Usines du futur : un pari risqué

Entre intelligence artificielle, cobotique, réalité augmentée, Internet des objets ou blockchain, un nombre croissant d’entreprises profitent d’avancées technologiques qui bousculent l’ensemble du processus de production et qualifient cet inexorable mouvement de « quatrième révolution industrielle ». Mais l’opportunité de développer l’entreprise de demain menacerait l’emploi. Un sujet qui fait débat.

Entre intelligence artificielle, cobotique, réalité augmentée, Internet des objets ou blockchain, un nombre croissant d’entreprises profitent d’avancées technologiques qui bousculent l’ensemble du processus de production et qualifient cet inexorable mouvement de « quatrième révolution industrielle ». Mais l’opportunité de développer l’entreprise de demain menacerait l’emploi. Un sujet qui fait débat.

La question du maintien de l’emploi est la principale crainte formulée par une grande partie des travailleurs français. Selon les chiffres 2018 de l’OCDE, 14% des emplois seraient menacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle, et concerneraient environ 66 millions de travailleurs sur 32 pays membres sondés. Des chiffres malgré tout moins alarmants que ceux mis en avant par deux chercheurs d’Oxford Martin School. Selon eux, 47% des emplois aux États-Unis présenteraient de sérieux risques d’automatisation.

Entre inquiétude et opportunités

Certains dirigeants, et non des moindres, ont un avis tranché sur l’avenir de l’industrie 4.0 et partagent dans une certaine mesure les inquiétudes liées à la destruction d’emplois. Même Elon Musk, directeur de Tesla et SpaceX, avertit des dangers de la robotisation et de l’intelligence artificielle en en offrant une vision quasi « apocalyptique ». Il confie d’ailleurs dans le documentaire américain de Chris Paine, Do you trust this computer ? : « Si une entreprise ou un petit groupe de personnes développe une forme de superintelligence, ils pourraient conquérir le monde ». L’entrepreneur s’est aussi fait remarquer en exprimant son scepticisme quant à l’utilisation massive des technologies robotiques dans ses usines : « L'excès d'automatisation chez Telsa était une erreur ». En effet, la ligne de production ultra automatisée de Tesla s’est révélée plus lente que prévu. Des agents de production ont dû être rapidement embauchés pour accélérer la production.

Pinelopi Koujianou Goldberg, récemment nommée économiste en chef du groupe de la Banque mondiale, n’est pourtant pas si pessimiste. Elle confie d’ailleurs à Bloomberg : « Cette crainte que les robots supprime des emplois ne se vérifie pas à l'heure actuelle. […] Nous avons survécu aux trois autres révolutions industrielles, les machines n'ont pas éliminé les humains. […] Nous nous adapterons ».

David Fillon, directeur support et développement de Toyota Motor Manufacturing France, rassure également les agents de production et confie à Décideurs : « La digitalisation des usines ne se fera que si l’ensemble des collaborateurs sont au cœur de l’amélioration des processus ». Des propos rassurants puisque l’usine Toyota est celle qui produit le plus de voitures en France.

L’enjeu de la formation

La réinvention de l’industrie, qui résulte de la numérisation de l’économie, comporte de nombreux avantages aussi bien pour les salariés que pour les organisations. Même si un grand nombre d’emplois risque de disparaître dans les prochaines années, les métiers vont évoluer, et d’autres voir le jour. Le récent rapport du Forum économique mondial met en avant la création de 133 millions de nouveaux emplois grâce à cette nouvelle division du travail.  L’enjeu sera alors pour les entreprises de former leurs collaborateurs afin d’assurer leur montée en compétences et de les accompagner dans ces changements. L’OCDE fait le constat que les personnes les plus menacées par les destructions d’emplois sont les moins formées. A contrario, les salariés les moins concernés par l’automatisation suivent en moyenne 29 heures de formation de plus que les autres. Le risque que la robotisation creuse les inégalités ne pourra être pallié que grâce à un important effort de formation. Les chiffres du rapport 2018 du Forum économique mondial sont formels. D’ici 2022, 54 % des employés devront développer leurs compétences pour répondre aux besoins d’une industrie en profonde mutation.

Grandes entreprises et PME se sont déjà emparées de ces problématiques de formation liées au développement d’usines 4.0. Safran, PSA, Latécoère font partie des groupes français qui prennent le sujet à bras le corps. Thierry Baril, directeur des ressources humaines d’Airbus, a fait le pari des formations numériques et mis l’accent sur les technologies « simples d’utilisation ». Pour lui, l’usine du futur ne fonctionnera que si les outils utilisés sont accessibles à tous les acteurs de la production. La formation s’impose ainsi comme un levier incontournable de l’épanouissement dans l’entreprise.

Tom Fouan

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