Vivendi : La saga continue

Près de deux ans après son arrivée, Vincent Bolloré bouscule les habitudes établies du conglomérat. Le magnat breton n’a qu’un but : créer un leader mondial des médias et des contenus. Du grand cinéma en perspective.

Près de deux ans après son arrivée, Vincent Bolloré bouscule les habitudes établies du conglomérat. Le magnat breton n’a qu’un but : créer un leader mondial des médias et des contenus. Du grand cinéma en perspective.

Faire de Vivendi un « Berstelmann à la française ». Voilà ce que Vincent Bolloré veut bien dévoiler de ses ambitions pour l’ancien conglomérat. Élu à la présidence du conseil de surveillance de l’ex-Générale des eaux en juin 2014, l’industriel breton a passé ses premier mois à observer le groupe et achever les désengagements lancés en 2013. Activision Blizzard, Maroc Telecom, SFR, GVT… en deux ans, Vivendi s’est séparé des deux tiers de ses actifs pour ne détenir que Canal+ et Universal Music (UMG). Résultat : désendetté, il dispose d’une trésorerie proche de 7,5 milliards d’euros au 30 juin. De quoi donner à Vincent Bolloré, qui détient 14,5 % du capital depuis avril, les marges de manœuvre nécessaires pour transformer son nouvel empire en leader mondial des médias et des contenus. 

 

« Un flux continu d’innovations »

 

Si UMG ne semble pas être un chantier prioritaire pour l’homme d’affaires – l’activité est d’ailleurs en croissance de 15,4 % au premier semestre –, il en va tout autrement du groupe Canal+. Dès janvier, des rumeurs courent sur un possible renvoi de Rodolphe Belmer, le numéro deux de la chaîne cryptée, en froid avec Bertrand Meheut son président. Un courriel interne conforte toutefois le directeur général. Il se voit même confier la direction d’une nouvelle entité Vivendi Contents. Gage de confiance ou cadeau empoisonné ? Le 3 juillet, quelques jours après la mort d’Alain de Greef, l’un des fondateurs de Canal, il est remercié. Les réformes n’iraient pas assez vite pour Vincent Bolloré qui décide alors de s’investir personnellement dans la gestion de la chaîne. Au même moment, il resserre son emprise sur celle-ci en lançant une OPA sur les 51,5 % que Vivendi ne possède pas dans la Société d’édition de Canal+ (SECP).

 

Le 3 septembre, il obtient la présidence de son conseil de surveillance. Dans les bagages du Breton, arrive une nouvelle équipe. Jean-Christophe Thiery, le P-DG de l’institut de sondage CSA et créateur de D8 et Direct Matin, prend la direction exécutive de Canal+. Le directeur de la rédaction de Directmatin.fr, Guillaume Zeller, accède au même poste pour i-Télé, la chaîne d’information en continu du groupe. D’autres nouvelles têtes font ensuite leur apparition derrière les marionnettes des Guignols de l’info après que quatre des membres historiques ont claqué la porte en réaction à l’arrivée de Vincent Bolloré en juillet. Rodolphe Belmer ne croyait pas si bien dire lorsqu’il promettait à ses collaborateurs début juin « un flux continu d’innovations »… qu’il ne verra pas : Rodolphe Belmer est lui-même « remercié » en juillet.

 

Du contenu à tout prix

 

Sur le front du contenu, la télévision n’est pas la seule bataille dans laquelle est entré Vivendi. Depuis la rentrée, le cinéma et les jeux vidéo n’échappent plus aux ambitions de l’homme d’affaires. Après Canal+, qui finance un film français sur cinq et détient le premier studio européen, StudioCanal, Vincent Bolloré a en effet acquis 30 % du capital de la société de production et de distribution Mars Film. En parallèle, et pour donner des gages à la profession, il est devenu l’un des principaux mécènes de la Cinémathèque française en s’engageant à verser 250 000 euros par an pendant cinq ans. Dans le jeu vidéo, c’est sur Ubisoft et Gameloft que Vivendi jette son dévolu tout en soldant parallèlement sa participation dans le leader mondial du secteur, Activision Blizzard, à la faveur de cours très favorables début 2016. Pour l’heure, le groupe de l’avenue de Friedland détient 11,5 % d’Ubisoft et 26,3 % de Gameloft, deux structures françaises fondées par les frères Guillemot. Des Bretons qui ne goûtent guère la partie jouée par ce voisin n’excluant pas une prise de contrôle. 

 

Bolloré les bons tuyaux

 

Mais celui qui a fait fortune en transformant une entreprise familiale de papier à cigarette en géant mondial de la logistique sait qu’une bonne marchandise ne se suffit pas à elle-même. S’il investit dans les contenus, Vincent Bolloré ne perd pas de vue la diffusion. En avril, il reprend ainsi à Orange la plate-forme de vidéo Dailymotion pour un montant total de 271 millions d’euros. Son ambition : accélérer l’internationalisation de ce site qui totalise 128 millions de visiteurs uniques par mois – son principal concurrent YouTube en compte un milliard – et créer des synergies avec UMG et Canal+. Autre moyen de diffusion dans lequel Vincent Bolloré orchestre son retour : les télécoms. Quelques mois après être sorti de ce secteur en cédant SFR à Numericable, Vivendi y revient en entrant au capital de Telecom Italia en juin.

 

Jusqu’en décembre, il augmente progressivement sa participation à 20,53 % pour en devenir le premier actionnaire, assurant au président du Conseil italien, Matteo Renzi, qu’il agit en « investisseur de long terme ». Pour les analystes, Vincent Bolloré tenterait de réaliser ce que Jean-Marie Messier a échoué lorsqu’il dirigeait Vivendi Universal : la convergence des médias et des télécommunications. Une stratégie qui fait écho à celles de son concurrent Patrick Drahi, le propriétaire de Numericable-SFR, qui a mis notamment la main sur NextRadioTV (BFM, RMC…), Libération ou L’Express. Si certains commentateurs s’inquiètent d’un tel activisme, d’autres n’hésitent pas à y voir un signe. Pour les équipes de Morgan Stanley, bien qu’il « communique peu sur ses intentions », « le facteur Bolloré » justifie à lui seul la confiance des investisseurs. La banque américaine parie ainsi que le cours de l’action Vivendi peut encore augmenter de 20 %.

 

J.-H.  F.

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