Vulnérabilité des systèmes électriques : l’Agence internationale de l’énergie publie son rapport

L’Agence internationale de l’énergie (IEA) a récemment publié son rapport "Power Systems in Transition. Challenges and opportunities ahead for electricity security", qui pose la question de la vulnérabilité des systèmes électriques, à l’heure où la transition énergétique pousse à une électrification toujours plus importante. Décryptage.

L’Agence internationale de l’énergie (IEA) a récemment publié son rapport "Power Systems in Transition. Challenges and opportunities ahead for electricity security", qui pose la question de la vulnérabilité des systèmes électriques, à l’heure où la transition énergétique pousse à une électrification toujours plus importante. Décryptage.

L’électricité est appelée à prendre une part prépondérante dans le mix énergétique. De fait, l’électrification progressive du secteur des transports et de nombreux autres risque de faire exploser la demande et donc la production d’électricité. Cela soulève une question fondamentale : celle de la sécurité. Selon certains scénarios de l’IEA mettant l’accent sur un développement durable, l’électricité pourrait dépasser relativement rapidement les énergies fossiles, en détrônant notamment le pétrole et en devenant ainsi "l’énergie principale" en 2040. Le document pointe du doigt l’incapacité du cadre sécuritaire actuel à accompagner ces changements. Politiques et autres dispositifs réglementaires devront donc évoluer pour garantir une certaine sécurité tout au long de la transition énergétique.

Rendre le réseau électrique flexible

Le maître mot pour une transition réussie à partir d’un système énergétique intensément électrifié est la flexibilité. En effet, il faudra produire cette électricité à partir de sources dites "décarbonées" comme le nucléaire ou les énergies renouvelables, pour réaliser une véritable "transition". Toutefois, qui dit énergies renouvelables, dit intermittence, et donc un besoin impératif en flexibilité. Gérer des afflux massifs d’énergie lorsque le vent souffle et que le soleil brille, et a contrario, stocker cette ressource en anticipation des périodes de calme plat, devient une nécessité plus qu’un luxe. Le gaz est, dès lors, une alternative envisageable pour fournir de l’électricité lors des pics de demande, le nucléaire n’étant pas rentable sur de courtes périodes, et le charbon ainsi que le pétrole sur le déclin. Cela a pour conséquence de créer "un lien plus étroit entre la sécurité de l'approvisionnement en électricité et les capacités de livraison de gaz naturel".

À plus long terme, le document envisage des solutions comme l’hydrogène produit par électrolyse ou encore la biométhanisation pour permettre une plus grande flexibilité du système, et pourquoi pas remplacer le gaz à cet usage. Cependant, ces technologies sont encore loin d’être assez fiables pour être adoptées à grande échelle, l’électrolyse étant par exemple très énergivore et la chaîne hydrogène ayant un rendement faible (25 % environ, selon l’Agence de la transition écologique). Dans tous les cas, l’IEA est partisane d’une diversification du mix énergétique, synonyme de répartition des risques. Pour conserver un socle solide, le maintien des centrales nucléaires existantes, le développement et l’amélioration des filières hydroélectriques et le développement  de l’utilisation faite des biofiouls et biogaz sont recommandés, selon le document.

La cyber-résilience face à une vulnérabilité accrue

Les systèmes énergétiques toujours plus connectés, interconnectés ou automatisés, rendent les cyberattaques potentiellement plus fréquentes et plus dévastatrices. Les appareils connectés fleurissent un peu partout, il est même attendu que le stock global d’appareils "double au cours des cinq prochaines années, atteignant les 30 à 40 milliards de dispositifs d’ici 2025". Néanmoins, comprendre et quantifier les risques que représentent ces attaques, pour se donner les moyens de les anticiper, est loin d’être chose aisée. Effectivement, le manque de données sur les cyberattaques se fait sentir, alors même que certaines de ces dernières ne sont pas reportées aux autorités, ou ne sont tout simplement pas repérées. La difficulté de la tâche à forger une cyber-résilience ne veut cependant pas dire qu’il faut rester les bras croisés, selon l’IEA. Elle propose un éventail de mesures à appliquer à différentes échelles, des régulateurs aux fournisseurs d’équipements informatiques. L’Agence suggère ainsi, par exemple, d’intégrer la cybersécurité à la culture organisationnelle, d’élaborer une stratégie de management des risques ou de développer de nouvelles mesures tout en renforçant celles déjà existantes, en se basant sur les connaissances lors d’incidents antérieurs et sur des organisations extérieures, comme les centres d’analyse et de partage de l’information (ISACs).

Construire une résilience climatique

En première ligne face au changement climatique, le réseau électrique est particulièrement exposé aux montées des eaux, tempêtes, températures élevées et autres catastrophes naturelles. Les infrastructures sont exposées, et il est prévu que la demande d’électricité pour alimenter les dispositifs de climatisation explose dans certains pays. Pour faire émerger cette résilience climatique, le rapport présente trois dimensions essentielles. Tout d’abord, la "robustesse", "est la capacité d'un système énergétique à résister aux changements progressifs à long terme des schémas climatiques et à continuer à fonctionner". Ensuite, l’"ingéniosité" illustre la capacité d’un réseau ou d’une chaîne d’approvisionnement à maintenir son activité lors de chocs causés par des événements climatiques extrêmes. Enfin, la "récupération" désigne la rapidité d’un système à retrouver son point d’équilibre d’avant-choc.

Même si les risques sont compris, l’IAE déplore qu’un nombre très restreint de pays ait pour l’instant pris en compte cette résilience climatique, dans des plans d’action à l’échelle nationale. Face à cette absence d’engagement concret, l’Agence encourage les pays à investir dans la construction de cette résilience qui "engendre plus de bénéfices que de coûts". Le document souligne qu’il ne faut pas avoir peur du montant des investissements dans ce domaine, tant les coûts potentiels évités sont colossaux. En outre, le document précise que "pour chaque dollar investi dans des infrastructures résilientes, six dollars peuvent être économisés", et ajoute en s’appuyant sur les données de la Banque mondiale que "si les actions nécessaires à la résilience sont retardées de dix ans, le coût sera pratiquement doublé". Les politiques climatiques sont alors cruciales. Les institutions publiques ont le pouvoir d’entraîner, par le biais de ces dernières, le secteur privé dans leur sillage.

Par Thomas Gutperle

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