Victor Gross (Commoprices) : « L’avenir est à l’ouverture des données »

Dépoussiérer le marché des matières premières, c’est l’objectif que s’est fixé la jeune start-up Commoprices. Rencontre avec les deux fondateurs, Martin et Victor Gross.

Dépoussiérer le marché des matières premières, c’est l’objectif que s’est fixé la jeune start-up Commoprices. Rencontre avec les deux fondateurs, Martin et Victor Gross.

Un an après sa création, Commoprices référence plus de 1 600 commodities et mise sur l’open data et l’ergonomie pour séduire ses utilisateurs. Explications.

 

Décideurs. Quelle est la genèse de Commoprices ?

 

Martin Gross. L’idée d’une start-up sur les matières premières m’est venue lorsque je travaillais chez PSA Peugeot Citroën au contrôle des coûts en lien avec les achats. Dans les groupes industriels, les acheteurs ont d’importants besoins d’information sur les niveaux de prix des ressources entrant dans la composition de leurs approvisionnements.

 

Victor Gross. Le secteur des matières premières est en effet complexe, opaque et réservé aux initiés. Or leurs prix sont plus volatiles que les coûts de production et les charges. L’acheteur doit avoir à sa disposition l’information lui permettant de négocier au mieux les demandes de hausse de ses fournisseurs, tout en étant proactif lors des baisses. Nous avons donc commencé à travailler sur les données des douanes françaises que l’État venait de rendre publiques. C’est ainsi qu’est né Commoprices. 

 

Décideurs. Quels sont les atouts de votre plate-forme ?

 

V. G. Nous rendons accessibles en trois clics les prix et les volumes d’échanges de plus de 1 600 matières premières. Notre objectif est de lutter contre l’asymétrie d’information. Nous accordons beaucoup d’importance à l’ergonomie de notre portail que nous améliorons en permanence. Et nous observons son caractère particulièrement addictif. Ceux qui s’inscrivent à notre version d’essai regardent trente à trente-cinq matières premières dès leur première utilisation.

 

M. G. Un autre atout de la plate-forme repose sur la capacité à exporter facilement nos données. Le cours d’une matière première est téléchargeable en un clic dans un fichier Excel. Nous tenions à rendre l’exploitation de la data la plus facile possible. Depuis peu, nous proposons également une visualisation cartographique et des alertes e-mails.

 

Décideurs. Qui sont vos principaux concurrents ?

 

M. G. Le marché de l’information sur les prix de matières premières rassemble de nombreux acteurs très différents issus du monde de la presse, d’organisations professionnelles ou bien de places de marché. Mais aucun n’offre une couverture complète. Ils sont généralement spécialisés sur un segment, celui des métaux ou des céréales par exemple. En outre, ces services sont surtout onéreux et reposent sur une consultation non exhaustive du marché.

 

Décideurs. Vos données sont-elles plus fiables que celles de vos concurrents ?

 

V. G. Elles proviennent des douanes et sont par conséquent parfaitement indépendantes. Sur cent entrées, quatre-vingt-dix-neuf sont déclarées numériquement et 90 % de ces opérations sont automatisées en machine-to-machine, ce qui limite considérablement les erreurs. Par ailleurs, tous les tests de corrélation et les comparaisons que nous avons effectuées avec d'autres bases confirment la robustesse de nos statistiques. 

 

Décideurs. Pourquoi avoir créé une entreprise basée sur l’open data ?

 

V. G. L’ouverture des données n’est pas une mode, c’est l’avenir. Quand le constructeur américain Tesla a rendu public l’ensemble de ses brevets, la filière automobile a pris Elon Musk, son fondateur, pour un fou. En réalité, il a multiplié sa capacité d’innovation en permettant à n’importe qui d’améliorer les technologies de sa marque.

 

M. G. La théorie de l’open data considère que la valeur de la donnée ne réside plus dans sa possession mais dans sa réutilisation. Nous sommes régulièrement en contact avec les équipes des douanes avec lesquelles nous échangeons sur les niveaux de transactions. En outre, nous sommes la seule start-up française à avoir intégré la première vague de l’incubateur européen Odine [Open data Incubator Europe, NDLR], dont nous avons reçu un financement de 100 000 euros.

 

Décideurs. Quel est votre business model ?

 

V. G. Nous nous rémunérons sur les abonnements annuels vendus aux entreprises. Leurs prix varient entre 500 et 1 000 euros en fonction du nombre de matières premières que souhaite suivre l’utilisateur. En 2016, nous envisageons également de réaliser une levée de fonds pour accélérer notre développement.

 

Décideurs. Quelles sont vos ambitions pour les mois et les années à venir ?

 

V.G. Nous voulons élargir géographiquement notre plate-forme à la fois en ce qui concerne les sources de données ainsi que nos utilisateurs. La version anglaise du site a récemment été mise en ligne et nous devrions être en mesure d’intégrer les données des douanes britanniques en février.  Celles du Brésil et du Japon suivront également. À plus long terme, nous travaillons sur l’intégration d’informations qualitatives, comme des flux de news, et réfléchissons à des collaborations avec des éditeurs de logiciels de gestion.

 

Décideurs. Entreprendre en famille est-il pour vous un avantage ou un inconvénient ?

 

V. G. Pour nous, c’est un atout. Martin et moi avons des parcours complémentaires. Mon frère a étudié à Centrale-Supelec et à l'Institut français du pétrole, et je suis diplômé de l’ESCP. Surtout, l’entrepreneuriat est un défi permanent qu’il est plus facile de relever lorsque l'on se connaît bien et qu’il existe une confiance mutuelle. Les clashs et les désaccords existent, mais nous nous sommes promis d’être francs sur tous les sujets dès le départ. 

 

 

 

Commoprices en chiffres

- Fondée en 2014

- Équipe : cinq personnes

800 entreprises inscrites

- plus de 1 600 matières premières référencées

- Plus de 80 pays couverts

- Financement : 100 000 euros provenant de l’incubateur Odine

 

 

JHF

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