Stéphane Bancel, un Français derrière le vaccin contre le coronavirus

À la tête de la biotech Moderna depuis près de dix ans, Stéphane Bancel n’a pas attendu la crise sanitaire pour parier sur une technologie qui, en accélérant drastiquement les effets immunitaires, se révèle aujourd’hui l’arme idéale pour combattre le virus… et un avantage concurrentiel majeur dans la course au vaccin.

À la tête de la biotech Moderna depuis près de dix ans, Stéphane Bancel n’a pas attendu la crise sanitaire pour parier sur une technologie qui, en accélérant drastiquement les effets immunitaires, se révèle aujourd’hui l’arme idéale pour combattre le virus… et un avantage concurrentiel majeur dans la course au vaccin.

Il y a quelques semaines encore, qui connaissait Moderna Therapeutics, la société de biotechnologie du Massachusetts ? En dehors de l’univers médical, pas grand monde ; Aujourd’hui, son nom est sur toutes les lèvres. Normal. Dans la course au vaccin que se livrent les laboratoires du monde entier, deux acteurs émergent du peloton : Pfizer, le mastodonte et Moderna, dix ans d’existence seulement et désormais un statut de star avec une valeur passée de 9 à 30 milliards de dollars.

À l’origine de cette percée soudaine : Stéphane Bancel, Français de 47 ans, ancien de l’École centrale Paris et de Harvard Business School, passé par les laboratoires bioMérieux (dont il sortira directeur général à 33 ans) puis par le groupe pharmaceutique américain Lily, il prend il y a neuf ans la direction de Moderna. La spécialité de cette toute jeune entreprise ? L’acide ribonucléique messager ou ARNm, une technologie de vaccination inédite jusqu’à peu réservée aux animaux.

Accélérateur

Rapidement, Stéphane Bancel réalise une levée de fonds : 5 milliards d’euros sans que l’entreprise ait encore dégagé le moindre profit.Un tour de force qui, à lui seul, en dit long sur celui dont le management est décrit comme rude lorsqu’il n’est pas qualifié de toxique (au point de susciter quelques départs en série dit-on) mais chez qui le flair et l’audace ne se discutent pas. Début 2020, il assiste au forum de Davos où, déjà, le virus occupe les débats. Pressentant la portée de la pandémie à venir et l’effet d’accélérateur sans pareil qu’elle allait offrir à Moderna, il met l’entreprise en ordre de marche.

Le 2 mars, Donald Trump, dans la tourmente, invite plusieurs patrons de biotechs et de grands laboratoires pharmaceutiques à la Maison-Blanche. Stéphane Bancel en est. Au président qui veut un vaccin et le veut vite il répond que le sien est "presque prêt".

95% d’efficacité

Pas tout à fait en réalité mais Donald Trump va lui donner les moyens de ses ambitions, soit 2,5 milliards de dollars pour accélérer les processus et produire 100 millions de doses. Le 16 mars, Moderna est la première entreprise de biotechnologie à annoncer le lancement d’essais cliniques sur des êtres humains. Verdict ? 95 % d’efficacité. Un résultat plus qu’encourageant, qu’Anne Sénéquier, épidémiologiste et spécialiste des questions de santé à l’Iris s’empresse pourtant de tempérer. "Ce que cela prouve c’est que le vaccin est efficace deux semaines après la première dose, rien de plus", explique-t-elle. "C’est la phase 3 de test qui dira s’il est efficace et sans effets nocifs sur le long terme ; le problème est que cette phase doit durer jusqu’à fin 2022 et que le vaccin est censé être distribué d’ici quelques mois. C’est du jamais vu dans le monde sanitaire."

"Stéphane Bancel a très bien joué ses cartes. La technologie de l'ARNm était un pari, il l'a pris et le virus a accéléré les choses"

De dix ans à dix mois…

Du jamais vu en termes de délais accélérés mais aussi de propriétés pour ce "candidat vaccin" qui, comme celui de Pfizer d’ailleurs, repose sur une "technologie révolutionnaire", souligne l’experte. Selon elle,  "avec l’ARNm c’est le corps lui-même qui va fabriquer les antigènes qui seront présentés au système immunitaire pour lui permettre de combattre le virus, alors qu’avec un vaccin traditionnel, les antigènes se fabriquent en laboratoire. Cela permet de réduire drastiquement les process : là où il fallait dix ans, dix mois suffisent !"

 Un avantage concurrentiel majeur dans un contexte de pandémie mondiale sur lequel, aucun doute, "Moderna avait une longueur d’avance" , résume Anne Sénéquier avant d’ajouter : "Et Stéphane Bancel a très bien joué ses cartes ; la technologie de l’ARNm était un pari, il l’a pris et le virus a accéléré les choses". Conformément à cette devise qu’il répète à l’envi : "A lot of risk, a lot of money".

Caroline Castets

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