Trump : l’anti-Président

Incapable de dépasser les clivages partisans pour rassembler au-delà de son propre camp, comme de composer avec le temps long de l’appareil législatif, Donald Trump semble tout simplement inapte à incarner sa fonction. Retour sur un style non conforme avec les attendus du poste.

Incapable de dépasser les clivages partisans pour rassembler au-delà de son propre camp, comme de composer avec le temps long de l’appareil législatif, Donald Trump semble tout simplement inapte à incarner sa fonction. Retour sur un style non conforme avec les attendus du poste.

Un bras de fer à haut risque engagé avec la Corée du Nord, une réticence flagrante à condamner les manifestations à caractère raciste de Charlottesville, le limogeage brutal de Steve Bannon…  De toute évidence, l’été n’aura pas eu sur le président Trump l’effet apaisant que certains auraient pu espérer. Il semble, au contraire, avoir encore accentué sa propension naturelle à choquer et à cliver, jusqu’au sein même de la Maison-Blanche où le climat est désormais connu pour être à l’image du reste du pays : sous tension. À l’origine du chaos : un chef de l’État au style « rugueux et brutal » qui, estime l’historien et spécialiste des États-Unis, Romain Huret, instaure, depuis le premier jour de son mandat, « un climat de déstabilisation permanent » dont les effets sont désormais impossibles à ignorer.

Enlisement du pouvoir

« Sa volonté de polariser l’opinion est telle qu’elle se manifeste au sein même de son gouvernement où il attise les oppositions», explique l’expert qui rappelle qu’Obama aussi favorisait l’émergence d’avis contradictoires, mais dans le but de mieux trancher. « Trump, lui, exacerbe les conflits par refus de jouer l’apaisement. » Un mode de management qui, moins d’un an après son arrivée au pouvoir, à clairement montré ses limites. Non seulement en ayant eu pour effet d’isoler le Président jusque dans son propre parti, mais aussi en ayant sur sa fonction un effet incapacitant. Au point d’aboutir à ce que Romain Huret décrit comme un « piétinement du pouvoir ». Une paralysie de l’appareil d’État perceptible dans le fait que certains ministères ne sont toujours pas opérationnels, que les lois ne soit toujours pas votées et que, alors même que le chef de l’exécutif continue à saturer l’espace médiatique,  « il ne se passe rien… ». Pas plus dans le domaine de l’immigration que dans celui de l’emploi ou du nationalisme économique où il avait pourtant multiplié les promesses.

Incompatibilité

« Donald Trump est porté sur l’action et les prises de décisions rapides, le temps long du processus législatif, qui implique de convaincre et négocier des mois durant, ne lui convient pas, explique l’historien. Résultat : on constate un véritable flottement institutionnel ; un enlisement de sa présidence. »

À cette incompatibilité naturelle avec les attendus du poste s’ajoutent de lourdes erreurs de communication. À commencer par celle ayant consisté à refuser de condamner sans ambiguïté les émeutes ayant entraîné la mort d’une manifestante anti-raciste, par peur de déplaire à la frange la plus radicale de son électorat. Ceci en dépit du fait qu’aux États-Unis, le chef du gouvernement se place toujours, quel que soit leur camp, du côté des victimes. En rompant avec cette tradition, Donald Trump a montré son incapacité à « endosser l’habit présidentiel dans ce qu’il impose de consensus et de retenue », estime Romain Huret. « Même dans ces circonstances tragiques, il a conservé une posture militante. »

Absence d’empathie

Un manquement encore aggravé par le fait que, contrairement aux us et coutumes de l’exécutif américain, il ne se soit pas déplacé sur les lieux du drame. Une décision motivée par le refus de donner le moindre gage à l’extrême gauche perçue comme une absence d’empathie pour la victime et, donc, un refus de rassembler au-delà des clivages partisans. « Une incapacité à être le Président de tous les Américains », résume Romain Huret pour qui l’épisode a choqué bien au-delà des rangs démocrates, écornant encore un peu plus l’image d’un chef de l’État déjà très fragilisé. Président des Républicains en France, Stuart Haugen lui-même le reconnaît : Donald Trump sort de cette crise affaibli. « Confronté à une double opposition : celle des Démocrates et de la moitié du parti républicain ». Isolé et donc, dangereux.

Caroline Castets

 

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