Sindiso Ngwenya (Comesa) : "Transformer des marchés isolés en un seul marché régional"

Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) est le bloc régional le plus grand d’Afrique et comprend neuf institutions – dont une agence d’investissement régionale, une banque et un institut monétaire – , une cour de justice et des agences spécialisées. Le secrétaire général, Sindiso Ngwenya détaille les missions et la stratégie de l’organisation.
Sindiso Ngwenya, Secrétaire Général de la Comesa

Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) est le bloc régional le plus grand d’Afrique et comprend neuf institutions – dont une agence d’investissement régionale, une banque et un institut monétaire – , une cour de justice et des agences spécialisées. Le secrétaire général, Sindiso Ngwenya détaille les missions et la stratégie de l’organisation.

Décideurs. La Comesa a été créée en 1994 pour remplacer la zone d’échanges préférentiels. Qu’a-t-elle accompli ces deux dernières décennies et que reste-t-il à faire ?

Sindiso Ngwenya. Le bloc régional de la Comesa comprend actuellement dix-neuf États[1]. En octobre 2016, la Somalie et le Soudan du Sud ont été déclarés éligibles et les négociations relatives à leurs adhésions devraient commencer prochainement. La Tunisie a posé sa candidature en octobre 2017 et l’Algérie montre, elle aussi, un fort intérêt pour l’organisation.

 Un espace de libre-échange a été établi avec succès en 2000, avec pour but de faciliter l’intégration régionale par la suppression des droits de douanes sur les marchandises entre les pays membres. Une union douanière a été, pour ce fait, lancée en 2009.

La Comesa est en passe de devenir un marché commun en 2017 et une communauté économique à part entière d’ici 2025. Depuis sa création, l’objectif a été de transformer progressivement des marchés nationaux isolés en un seul marché régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique Australe. Un grand nombre de programmes ont été mis en place notamment dans le domaine des infrastructures, des investissements, de l’agriculture et de l’industrialisation. Les exportations de marchandises intra-Comesa sont passées de 1,5 milliard de dollars en 2000 à environ dix milliards en 2016. Cette augmentation est impressionnante et continuera avec l’introduction de nouveaux produits et d’industries grâce à l’innovation.

Comment la Comesa et les autres communautés économiques régionales africaines accordent leurs stratégies ?

Nous collaborons avec de nombreuses organisations régionales. Un mémorandum d’accords a été signé avec la Cédéao, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et la Commission de l’océan indien. La Comesa et la Communauté de développement d’Afrique australe ont établi une task force conjointe pour harmoniser leurs programmes communs et ont signés un accord tripartite de libre-échange avec la Communauté d’Afrique de l’Est. Les trois organisations (réunissant vingt-six des cinquante-quatre pays africains) ont mis en œuvre différents programmes communs parmi lesquels l’atténuation du changement climatique, le développement des infrastructures et du commerce. La Comesa travaille étroitement avec la Commission de l’Union africaine et met actuellement en place un programme commun de paix et de sécurité. Le but final de l’organisation est de contribuer à la réalisation des objectifs du traité établissant la Communauté économique africaine.

Des infrastructures efficientes sont primordiales à la réalisation d’un espace économique intégré et compétitif. Quelle est votre stratégie pour pallier le déficit en infrastructures du continent ?

Le manque d’infrastructures régionales adaptées entraîne des coûts de transaction élevés et une faible compétitivité des pays membres dans les marchés locaux, régionaux et internationaux. Le développement des infrastructures est donc une priorité pour la Comesa, afin d’améliorer la performance économique des États, réduire le coût des affaires et relier plus efficacement les pays entre eux.

Nos projets ciblent les infrastructures de transports, d’énergie, et des nouvelles technologies de l’information. Notre approche repose sur deux piliers : une harmonisation du cadre politique et réglementaire et le développement des infrastructures prioritaires. À ce titre, la mise en place de cadres légaux et réglementaires pour les partenariats public-privé permettrait de faire croître la participation du secteur privé dans le développement des infrastructures.

La Comesa a récemment lancé sa première université virtuelle d’intégration régionale. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons créé ce diplôme en partenariat avec vingt-deux universités pour établir une académie des sciences, des technologies, de l’innovation et de la recherche au sein de l’université Kenyatta au Kenya. Il s’agit d’un programme de master multidisciplinaire, ayant pour but de réunir à travers une plateforme virtuelle des professeurs, des chercheurs, des praticiens, à renommée internationale et issus d’institutions et d’universités partenaires. Il couvre plusieurs disciplines : l’économie, le commerce, la finance, le droit, la politique économique, l’innovation et les nouvelles technologies, etc.

 

[1] Burundi, Comores, République démocratique du Congo, Djibouti, Egypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Lybie, Madagascar, Malawi, Maurice, Rwanda, Seychelles, Soudan, Swaziland, Ouganda, Zambie, Zimbabwe

 

Lynda El Mezoued

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