Vinci : Sur les routes de l’international

Le spécialiste des concessions et de la construction a décidé d’axer sa croissance sur deux marchés très porteurs : les aéroports et l’énergie, et bien sûr l’international.

Le spécialiste des concessions et de la construction a décidé d’axer sa croissance sur deux marchés très porteurs : les aéroports et l’énergie, et bien sûr l’international.

Qu’on se le dise : la France n’est plus une terre de croissance pour l’un des fleurons français du CAC 40. C’est même l’un des rares pays où Vinci ralentit. L’Hexagone représente encore 60 % du chiffre d’affaires total du concessionnaire-constructeur, mais c’est désormais vers l’international que le groupe axe sa croissance, qui compte déjà pour 40 % d’un chiffre d’affaires évalué à 38,5 milliard d’euros en 2015. « À terme, l’international représentera 50 % de notre CA », assure Xavier Huillard, président-directeur général du groupe. Cela fait quelque temps déjà que cet X-Ponts, qui a réalisé l’ensemble de sa carrière dans le BTP, a compris que la France ne serait plus son marché le plus porteur, ni même le plus simple, bien au contraire.

 

En 2014, la crise qui a publiquement opposé l’État aux concessionnaires autoroutiers sur la question du gel des tarifs aux péages a laissé des traces et amené Vinci à entamer des procédures contentieuses pour non-respect des contrats. Le litige a depuis été réglé mais le dossier a conforté le P-DG dans l’idée que le bonheur est ailleurs. Avec les concessions et le contracting1, Vinci est aujourd’hui en pleine transformation pour s’assurer une « croissance durable et rentable ». Xavier Huillard a pour cela identifié trois axes prioritaires : les concessions aéroportuaires, l’énergie et bien sûr l’international. La politique d’acquisition d’entreprises stratégiques de ces derniers mois en est la preuve : HEB Construction en Nouvelle-Zélande, Orteng Engenharia e Sistemas au Brésil, Imtech ICT en Europe, Electrix en Australie… Ces marchés en forte croissance offrent de belles perspectives de développement dans les secteurs de la construction et des infrastructures. De quoi alimenter aussi bien le contracting que l’activité de concessions.

 

Les clés du succès

 

La force de Vinci, c’est d’avoir trouvé et su maintenir un bon équilibre entre ses activités de temps court (le contracting) et celles de temps long (les concessions). « Lorsque la conjoncture est volatile, comme c’est le cas actuellement, ce modèle montre toute sa résilience », assure Xavier Huillard. De ces deux branches, entrant quasi à parts égales dans les bénéfices, c’est l’activité de contrat regroupant Vinci Énergies, Eurovia et Vinci Construction, qui alimente le plus le chiffre d’affaires, avec 32,9 milliards de revenus générés. Les concessions (principalement Vinci Autoroutes et Vinci Airports) participent à près de six milliards d’euros au chiffre d’affaires, en grande partie grâce à Vinci Autoroutes dont l’activité, en hausse de 3,5 % l’an passé, a totalisé 4,8 milliards d’euros.

 

Il faut dire que, hormis la polémique en France sur le gel des tarifs des péages, le contexte mondial s’est révélé très porteur : la baisse inattendue du prix du pétrole conjuguée à la reprise survenue dans certains pays comme l’Espagne ont permis d’augmenter le trafic sur les autoroutes gérées par Vinci. Mais ce n’est pas le seul point fort du concessionnaire. Sa politique financière est une autre clé de son succès, avec le maintien d’un haut niveau de liquidités (10,5 milliards d’euros fin 2014), la réduction des frais financiers et le refinancement de la dette à travers des émissions obligataires et des placements privés (pour environ un milliard d’euros en 2014). Cette même année, le cash flow de Vinci affichait 2,2 milliards d’euros au compteur et son endettement une baisse de 823 millions d’euros, pour atteindre 13,3 milliards fin 2014.

 

L’énergie, nouvel eldorado

 

Demandez à Xavier Huillard quelles sont ses priorités pour les années à venir et sa réponse ne se fera pas attendre. Le P-DG privilégie deux activités en forte croissance : Vinci Airports et Vinci Énergies. Le dynamisme du trafic aérien dans le monde justifie le premier axe de développement, visant à faire passer la part de la composante aéroportuaire à 5 % du chiffre d’affaires international, contre 2 % aujourd’hui. « Nous avons su développer cette activité dans notre pays domestique, où nous gérons aujourd’hui une douzaine de plates-formes, dont la plus importante est celle de Nantes, souligne Xavier Huillard. Nous voulons désormais montrer notre capacité à gérer plusieurs millions de passagers dans d’autres pays, comme nous le faisons au Portugal. » Les ambitions sont encore plus importantes pour Vinci Énergies qui, selon Xavier Huillard, « pourrait devenir la plus importante activité du groupe ». Elle représente aujourd’hui 28 % de ses métiers de contracting. « En 2015, cette part passera à 30 % et à 40 % à terme. »

 

Les acquisitions d’Electrix et d’Imtech ICT n’ont d’autres motivations que celle de doper cette activité  totalisant près de dix milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014. Côté international, Vinci va continuer à développer des marchés de niche à fort contenu technologique pour progressivement porter la part de l’international à 50 % du chiffre d’affaires. Le P-DG se montre d’autant plus confiant que la conjoncture économique offre des perspectives positives. La baisse du prix du pétrole a redonné des marges de manœuvre au groupe, tandis que la politique monétaire mise en place par la Banque centrale européenne et le plan de relance de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, ouvrent de nouvelles perspectives de croissance, notamment sur le secteur des autoroutes. Quant au marché français, s’il n’est plus la priorité, il ne sera pas pour autant délaissé. Le Grand Paris est à l’évidence en tête des dossiers, avec ses quelque trente milliards d’euros d’infrastructures de transports et soixante-dix milliards d’euros de superstructures induits. De quoi nourrir le carnet de commandes français du groupe pendant plusieurs années.

 

S. D. C.

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