V. Levita (InfraVia CP) : "Les secteurs les plus résistants seront ceux de la santé et des télécoms"

Acteur du private equity dédié aux infrastructures, InfraVia Capital Partners gère 4 milliards d’euros d’actifs. Dans le cadre de leurs investissements, les équipes de Vincent Levita ont principalement ciblé les secteurs des télécoms, de l’énergie et de la santé. Entretien.
Vincent Levita

Acteur du private equity dédié aux infrastructures, InfraVia Capital Partners gère 4 milliards d’euros d’actifs. Dans le cadre de leurs investissements, les équipes de Vincent Levita ont principalement ciblé les secteurs des télécoms, de l’énergie et de la santé. Entretien.

L'activité d'InfraVia s’est fortement accélérée au cours des quatre dernières années, profitant de l’essor de la classe d’actif auprès des investisseurs et de choix stratégiques opportuns. Mais la société a veillé à créer une croissance durable, en mettant les risques sous contrôle. Entretien avec son président, Vincent Levita.

Décideurs. Infravia Capital Partners applique une stratégie d’investissement centrée sur le mid-market européen. Sur quels critères sélectionnez-vous les sociétés ?

Vincent Levita. Notre grille d’analyse comporte trois critères principaux. 

Le premier est celui du risque. Nous nous détournons des actifs que l’on estime en difficulté, en raison notamment d’un cadre réglementaire trop fragile, de perspectives de revenus faibles ou d’un niveau d’endettement trop élevé.

Le second critère est celui du potentiel de développement de l’actif. C’est le cas entre autres du développement de la fibre optique sur lequel nous fondons beaucoup d’espoir.

Le troisième critère repose sur l’expertise des équipes. Nous investissons dans des projets menés par des professionnels qui ont démontré leurs aptitudes.

Vous bénéficiez de l'appui capitalistique du groupe mutualiste OFI. Dans quelle mesure participe-t-il à l’élaboration de votre stratégie de développement et à la concrétisation de vos projets ?

Le groupe nous a permis de démarrer notre activité en 2008, dans une période où il n’était pas simple de lever des fonds. Leur fidélité sans faille s’est depuis matérialisée à chaque lancement de nouveaux véhicules d’investissement. Leur contribution s’est naturellement diluée avec notre croissance. Le groupe OFI avait apporté 70 % des fonds lors de notre première levée. Pour notre dernier véhicule, il représentait moins de 10 % des montant levés.

"Les portefeuilles infrastructure résistent beaucoup mieux que les portefeuilles private equity ou la Bourse car les actifs sont plus résilients" 

Vous avez lancé un fonds de 300 millions d'euros dédié à la tech pour accompagner la digitalisation des infrastructures et de l’économie. Vous visez à ce titre des entreprises dans leur phase de scale-up. Quel est le profil type de société que vous souhaitez soutenir ?

C’est une étape clé dans notre stratégie de croissance. Nous avons désormais la surface financière et les équipes pour réussir le déploiement de notre savoir-faire sur ce segment. Les fonds investis au capital de start-ups sont nombreux. Ceux positionnés sur l’étape d’après le sont beaucoup moins. Pour cette raison les start-ups sont souvent rachetées par des grands groupes, français ou étrangers. InfraVia veut apporter son soutien aux entreprises de la tech dont le chiffre d’affaires va au-delà de 10 millions. La priorité est de cibler les start-ups fonctionnant en B to B, ayant su fidéliser leur clientèle dans la durée. Nous veillons aussi à investir dans des entreprises stables et structurées où les principaux managers sont associés au capital. À ce moment-là de leur existence, le critère de rentabilité n’est pas essentiel. Ce qui compte c’est le potentiel. Pour concrétiser nos ambitions, nous avons recruté une dizaine de personnes dont une partie avaient notamment participé à l’émergence de sociétés comme l’éditeur de solutions de gestion de trésorerie dans le cloud Kyriba ou BioSerenity, société spécialisée dans le diagnostic médical à distance. Notre idée est d’investir sur des solutions offrant une économie d’échelle, de productivité et une meilleure qualité d’exécution grâce à une utilisation de l’outil digital.

Vous avez également annoncé un partenariat avec le Groupe Iliad visant à accélérer le déploiement de la fibre optique en France. Comment se concrétise-t-il ?

Ils ont placé leur activité de développement de la fibre au sein d’une filiale que nous avons rachetée à hauteur de 51 %. L’objectif est de couvrir, dans les cinq ans qui viennent, 100 % du territoire nationale. Dans le cadre de cet accord, le groupe Iliad s’est engagé à utiliser de manière exclusive ce réseau. La filiale est donc déjà rentable avec comme seul client Iliad. Le contrat nous donne cependant la possibilité de proposer notre offre à d’autres opérateurs.

La période, marquée par un arrêt des économies européennes, peut-elle influer sur votre stratégie, ralentir la phase d'investissements du fonds ?

Les entreprises connaissent un niveau de stress extrême et les impacts sont encore aujourd’hui difficiles à évaluer. Il est évident que les opérations sont actuellement menées au ralenti. Nous reportons ce qui n’est pas essentiel. À moyen terme toutefois, une grande partie des infrastructures dans les domaines médicaux, des télécoms ou du digital en sortiront renforcées car les crises accélèrent les tendances en cours : en ce moment, le télétravail et l’utilisation à plein régime des réseaux de fibre aura un impact certain sur la digitalisation des entreprises et l’amélioration des infrastructures télécoms. De façon générale, les portefeuilles infrastructure résistent beaucoup mieux que les portefeuilles private equity ou la Bourse car les actifs sont plus résilients.

"Dans la continuité de la pensée keynésienne, les infrastructures et les grands travaux qui sont liés ont toujours été utilisées pour relancer l’économie" 

Le secteur des infrastructures est-il mieux armé que d'autres pour résister à une « année blanche » ou à une recession sur le plan économique ?

Les secteurs les plus résistants seront, à mon sens, ceux de la santé et des télécom. L’énergie pourrait également l’être à condition que les baisses de la consommation et des prix du pétrole ne soient pas trop importantes. A contrario, le secteur des transports sera fortement impacté.

On évoque aussi l’idée d’un plan de relance. Les infrastructures seront-elles les premières concernées ?

Dans la continuité de la pensée keynésienne, les infrastructures et les grands travaux qui sont liés ont toujours été utilisées pour relancer l’économie. Cela ne devrait pas changer. Il faudra cependant veiller à construire des choses utiles. Aujourd’hui, je vois deux secteurs prioritaires : d’une part, la fibre et les infrastructures numériques pour améliorer la digitalisation de l’économie sur tout le territoire ; d’autre part, la transition énergétique pour sortir de la dépendance au pétrole et accélérer sur le plan du développement durable. C’est au cœur de notre stratégie. 

InfraVia a récemment renforcé sa stratégie de développement durable en y intégrant des considérations d’impact et en s'alignant sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies. Quels sont les changements impliqués par cette démarche ? Des entreprises de votre portefeuille vont-elles devoir adapter certaines de leurs pratiques ?

Elles ont dû s’adapter de manière accélérée même si ces éléments étaient déjà évoqués de longue date. Les objectifs définis par l’ONU sont au nombre de dix-sept. Nous ciblons les critères où l’on peut avoir de l’impact. C’est particulièrement le cas des critères « impact climatique » et « inclusion sociale » mais aussi du critère « égalité Homme/Femme ». On définit les objectifs qui peuvent être atteints et l’on se donne les moyens pour y parvenir.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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