Veolia souhaite racheter Suez : la guerre est déclarée

Veolia souhaite racheter Suez : la guerre est déclarée

© Laurent Grassin

Veolia, multinationale française de traitement de l’eau et des déchets annonce la volonté de racheter l’essentiel des actions de Suez, détenues par Engie, pour créer un géant mondial de la transition écologique avec une offre ferme de 2,9 milliards d’euros. Pourtant, la nouvelle n’est pas bien reçue par Suez, numéro deux français, qui n’y voit qu’une offre hostile.

Chef de file mondial des services de traitement de l’eau et des déchets, Veolia souhaite acquérir 29,9 % des actions de Suez, dont Engie détient 32 % des parts. Il propose un paiement numéraire à hauteur de 15,50 euros par action. Alors que ce prix représente le double du cours de clôture de Suez, au 30 juillet 2020, Engie juge cette offre trop faible. Le leader de l’énergie verte français a toutefois jusqu’au 30 septembre 2020 pour y répondre. Si le projet abouti, Veolia envisagerait de réaliser une offre publique d’achat du solde des actions de son concurrent.

Devenir le champion mondial de la transformation écologique

C’est l’objectif numéro un de cette alliance. Comme l’annonce Antoine Frérot, PDG de Veolia, dans son communiqué de presse, "l’urgence climatique est plus forte que jamais". Cette action réunirait alors toute la recherche et l’innovation, en accord avec la transition écologique. Le regroupement des talents et des compétences aiderait à innover plus vite et à moindres coûts. Aussi, un investissement dans la formation étant nécessaire, ce mariage permettrait de créer une école européenne de la transformation, pour former aux métiers des enjeux écologiques de demain. L’acquisition lancerait l’opportunité de développer un fonds de soutien pour les PME françaises qui se concentreraient sur les innovations propres et vertes.

En s’associant, l’ambition internationale ressortirait renforcée. Historiquement, Suez est implanté en Espagne et en Europe du Nord alors que Veolia est surtout présent en Europe centrale, orientale et au Royaume-Uni. Le groupe doublerait sa taille en Amérique du Sud et en Australie, et prendrait de l’importance également en Amérique du Nord et en Asie. Selon Veolia, le moment est parfait pour s’unir car après différentes réorganisations de part et d’autre ces dernières années, la réunion des deux groupes n’aurait jamais été aussi compatible et porteuse de grands développements. Les visions s’accordent et la volonté d’un développement international des activités propres est partagée, notamment, à travers les plans Shaping 2030 de Suez, et Impact 2023, de Veolia.

Des valeurs communes porteuses de résultats

Les points communs entre Suez et Veolia sont nombreux. Tous deux partagent une même culture, des valeurs similaires et les mêmes métiers, complémentaires à la fois dans le traitement et la distribution de l’eau mais aussi en matière de valorisation des déchets. Une opération qui bénéficierait à tous les acteurs qui gravitent autour de ce potentiel nouvel ensemble. Les salariés disposeraient de plus grandes opportunités, le groupe ayant précisé qu’il n’y aurait aucune suppression d’emplois en France. D’ailleurs, pour anticiper des conséquences désastreuses pour la concurrence et des emplois de Suez Eau France, Veolia prévoit son rachat par Meridiam, l’entreprise française de gestion d’infrastructures.

Si l’offre aboutit, les clients pourraient bénéficier de services plus responsables de l’environnement. Et pour les actionnaires, ce regroupement serait rentable dès la première année, grâce aux plans de synergies d’une valeur de 500 millions d’euros.

Toutefois, ce projet ne reçoit pas l’accueil espéré de la part de Suez et d’Engie. Pour Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie, l’offre de Veolia n’est pas à la hauteur au regard de la valeur de Suez. Dans le même sens, Bertrand Camus, directeur général de Suez, déclare dans Le Figaro, que "l’opération proposée par Veolia est aberrante pour Suez et funeste pour la France". Leurs dirigeants en désaccord, les salariés de Suez font part de leur crainte d’une "casse sociale". Suez et Engie ont jusqu’au 30 septembre, date de clôture de l’offre, pour trouver une alternative ou un nouveau partenaire financier.

Agathe Giraud

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