Une rentrée sociale herculéenne

Pour les partenaires sociaux, les vacances estivales ont été de courte durée et les chantiers qui les attendent s’annoncent nombreux. Éclairage sur l’agenda social des prochains mois.

Pour les partenaires sociaux, les vacances estivales ont été de courte durée et les chantiers qui les attendent s’annoncent nombreux. Éclairage sur l’agenda social des prochains mois.

Prévue ce mardi, la présentation du plan de relance post-épidémie a été repoussée à la "première semaine de septembre" pour laisser le temps aux entreprises de "s’approprier les nouvelles règles en matière de port du masque" et au gouvernement de "resserrer un certain nombre de boulons pour garantir la sécurité sanitaire". Mais, si le contenu exact du plan de 100 milliards d’euros reste à annoncer, les contours de la rentrée sociale sont quant à eux d’ores et déjà connus. 

Contenir la crise

En effet, l’annonce toute proche des mesures doit céder la place à des concertations afin de déterminer les conditions de leur mise en œuvre. Il s’agira, aux niveaux national et territorial, de réfléchir aux secteurs, filières et projets qui méritent de faire l’objet d’un appui tout particulier. La question des métiers en tension pourrait, par exemple, être soulevée en prévision d’une concertation tripartite début 2021 visant à définir un plan d’action propre à chaque métier. 

La priorité n°1 du gouvernement demeure l’emploi des jeunes. Prime à l’embauche, extension des actions de formation, soutien à l’apprentissage, relance des contrats aidés : le plan d’urgence, exposé par Jean Castex le 23 juillet, propose une palette d’outils suffisamment large pour toucher cette catégorie d’actifs dans sa diversité. Il reviendra, cependant, à un comité de suivi de s’assurer, dès son installation en septembre, qu’aucun d’entre eux n’est laissé sur le bord de la route.

Accompagner les changements

Avec sans doute plus de difficultés que les générations précédentes, les jeunes rejoindront un marché du travail passablement transformé sous les effets jugulés de la crise sanitaire et économique. En septembre, et ce malgré la menace de la seconde vague, les entreprises vont faire l’expérience de cette "nouvelle normalité" qui impose de repenser les manières d’organiser le travail. 

développer "les outils de l’épargne salariale, de l’intéressement au résultat et de l’actionnariat salarié"

La concertation initiée le 19 juin sur le télétravail doit permettre, d’ici octobre, de porter une position paritaire sur le télétravail dans le débat public grâce à l’effort de diagnostic mené par les partenaires sociaux. Ces derniers sont également invités à poursuivre les négociations entamées mi-juin sur la santé au travail. Par ailleurs, le ministre de l’Économie lancera, en septembre, une concertation tripartite sur le partage de la valeur. En ouvrant ce chantier, le gouvernement espère aussi bien développer "les outils de l’épargne salariale, de l’intéressement au résultat et de l’actionnariat salarié" qu’améliorer "la participation des salariés à la gouvernance de l’entreprise"

Refonder le modèle français

L’automne verra revenir la réforme des retraites mais sous la forme d’une concertation élargie aux conditions de travail des seniors. Le gouvernement a finalement accepté de traiter la question des déficits dans le cadre plus large du financement de notre modèle de protection sociale. D’ici septembre, la Direction du Trésor et le Comité d’orientation de retraites (COR) doivent établir une projection financière sur la base de laquelle le Conseil économique, social et environnemental (Cese) initiera une concertation. Une autre doit également s’ouvrir, en septembre, pour juger de la pertinence d’apporter d’éventuels correctifs à la réforme de l’assurance-chômage, reportée au 1er janvier 2021. Le gouvernement souhaite, notamment, clarifier les rôles dévolus respectivement à l’État et aux partenaires sociaux dans le pilotage de l’Unédic, Unédic dont l’équilibre financier gagnerait à être amélioré.

Retour de la réforme des retraites sous la forme d’une concertation élargie aux conditions de travail des seniors.

L’agenda social paraîtrait bien "vide" si n’étaient pas ajoutées à l’ordre du jour des concertations autour du statut des travailleurs des plateformes ou des travailleurs dits "de la deuxième ligne". Si le sort des premiers devrait être tranché d’ici à décembre, une concertation sera initiée en octobre au sujet des seconds avec pour objectif de définir un agenda de négociation dans les branches professionnelles concernées. Enfin, si l’entrée en vigueur fin juillet d’une disposition européenne consacre le principe "à salaire égal, rémunération égale sur un même lieu de travail", l’idée de réduire le recours au travail détaché n’est pas abandonnée pour autant. Les discussions "doivent déboucher d’ici décembre sur des plans de résorption sectoriels"

Face au chantier titanesque qui les attend, il est permis d’espérer que les partenaires sociaux ont pris des forces pendant des congés d’été, par anticipation, bien mérités.

Marianne Fougère

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