T.Boukhari (Gifi) : "Chaque entreprise devrait avoir un double projet économique et social "

À l’été 2017, Philippe Ginestet, dirigeant de Gifi, annonçait qu’il souhaitait reprendre l’enseigne Tati « pour sauver 1 500 emplois ». Mais aussi pour poursuivre le développement du groupe. Thierry Boukhari, directeur délégué, évoque cette nécessaire conciliation des enjeux économiques et sociaux.

À l’été 2017, Philippe Ginestet, dirigeant de Gifi, annonçait qu’il souhaitait reprendre l’enseigne Tati « pour sauver 1 500 emplois ». Mais aussi pour poursuivre le développement du groupe. Thierry Boukhari, directeur délégué, évoque cette nécessaire conciliation des enjeux économiques et sociaux.

Décideurs. Vous avez récemment rédigé une tribune invitant les entreprises à s’engager « par conviction » sur des actions visant à l’amélioration des conditions sociales. Est-ce leur rôle ?

Thierry Boukhari. L’entreprise est avant tout un lieu de performance professionnelle, pas un centre de loisirs. Affirmer le contraire reviendrait à tromper les salariés. En revanche, elle a un devoir de qualité de vie. Dans une structure familiale, cette notion est naturelle car l’action se situe toujours dans la durée et le capital humain constitue de loin le premier actif de l’entreprise.

Quels doivent être les repères pour concilier performance sociale et économique ?

Chaque entreprise devrait avoir un double projet économique et social, voire sociétal. L’un ne va pas sans l’autre. Les groupes hyper-financiarisés ont perdu leur âme. Dans le même esprit que le rapport Senard-Notat sur la raison d’être des entreprises, je pense qu’il est nécessaire de fixer des objectifs humains et sociétaux ambitieux. Chez Gifi, nous faisons de l’égalité des chances et de l’ascenseur social un engagement majeur. Cette culture constitue le fil conducteur de toutes nos actions internes et externes, y compris dans notre relation clients.

La reprise de Tati par Gifi à l’été 2017 s’inscrivait-elle dans une démarche de responsabilité sociale ?

La motivation première affichée par notre président Philippe Ginestet était de sauver les emplois. Il souhaitait aussi ressusciter une enseigne mythique, connue et reconnue par tous. Mais cette reprise répond à l’ambition de notre groupe d’atteindre 1 000 magasins et 10 000 collaborateurs à l’horizon 2027. Elle poursuit donc un objectif tant humain qu’économique, même s’il faudra du temps pour renouer avec la croissance après tant d’années de crise.

Cette acquisition a-t-elle fait naître des inquiétudes chez les salariés de Gifi ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les représentants du personnel comme les salariés ont manifesté leur enthousiasme. La reprise de Tati est une source de fierté. Un peu plus d’un an après, cela reste vrai. Les collaborateurs ont bien sûr des questions, mais ils ne sont pas inquiets.

Comment les salariés de Tati accueillent-ils leur intégration au groupe Gifi ?

Après le soulagement du sauvetage, les conditions de leur intégration ont bien sûr soulevé des questionnements. Dès le départ, Philippe Ginestet a dit qu’il « n’avait pas de baguette magique » pour sauver Tati, qu’il faudrait du temps, beaucoup de travail et d’investissements humains, techniques et financiers. Nombreux sont ceux qui aimeraient que le processus avance plus vite. Il est important de les écouter et de communiquer. En quelques mois, nous avons déjà réinventé l’offre, les gammes, les agencements, la logistique… Quelques magasins Tati et leurs équipes ont même retrouvé une seconde jeunesse en passant sous pavillon Gifi. Aujourd’hui, nous souhaitons inventer un modèle humain qui permette à chacun de réussir. Notre but est d’être un groupe multi-enseignes avec une seule culture de l’humain. La communication directe et le management tiennent une place centrale dans notre plan de relance. Et notre culture d’entreprise est notre meilleur atout.

Marie-Hélène Brissot

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