Winston & Strawn : "La "financiarisation" de la santé doit être dédiabolisée"

Winston & Strawn : "La "financiarisation" de la santé doit être dédiabolisée"
Gilles Bigot et Julie Vern Cesano-Gouffrant, associés et pilotes de la pratique du secteur économique de la santé chez Winston & Strawn

Le fonds justifie-t-il les moyens ? Spécialistes de la consolidation de réseaux de professionnels du monde médical et paramédical, Gilles Bigot et Julie Vern Cesano-Gouffrant pilotent la pratique du secteur économique de la santé chez Winston & Strawn à Paris. Au cœur des partenariats stratégiques en santé, ils présentent les enjeux de ces consolidations financières.

Décideurs. Ces dernières années, une vague de consolidation dans le secteur des établissements de santé et des réseaux de praticiens s’est renforcée. Quels défis implique-t-elle ?

Winston & Strawn. L’objectif central de la consolidation consiste à libérer le plus possible de temps purement médical au profit du professionnel de santé et ce, dans le meilleur intérêt des patients. Si la délégation de tâches se fait déjà de façon réglementée, il est essentiel de poursuivre cet élan par le biais de la structuration des cabinets de médecins autour de synergies avec d’autres professions médicales ou paramédicales. À titre d’exemple, seul un orthoptiste est habilité, sous certaines conditions, à réaliser un bilan orthoptique. Celui-ci peut notamment comprendre la mesure de la réfraction et de l’acuité visuelle, afin que le médecin ophtalmologue établisse directement son diagnostic médical et prescrive les bons traitements. Dès lors, cette pratique revêt une multitude de bénéfices, dont le patient constitue le tout premier destinataire. Très concrètement, celui-ci profite encore plus rapidement de rendez-vous disponibles ainsi que des avancées technologiques dont l’acquisition, la maintenance et le maintien à jour sont coûteux. En outre, ce fonctionnement contribue à combler la pénurie médicale en assignant aux acteurs adéquats des missions clés. En déchargeant les médecins de certaines tâches, la profession se rend ainsi plus disponible en termes d’offre de soins en plus de devenir plus attractive.

"Cette pratique revêt une multitude de bénéfices, dont le patient constitue le tout premier destinataire"

Quant aux praticiens, ces derniers augmentent leur capital en générant des revenus supérieurs et en partant à la retraite avec un actif professionnel valorisable. En quoi serait-il justifié d’interdire ces pratiques, précisément auprès de ces professions ? En somme, la financiarisation de la santé doit être dédiabolisée afin de mettre en lumière ses avantages qui répondent à un besoin de la population. Y compris le terme même de "financiarisation", dont l’emploi a été dévoyé par ses détracteurs selon des concepts irrationnels, politiques ou chimériques.

Contrairement à ce que l’on peut voir déclamer ça et là, il n’a jamais été démontré que ce phénomène de consolidation ait, en soi, nuit à l’accès aux soins et à la qualité de ceux-ci. C’est même tout l’inverse.

Au cœur des stratégies de consolidation, les laboratoires de biologie médicale ont été en mesure de répondre massivement aux besoins de la crise de la Covid. De quelle manière cela illustre-t-il l’accélération liée à la crise ?

W&S. De fait, si le secteur de la biologie médicale n’avait pas connu de phase de consolidation, le secteur privé n’aurait jamais pu faire face aux demandes lors de la crise liée à la Covid. Cet évènement a démontré l’utilité d’une force consolidée, non seulement en réponse aux impératifs de soins, mais aussi en matière de capacités d’investissement dans l’innovation. Pour ce qui est de la biologie médicale, ces financements ont servi à développer et permettre l’accès à des plateaux techniques remplis d’automates de pointe qui ont permis de faire face à cette demande soudaine, imprévue et massive.

"L’un des défis de la consolidation consiste à attirer des investisseurs puissants afin de financer des équipements matériels lourds"

L’un des défis de la consolidation consiste à attirer des investisseurs puissants afin de financer des équipements matériels lourds. Des investissements que les médecins, seuls, n’ont en général pas les moyens d’effectuer. Ainsi, l’un de nos clients dans l’imagerie médicale a pu bénéficier en avant-première et en exclusivité mondiale d’un dispositif d’IRM inaccessible à des structures médicales qui ne sont malheureusement pas armées financièrement pour y prétendre.

Chez Winston & Strawn, nous permettons aux investisseurs de tous types – fonds d’investissements, family offices, réseaux de professionnels médicaux, praticiens regroupés, notamment – de rentrer au capital dans les meilleures conditions et aux professionnels de santé d’y trouver leur compte. Grâce au développement de ces structurations, les diagnostics, ­toujours en matière d’imagerie médicale, se sont accrus avec un degré de précision des images amélioré et l’introduction massive de l’intelligence artificielle ("IA"). Et nous ne sommes qu’au début du chemin.

Dans ce cadre, quelle place occupe la concurrence ?

W&S. Certaines règles du Code de la santé publique limitent la prépondérance des acteurs dans un domaine ou un territoire donné. De cette manière, si un groupe venait à cesser ses activités, l’absence et l’interdiction de toute mono-dépendance à tel ou tel opérateur médical permet d’éviter un défaut de réponse à la demande de soins. Ces garde-fous légaux ne s’arrêtent pas là. Lors de nombreuses opérations, nous devons consulter l’Autorité de la concurrence afin de vérifier que nous ne créons pas d’abus de position dominante ou de situation de non-concurrence, délétères pour les patients. Contrairement à ce que l’on peut croire, le domaine de la santé représente un environnement économique où s’appliquent à peu près toutes les règles propres aux secteurs du droit commun, auxquelles s’ajoutent celles qui lui sont spécifiques et qui doivent être parfaitement maîtrisées. Dans cet ordre d’idée, il faut savoir que les investissements étrangers en France dans le secteur de la santé sont potentiellement sujets à contrôle.

À la lumière de votre expertise dans le domaine de la santé, quelles nouvelles tendances identifiez-vous ?

W&S. La télémédecine et l’IA se sont imposées comme de nouveaux usages incontournables. Dans le contexte de la crise de Covid, lors des confinements et au-delà, l’exercice de la télémédecine s’est ainsi libéralisé comme jamais. Ce qui a permis de lever à une vitesse inégalée les appréhensions et superstitions habituelles en matière d’innovation en France. Il est aujourd’hui aisé d’effectuer une consultation à distance et d’obtenir un remboursement, y compris lors du premier rendez-vous. La consolidation permet aussi de se donner les moyens de mettre à disposition des médecins dans des déserts médicaux.

Par ailleurs, l’IA constitue désormais une aide au diagnostic pour de nombreux professionnels de santé ayant les moyens d’investir et de s’équiper à cette fin. Elle va également permettre un développement accéléré de produits pharmaceutiques mieux ciblés.

Synthétiquement, le champ des possibles demeure infini pour peu que les scientifiques, les biotech, medtech et les professionnels de santé soient pourvus des moyens financiers ­nécessaires.

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