Voici comment Hong Kong a terrassé le coronavirus

Premier témoin de la propagation rapide du coronavirus en Chine, Hong Kong a su maîtriser le risque sans confinement total. Dépistage, contrôle high-tech et prise en charge efficace des patients ont limité le nombre de décès, faisant oublier les échecs de la gestion des précédentes épidémies.

Premier témoin de la propagation rapide du coronavirus en Chine, Hong Kong a su maîtriser le risque sans confinement total. Dépistage, contrôle high-tech et prise en charge efficace des patients ont limité le nombre de décès, faisant oublier les échecs de la gestion des précédentes épidémies.

Au cœur de l'Asie du Sud-Est, Hong Kong est une place clé en matière de surveillance épidémiologique contemporaine. Ravagée par la grippe H3N2 de 1968, avec plus de 50 000 cas rapportés, épicentre de la grippe aviaire de 2003 et 2004 et premier territoire, après la Chine, touché par l'épidémie de SRAS de 2003, elle a développé des outils et une expertise inédite dans le monde entier. L'émergence des premiers cas de contamination au nouveau coronavirus l'a d'ailleurs démontré.

Le 10 janvier, Hong Kong identifiaient déjà 38 cas importés. Une première alerte sur la contagiosité du virus, au moment même où Pékin s'efforçait de minimiser sa propagation en affirmant qu'aucun cas n'avait été rapporté dans le reste de la Chine en dehors de ceux de Wuhan (59 à l'époque). Une alerte aussi pour les 7,5 millions de Hongkongais, qui ont rapidement renforcé les gestes barrières, provoquant une explosion des ventes de masques. Une attitude exemplaire, qui aurait permis, selon certains médecins, d’enrayer 90 % de l’épidémie.

Télétravail et fermeture des écoles

Le 27 janvier, et alors même que le nombre de cas rapportés restait très limité, toutes les crèches et écoles sont fermées. Les fonctionnaires appelés à faire du télétravail et une campagne d’information lancée par le gouvernement pour appeler la population à se protéger. Surtout, tous les nouveaux arrivants de Chine sont soumis à une "quarantaine" obligatoire de 14 jours chez eux, à l’hôtel ou dans un centre d’hébergement géré par les autorités. Une décision lourde pour la cheffe de l’exécutif de la région autonome, Carrie Lam, alors même que 50 millions de Chinois traverse la frontière chaque année. Mais aussi nécessaire, face aux nombreux appels de la population à une fermeture complète des frontières.

Tous les nouveaux arrivants de Chine sont soumis à une "quarantaine" obligatoire de 14 jours chez eux, à l’hôtel ou dans un centre d’hébergement géré par les autorités.

En réponse à la pandémie mondiale, un nouveau pas est franchi fin mars, avec cette fois la fermeture de Hong Kong à tous les étrangers non-résidents. Il faut dire que l'insouciance de ces derniers, peu adeptes du port de masques, faisait polémique, même si le nombre de nouvelles contaminations – dont le pic atteint 50 le 1er avril – est toujours resté sous contrôle.

Une prise en charge précoce des patients

Hong Kong est une ville où richesse et pauvreté cohabitent, mais avec un système de santé quasiment gratuit, capable d’absorber la plus grande partie des soins hospitaliers. Très vite, les dépistages se sont multipliés : 96 709 tests seront effectués de janvier à mars ! Les mesures de quarantaine des nouveaux arrivants sont prolongées, avec l'adoption d'un système de bracelet électronique, relié à une application Stay Home Safe, afin de surveiller leur bon confinement. Une efficacité qui a permis d’anticiper la prise en charge des patients en amont. Plutôt que de laisser les services hospitaliers se préparer à l'accueil des cas les plus graves, les autorités décident de prendre en charge chaque malade le plus tôt possible afin d’enrayer l’attaque virale à ses débuts.

Très vite, les dépistages se sont multipliés : 96 709 tests seront effectués de janvier à mars !

Les médecins de la région autonome ont ainsi testé avec un certain succès une combinaison de trois antiviraux : l'anti-VIH lopinavir/ritonavir, la ribavirine, utilisée notamment contre certains adénovirus et l'interféron bêta-1b, indiqué en combinaison contre plusieurs maladies, dont la sclérose en plaques. Leur étude, publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, montre que les patients se sont sentis mieux en quatre jours, sans effet secondaire. Surtout, ils sont redevenus négatifs au Covid-19 après 7 jours en moyenne, contre 12 jours pour ceux traités par lopinavir/ritonavir seul. Des résultats prometteurs, qui consacrent l'importance d'agir au plus tôt face à une maladie à l'évolution souvent imprévisible. Mais qui demandent aussi à être confirmé à plus grande échelle.

Une victoire sanitaire

La seconde vague, limitée à treize nouveaux cas comptabilisés le 9 avril, dont dix importés, a seulement rappelé à Hong Kong qu'il ne fallait pas encore baisser la garde. Aujourd'hui, à moins d'une troisième vague, la métropole a clairement rompu avec son lourd passé épidémiologique, en affichant seulement quatre décès liés au Covid-19, contre 300 en 2013 par le SRAS, pourtant beaucoup moins contagieux. Une victoire sanitaire essentielle, qui pourrait cependant être rapidement remise en cause, face à la censure chinoise toujours plus pesante sur Hong Kong, et la menace de nouvelles maladies, comme l'hépatite E, qui aurait déjà touché plusieurs Hongkongais.

Fabien Nizon

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