Une deuxième vague de restructurations attendue avant la fin de l’année

Après un build-up cet été, Eight Advisory annonce l’ouverture d’un bureau en Suisse. Eric Demuyt, associé fondateur et directeur général, et Stéphane Nenez, associé, font état des conséquences de la crise sanitaire pour l’année 2020.
Eric Demuyt et Stéphane Nenez, associés, Eight Advisory

Après un build-up cet été, Eight Advisory annonce l’ouverture d’un bureau en Suisse. Eric Demuyt, associé fondateur et directeur général, et Stéphane Nenez, associé, font état des conséquences de la crise sanitaire pour l’année 2020.

Décideurs. L’offre d’Eight Advisory s’articule autour de quatre piliers que sont la transaction, la restructuration, la transformation et l’ingénierie financière. Comment chacun d’entre eux ont-ils traversé la période du confinement ?

Eric Demuyt. Depuis sa création, le cabinet évolue sur un modèle d’équilibrage des risques et une volonté d’atténuer les effets des cycles économiques. L’activité restructuring a naturellement crû au premier trimestre, mais la transaction et la transformation ont tout de même bien résisté. En effet, les projets de transformation se déroulent sur des périodes plus longues et absorbent donc mieux les chocs. Quant à la solidité de notre pratique transactionnelle, elle est le fruit de la diversification de notre offre entre capital-investissement et fusions-acquisitions industrielles.

Stéphane Nenez. Les crises affectent davantage les plus grosses opérations. Grâce à la complémentarité de nos offres et à notre couverture de l’ensemble du marché, même si le mid et le large-cap nous occupent davantage en volume, nous avons pu maintenir un très bon niveau d’activité. L’international représente également un relais de croissance, comme l’atteste notre progression en Belgique, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Qu’avez-vous mis en place pour les sociétés que vous accompagnez sur le marché français ?

E. D. Dès les premiers jours du confinement, nous avons animé des conférences pour expliquer les mécanismes de crise et comment les traiter aux gestionnaires des fonds et leurs participations. Ce modèle a été répliqué pour un certain nombre de corporates, notamment dans les filières en danger. En interne, nous nous sommes adaptés pour être capables de servir nos clients sur les aspects de restructuration financière. Les formations ont été accélérées pour un certain nombre de nos plus jeunes collaborateurs et notre offre transformation, qui était principalement tournée vers les sociétés in bonis, a été transposée à la restructuration d’entreprises en difficulté.

Comment se porte le marché aujourd’hui ?

E. D. Le rythme des transactions accélère depuis le début de l’été, mais le niveau d’activité en restructuring reste inférieur aux prévisions. Une deuxième vague de restructurations est attendue avant la fin de l’année, sauf dans le cas d’un second plan de Prêt garanti par l’État. Mais certaines filières rencontrent de telles difficultés qu’elles n’échapperont pas aux restructurations. Les secteurs de la distribution, de l’aéronautique, de l’automobile, de l’événementiel ou encore de l’hôtellerie souffrent. Certains acteurs disparaîtront.  D’autres procèderont à des consolidations.

"Certaines filières rencontrent de telles difficultés qu’elles n’échapperont pas aux restructurations"

Où en est l’évolution de l’offre d’Eight Advisory en ce qui concerne les opérations de transformation opérationnelle ?

E. D. La practice transformation propose désormais deux offres bien définies. La première est destinée aux directions financières et la seconde, qui s’adresse aux directions générales, intervient sur les aspects opérationnels comme l’amélioration de la performance ou la définition de plan de retournement. Cette practice représente déjà près d’un quart de notre activité et regroupe une centaine de personnes au sein du cabinet. En phase de crise, il est en effet important d’accompagner nos clients sur la restructuration financière mais aussi opérationnelle. Dans un premier temps, il faut identifier des leviers permettant d’améliorer rapidement le cash, en allant chercher des financements court terme, en optimisant le BFR ou en procédant à des cessions d’actifs. Ensuite, il faut établir un plan de retournement permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise en optimisant les coûts et en se concentrant sur certains segments de produits.

S. N. En 2019, la practice « Transformation Opérations » avait déjà été renforcée avec des recrutements en France et à l’international. Elle se positionne aussi bien sur des problématiques de retournement que sur les volets opérationnels des deals, du carve-out à l’intégration post-acquisition. Nous avions déjà été consultés sur des missions d’amélioration de la performance ou des organisations, mais peu par des très grands groupes. La reprise de l’activité de mise en œuvre des stratégies de Theano Advisor, bouclée cet été, vient compléter notre offre en conseil en transformation opérationnelle.

Vous affichez des chiffres de croissance à deux chiffres depuis maintenant plusieurs années. Qu’en sera-t-il pour 2020 ?

E. D. Au regard des incertitudes sur nos marchés et sur la reprise des activités pendant le confinement, les recrutements ont été temporairement gelés. Nous ne disposerons donc pas des ressources suffisantes pour croître de 30 % cette année. Toutefois, la croissance du premier semestre ressort déjà à 5 %. Une bonne performance, puisque les transactions, qui représentent près de 50 % de notre activité, ont chuté de 70 % au premier semestre.

Vous venez d’annoncer la création d’un bureau à Zurich. Comment s’intègre-t-il dans la stratégie de développement international d’Eight Advisory ?

E. D. La Suisse représente une des forces économiques de l’Europe et abrite notamment des grands groupes pharmaceutiques et du domaine de la santé, ainsi que des fonds d’investissement importants. Le nouveau bureau vient compléter notre plateforme allemande et permet de couvrir les transactions cross-border récurrentes entre l’Allemagne et la Suisse alémanique. Il sera dirigé par Patrick Roth, bien introduit sur le marché zurichois, aussi bien auprès des clients industriels que des fonds.

S. N. Les ouvertures de nouveaux pays demeurent des investissements modérés au regard de la taille du cabinet, donc nous continuerons à nous déployer en Europe, où ne nous sommes pas encore présents. Nous souhaitons y déployer l’ensemble de nos practices. Par ailleurs, les pays dans lesquels nous ne disposons pas de bureau en propre sont couverts à travers notre alliance Eight International.

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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