V. Lecerf (groupe Imerys) : "Au-delà de l’impact dramatique, la crise sanitaire est un accélérateur de tendance"

Leader mondial dans la production et la transformation des minéraux industriels, Imerys est implanté sur cinq continents et génère un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards d’euros par an. Vincent Lecerf, directeur des ressources humaines du groupe, revient sur l’année écoulée et ce qu’elle a engendré comme impact sur le management.

Leader mondial dans la production et la transformation des minéraux industriels, Imerys est implanté sur cinq continents et génère un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards d’euros par an. Vincent Lecerf, directeur des ressources humaines du groupe, revient sur l’année écoulée et ce qu’elle a engendré comme impact sur le management.

Décideurs.  Comment la crise sanitaire a-t-elle impacté votre façon de travailler ?

Vincent Lecerf. Dans le monde entier, nous sommes reconnus comme un secteur économique dit "essentiel", car nos produits interviennent dans l'alimentation, la santé, l’électronique, etc. Notre production ne s'est jamais interrompue. Cependant, il nous a tout de même fallu nous adapter à la baisse de la demande. Selon l’évolution de la pandémie dans les pays, l’activité a diminué selon des rythmes différents. Globalement, elle a chuté de 12 % mais nous avons fait le choix de ne pas fermer structurellement de sites et de ne mettre en place que des mesures d'adaptation conjoncturelles. Aujourd’hui, nous revenons à des niveaux d’activités qui ressemblent à ceux de 2019.

Qu’a-t-elle modifié durablement ?

Très vite, il a fallu former les managers à une nouvelle façon de travailler. Nous avons opté pour un modèle hybride conjuguant télétravail et présence sur site. Cela a bien été accepté par nos collaborateurs. Certains de nos métiers ne pouvant pas s’exercer en distanciel connaissent déjà un protocole de sécurité important. Nous l’avons renforcé avec les mesures sanitaires spécifiques à la Covid-19. D’un point de vue managérial, nous avons dû changer nos pratiques afin de rester proches de nos équipes malgré le confinement. L’intranet a été institué comme le canal d’information principal afin de mieux communiquer. Nous avons également innové en déployant de nombreuses formations digitales autour du bien-être et de l’équilibre psychologique. Un autre aspect de notre façon de faire a irrémédiablement évolué : les voyages d’affaires. Nous allons à présent diminuer le volume des déplacements, être plus sélectifs. Avant la crise sanitaire, le coût des voyages représentait environ 45 millions d’euros, nous espérons le réduire d’un tiers.

Dans cette période de crise sanitaire, avez-vous signé de nouveaux accords avec les partenaires sociaux ?

Aucun accord spécifique n’a été signé car nous avions déjà une politique interne de télétravail. En revanche, nous avons changé le mode des relations sociales durant la crise. Notre comité d’entreprise européen s’est réuni chaque semaine. Imerys souhaitait une approche sociale mondiale cohérente. Si en France, nous bénéficions d’un système de santé et de prévoyance robuste, cela n’est pas le cas dans tous les pays où nous opérons. Le groupe s’est alors assuré que chaque salarié, peu importe le pays dans lequel il travaille, bénéficie d’une couverture santé. Une vigilance particulière a aussi été apportée aux modes de rémunération lors de l’activité partielle. En Afrique du Sud, il n’y a aucune rémunération minimum en cas de cessation d’activité. Nous avons pris la décision de maintenir les salaires. Au Brésil, un cluster de Covid-19 est apparu dans nos locaux et nous nous sommes battus pour trouver des lits dans les hôpitaux les plus proches pour nos salariés.  L’impératif était d’assurer un minimum de sécurité et de soutien, peu importe l’endroit du monde où se trouvaient nos salariés.

"En Afrique du Sud, nous avons pris la décision de maintenir les salaires"

Quelles sont les nouvelles préoccupations de vos collaborateurs ?

Nos collaborateurs ont bien conscience que l’on ne reviendra pas au « monde d’avant ». Leurs demandes sont tournées vers les nouvelles règles mises en place mais aussi sur notre façon de fonctionner pour les années à venir. Le bien-être et la santé mentale sont des sujets qui suscitent toute notre attention, et nous comptons bien continuer à déployer des dispositifs en ce sens.

Serions-nous déjà dans "le monde d’après" ?

Nous sommes toujours en pleine crise sanitaire : plus de 1500 de nos collaborateurs ont contracté la Covid-19 et nous déplorons la perte de onze salariés durant la crise, partout dans le monde. Nos efforts pour assurer les meilleures conditions sanitaires à nos équipes ne faiblissent pas. La crise sanitaire, au-delà de l’impact dramatique, est un accélérateur de tendance. D’ailleurs, les questions relatives à la répartition du temps de travail ou à notre approche commerciale se posent. Nous allons à présent réduire les surfaces de certains bureaux. En ce sens, nous sommes déjà dans le monde d’après.

Propos recueillis par Elsa Guérin

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