Vin : ruée vers l'or rouge

Devenue valeur refuge notamment depuis la crise, le vin est un actif qui attire de plus en plus d’investisseurs. Intimement lié au plaisir, il peut s’avérer un excellent outil de diversification patrimoniale. À condition de ne pas se lancer à la légère.

Devenue valeur refuge notamment depuis la crise, le vin est un actif qui attire de plus en plus d’investisseurs. Intimement lié au plaisir, il peut s’avérer un excellent outil de diversification patrimoniale. À condition de ne pas se lancer à la légère.

« Plus qu’un placement plaisir, le vin est un placement passion », prévient d’emblée Angélique de Lencquesaing, co-fondatrice d’iDealwine. La formule, qui peut sembler éculée, contient en fait un sage avertissement. S’improviser acheteur sans rien connaître au vin et sans la moindre envie de se plonger dans cet univers est la meilleure façon de s’exposer à des déceptions. « Songez que, si vous ne choisissez pas vos bouteilles selon vos goûts, vous ne prendrez aucun plaisir à les boire si elles s’avèrent difficiles à revendre ! », renchérit un expert du secteur. Manifester de l’intérêt pour le vin et disposer d’un minimum de connaissances du secteur sont donc des prérequis pour espérer se faire plaisir tout en faisant de bonnes affaires. Il suffit de jeter un œil à l’évolution du WineDex 100, l’indice des cent plus grands crus français, pour s’en convaincre. Avec une progression de 8,4 % au cours du premier semestre 2018, cet indice surperforme largement le CAC qui a enregistré une légère baisse (-0,3 %).  

Le maître-mot : l’équilibre

Quel que soit le profil de l’investisseur, s’astreindre à se constituer une cave équilibrée permet d’éviter une trop forte exposition au risque. « Surtout, il faut choisir des vins de longue garde, ajoute Angélique de Lencquesaing. Le vin est un placement à long terme, qu’il faut conserver au moins huit à dix ans. » Une fois ces principes rappelés, à chacun de se laisser porter par ses envies. « Pour les néophytes, il est préférable de miser sur des valeurs sures, sur des régions classiques comme les Bordeaux. Jouissant d’une réputation mondiale, ils seront d’autant plus faciles à revendre », analyse l’experte. Pour ceux que des prix d’entrée déjà élevés décourageraient, il est possible de se tourner vers des régions longtemps délaissées comme la Provence, le Beaujolais et surtout la Loire. « Les plus avertis peuvent miser sur des vins de Languedoc ou du Roussillon qui émergent. Ce peut être une option intéressante puisque ces bouteilles ont plus de chances d’obtenir une valorisation significative avec le temps », conseille la cofondatrice d’iDealwine. Autre possibilité, suivre les tendances du moment. « L’engouement des sommeliers branchés pour les vins du Jura et de Savoie ne se dément pas », constate-t-elle. Quant à savoir dans quelles proportions ventiler ses achats, le résultat des enchères organisées par la plate-forme constitue un bon indice, à savoir 50 % de Bordeaux, 25 % de Bourgogne, 10 % à 15 % de Vallée du Rhône.

Enchères, courtage, achat direct ?

« Le vin ne possède pas de cotation officielle. Il n’est pas facile de connaître la valorisation exacte d’une bouteille pour un millésime et un château donné », rappelle Thomas Hébrard, président et fondateur d’U’Wine. Cependant, certains outils ont vu le jours et sont devenus des références pour les professionnels et les amateurs comme la cote iDealWine. Il est ainsi plus facile d’identifier les meilleurs prix. D’autant que les canaux d’approvisionnement ne manquent pas, surtout depuis le développement d’Internet. En primeur, chez le producteur, auprès d’un caviste, en recourant à un intermédiaire, aux enchères … les solutions sont nombreuses. Chacune avec ses avantages et inconvénients. « L’achat en primeur permet de garantir la provenance des bouteilles, leurs conditions de stockages et le premier prix d’achat », explique Thomas Hébrard. Les enchères permettent quant à elles par exemple de se procurer des formats rares ou des lots prestigieux produits à peu de bouteilles. Dans ce cas, le regard d’experts permet de balayer les craintes des potentiels acheteurs quant à la qualité des flacons. « Il existe différents éléments extérieurs pour savoir si un vin a bien été conservé. Ainsi le niveau de vin dans la bouteille doit être haut pour un vin de moins de dix ans. Sinon, c’est qu’il a été conservé dans une cave trop chaude ou trop sèche. De même, la position du bouchon est un indicateur précieux : s’il a descendu dans la bouteille, c’est que la cave état trop sèche et que le liège s’est rétracté, laissant passer trop d’air dans le flacon », décrypte Angélique de Lencquesaing. Tous ses indices sont pris en compte lors de l’établissement de l’estimation de la bouteille.

Contraintes de conservation

Le vin est un actif exigeant, dont la détention occasionne des frais divers. Outre l’assurance et la sécurisation de la cave dont on peut difficilement faire l’économie, les conditions de conservation doivent être surveillées. Hydrométrie, contrôle des températures, obscurité sont autant de variables à maîtriser pour éviter d’altérer le vieillissement du vin. « Attention également à la conservation des étiquettes, prévient la cofondatrice d’iDealwine. Certains acheteurs exigent qu’elles soient dans un état impeccable, même si les flacons sont vieux. » Pour éviter les faux pas, les particuliers peuvent déléguer la conservation des bouteilles à un tiers. Le plaisir de détenir physiquement ses bouteilles s’estompe alors. Ce peut être le prix à payer pour transformer le vin en or rouge.  

Sybille Vié

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