en vue d’un éventuel rapprochement, lequel n’a finalement pas abouti. « Si vous regardez le prix de l’action, [ce rapprochement] aurait pu être une affaire, mais je ne suis pas sûr que le conseil d’administration d’Ingenico aurait été prêt à vendre », explique Gilles Grapinet. À l’époque en effet, Ingenico devait redresser la barre et avait choisi de se concentrer sur son nouveau plan stratégique, qui porte depuis ses fruits. Dans le cadre de l’offre actuelle, les actionnaires d’Ingenico recevraient 11 actions Worldline et 160,5 euros en numéraire contre 7 actions Ingenico, avec un mécanisme dit de « mix and match ».

Leader européen

Autre facteur temps incontournable : l’état du marché. Actuellement en pleine consolidation, le secteur doit notamment s’adapter à la multiplication exponentielle des transactions en ligne. Ainsi, l’an passé, l’américain Global Payments a-t-il annoncé une fusion « entre égaux » avec TSYS. Dans une note consacrée à l’opération Worldline/Ingenico, les analystes de Bryan Garnier & Co estiment que le futur ensemble français aura un profil plus diversifié que celui de ses concurrents américains.

Les fiancées considèrent que ce mariage leur permettra d’afficher une couverture mondiale et complète en matière de paiements en ligne et omnicanal ou encore d’être présentes dans l’ensemble de la chaîne de valeur des paiements. La forte complémentarité géographique des deux entités est un argument supplémentaire. Elles mettent en avant leur poids en Europe continentale, avec « une nouvelle position de leader en Allemagne, un positionnement fort dans les pays scandinaves et un accès renforcé aux banques et marchands français », sans compter une activité au Benelux, en Suisse et en Autriche.

Soutien français

Cette place de choix au sein du Vieux Continent pourrait pourtant amener les autorités de la concurrence européennes à considérer ce rapprochement comme une concentration contraire aux intérêts des consommateurs. Afin de prévenir un éventuel veto du régulateur, Cédric O, secrétaire d’État chargé du numérique, apporte son soutien à l’opération. « Il y a une concurrence mondiale dans les systèmes de paiements, et la taille compte vraiment dans ce business », analyse-t-il devant l’Association de la presse anglo-américaine. Pour affermir cette position, l’opération a été approuvée par les actionnaires de référence des deux sociétés : Six ainsi qu’Atos pour Worldline et Bpifrance (la banque publique d’investissement qui pourrait augmenter sa participation dans Worldline) pour Ingenico.

Le timing a, là encore, toute son importance puisque Cédric O milite depuis plusieurs mois pour laisser la possibilité à des poids lourds européens d’émerger capables de rivaliser avec leurs homologues chinois et américains. Reste à savoir ce qu’en penseront les services antitrust de Bruxelles. Une validation de cette acquisition marquerait un tournant dans la politique de l’exécutif européen.

Olivia Vignaud

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