Stéphanie Fougou : la porte-voix

PORTRAIT. Stéphanie Fougou, la présidente de l’Association française des juristes d’entreprise, qui depuis quatre ans représente et défend la profession, s’apprête aujourd’hui à passer la main. Portrait d’une femme de conviction plus que jamais déterminée à transformer la filière du droit en France.

PORTRAIT. Stéphanie Fougou, la présidente de l’Association française des juristes d’entreprise, qui depuis quatre ans représente et défend la profession, s’apprête aujourd’hui à passer la main. Portrait d’une femme de conviction plus que jamais déterminée à transformer la filière du droit en France.

Engagée. « C’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à elle », assure l’une des membres de l’Association française des juristes d’entreprise. Femme de conviction et d’action, Stéphanie Fougou a, depuis quatre ans, un objectif : faire reconnaître l’activité des juristes à sa juste valeur. Quatre ans que, en parallèle de ses fonctions de secrétaire générale du groupe Vallourec, elle pilote le conseil d’administration de l’association, organise des événements, fait œuvre de lobbying… le tout bénévolement. Peu importe. Passionnée par son métier, la technicienne, convaincue qu’un grand nombre d’opportunités s’offrent aujourd’hui aux professionnels du droit, « se jette à corps perdu dans les sujets qu’elle défend, explique une proche, non sans cacher une certaine admiration. Je ne sais pas comment elle fait ». Son secret ? Une grande résistance à la fatigue. Mais aussi et surtout un caractère convivial, bienveillant et chaleureux unanimement reconnu par ceux qui la côtoient.

La grande profession du droit

« Elle est toujours de bonne humeur, note Émilie Letocart, membre du conseil d’administration de l’AFJE et cofondatrice du comité des jeunes. Elle traite les sujets un par un, sans jamais s’énerver. Si bien qu’elle entraîne facilement les autres dans les combats qu’elle mène. » Un leadership naturel doublé d’une expertise juridique aiguisée faisant d’elle la figure de proue incontestée des juristes français. 

 

« Elle a beaucoup de charisme, estime Hervé Delannoy, directeur juridique et ancien président de l’association. Elle est capable de sortir de la technique pour prendre de la hauteur et communiquer. En ce sens, elle fait véritablement avancer les choses pour le métier. » Son souhait ? Mettre en place une « grande profession du droit », au sein de laquelle juristes et avocats jouiraient des mêmes avantages, les premiers contrairement aux seconds ne bénéficiant pas du secret professionnel. « C’est indispensable si l’on veut aider nos entreprises à rester compétitives, explique celle qui, au fur et à mesure des années, s’impose en véritable businesswoman. Pour cela, nous devons, tous ensemble, adopter une vision à long terme. »

Un outil au service de l'entreprise

Rien ne la prédestinait pourtant à une grande carrière juridique. Adolescente, alors qu’elle vit en Afrique, Stéphanie Fougou se rêve journaliste ou attaché culturel. « J’ai commencé le droit, parce que je voulais avoir un métier », raconte-t-elle, confiant avoir d’abord été attirée par les disciplines les plus pratiques, comme le droit pénal ou le droit constitutionnel. « Je me suis rendu compte lors de mon année d’étude aux États-Unis que le droit servait à tout », poursuit-elle. Une révélation. Décidée à poursuivre dans cette voie, l’étudiante rentre en France et, en parallèle de son troisième cycle, intègre TF1.

 

Très vite, elle comprend que la matière juridique peut être un outil au service d’un projet d’entreprise. Après une seconde expérience dans le secteur de l’audiovisuel, elle rejoint France Télécom, d’abord chez Wanadoo, puis au sein de la maison mère. Pragmatique et consciencieuse, elle se familiarise avec un grand nombre de problématiques : concurrence, consommation, lobbying…

Un poste crucial 

Intuitive aussi, elle capte les enjeux liés à sa fonction et gravit les échelons, jusqu’à devenir directrice juridique adjointe du groupe. Des compétences qui n’échappent pas au Club Méditerranée. En 2010, l’entreprise la recrute en qualité de secrétaire générale. Elle y découvre un environnement nouveau, celui du service et de l’accueil. Trois ans et demi plus tard, le groupe est racheté par un fonds chinois. Stéphanie Fougou accompagne l’opération puis, une fois celle-ci terminée, rejoint Vallourec, l’un des derniers fleurons de l’industrie française comptant près de 18 000 salariés. 

« Je ne vois pas comment on peut passer à côté des opportunités qui s’offrent à nous. » 

« C’est un univers particulier au sein duquel les enjeux de sécurité sont très importants », précise la secrétaire générale chargée des questions juridiques, de la responsabilité sociale, du département compliance et des activités M&A du groupe. Un poste crucial pour l’entreprise, alors en pleine restructuration. Pas de quoi intimider l’experte qui, au même moment, prend la tête de l’Association française des juristes d’entreprise. « Je me suis demandé si j’arriverais à gérer les deux activités de front, reconnaît-elle avec d’humilité. Mais c’était l’occasion pour moi de transmettre mon envie et mon espoir pour la profession. »

« Macron blues »

« De toute façon, on ne réussit pas seul », poursuit celle qui, pour mener à bien sa mission, tient à s’entourer de personnes de confiance. « Qu’on ne s’y trompe pas, elle reste la chef d’orchestre », nuance toutefois Émilie Letocart. Consciente que ses prédécesseurs à la tête de l’association ont d’ores et déjà fait bouger les lignes, la nouvelle présidente souhaite structurer davantage l’organisation. « Nous avons lancé un programme de formation, investi dans un programme digital, poursuivi le rayonnement international », explique la porte-voix qui, en 2016, soutient la création d’un statut d’avocat en entreprise permettant aux juristes de devenir avocats en passant un examen de déontologie. Envisagé lors de la première version de la réforme Macron, le projet, faute de voix suffisantes au Sénat, sera finalement abandonné.

 

Pour Stéphanie Fougou, la déception est immense. « J’ai eu un “Macron blues”, confie-t-elle. Je me suis dit qu’on n’arriverait jamais à dépasser les craintes de chacun. » Abattue pendant quelque temps, elle trouve finalement la force de rebondir. « Je me suis dit qu’on devait continuer le travail pour la nouvelle génération. Nous avons rapidement repris notre bâton de pèlerin. » Depuis, la directrice juridique multiplie actions de lobbying, auditions, rencontres avec les élus... « Elle y croit vraiment », assure Émilie Letocart.

Améliorer la filière 

Aujourd’hui, la chef de file s’apprête à passer le flambeau. Marc Mossé, le directeur juridique de Microsoft lui succédera à la tête de l’association à la fin de l’année 2018. Pas question pour autant de délaisser son engagement. Bien au contraire. « Je vais continuer à aider les jeunes du mieux possible », explique-t-elle. Aussi et surtout, elle poursuivra son action pour la reconnaissance des juristes d’entreprise grâce à la plateforme « Tous droits devant ». Née à la suite du Grenelle du droit – un événement organisé en novembre 2017 et visant à « fédérer les professionnels du droit », « susciter le débat » et développer l’attractivité du droit français –, l’initiative permet à chacun de proposer des axes d’amélioration pour la filière. Des pistes de réflexion qui seront par la suite soumises au gouvernement. « Le rendez-vous est fixé et se tiendra avant le prochain Grenelle, annonce la directrice juridique. Nous sommes en constante discussion sur le sujet avec le ministère de la Justice. » Résolument optimiste, Stéphanie Fougou reste plus que jamais confiante dans l’avenir : « Je ne vois pas comment on peut passer à côté des opportunités qui s’offrent à nous. » À cœur vaillant rien d’impossible.

Capucine Coquand 

@CapucineCoquand

 

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