Stanislas Guerini : "Nous incarnons l'optimisme, le rassemblement et le volontarisme"

Alors que le premier tour de la présidentielle approche à grands pas, le Délégué général de LREM dresse le bilan de la majorité, analyse les rapports de force et revient sur la notion de maison commune, Ensemble Citoyens, qui veut constituer un pôle de stabilité.

Alors que le premier tour de la présidentielle approche à grands pas, le Délégué général de LREM dresse le bilan de la majorité, analyse les rapports de force et revient sur la notion de maison commune, Ensemble Citoyens, qui veut constituer un pôle de stabilité.

Décideurs. Le quinquennat entre dans sa dernière ligne droite. Quelles sont les réformes qui, selon vous, ont été les plus importantes ?

Stanislas Guerini. Nous avons été élus en promettant d’agir sur deux piliers : l’émancipation et la vision sur le long terme. Le gouvernement et la majorité n’ont pas chômé et nous avons des résultats concrets à présenter aux Français. Concernant l’émancipation par le travail, de très nombreux leviers ont été activés : baisse de la fiscalité pour les entreprises, loi Pacte, réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle… 

Ce travail de fond porte ses fruits puisque, depuis 2017, le chômage de masse est en cours d’éradication, le nombre d’apprentis est passé de 200 000 à 600 000 par an, le chômage des jeunes a baissé, et des emplois dans l’industrie ont été créés, une première depuis des décennies. De plus, sur 2021, la croissance devrait atteindre 6,7%, la plus forte depuis un demi-siècle. Il y a certes un effet post-crise sanitaire, mais la politique menée par le gouvernement a un rôle.

Sur le temps long, prenons l’exemple important du dédoublement des classes de CP et CE1 dans les écoles classées REP (réseaux d’éducation prioritaire). Il s’agit d’un investissement décisif, qui portera ses fruits d’ici quelques années, et qui illustre une gestion du pays sur la durée. Il en va de même pour le plan d’investissement France 2030 crédité de 30 milliards d’euros qui permettra de décarboner, de moderniser notre industrie, ou encore de bâtir les transports, la santé ou la culture du futur.

Malgré tout, avez-vous des motifs d’insatisfaction ?

Nous n’avons pas réussi à résoudre le malaise démocratique, qu’illustre l’abstention aux élections régionales, ou la baisse de confiance dans la classe politique. La majorité avait programmé une vaste réforme constitutionnelle pour y remédier. Cette réforme intégrait une dose de proportionnelle, la baisse du nombre de parlementaires et la hausse de leurs moyens d’action. Sur cet enjeu, le gouvernement s’est, hélas, heurté au Sénat.

Autre réforme entravée, en partie à cause de la situation sanitaire, nous ne sommes pas parvenus à avancer comme prévu sur la réforme des retraites. Elle est, selon moi, indispensable à l’émancipation par le travail que nous portons depuis bientôt cinq ans. On ne peut pas parler retraite sans parler de travail. Liée aux réformes de l’apprentissage, de l’éducation, du code du travail, de la fiscalité, elle permettra d’investir dans la jeunesse, d’apporter de la visibilité. Nous avons un devoir de réformer le système de retraite, de prendre en compte de nouveaux enjeux tels que le télétravail ou encore la place des indépendants. Je suis frappé par le fait que les autres forces politiques restent dans une vision classique et datée d’avant-crise.

"Valérie Pécresse a quitté un parti qu'elle jugeait trop à droite pour revenir dans les bras d'Éric Ciotti. Où est la constance ?"

Les différents partis s’apprêtent à entrer dans l’arène en vue de la présidentielle. LR a désigné Valérie Pécresse, qui estime pouvoir accéder à l’Élysée…

Les Français apprécient la constance, et il me semble que ce n’est pas le cas de Valérie Pécresse. Elle a un problème de cohérence. Elle a quitté un parti qu’elle jugeait trop à droite…pour revenir dans les bras d’Éric Ciotti, tenté par l’extrême droite. Éric Zemmour qualifie Éric Ciotti d’ami. Une partie de LR reprend un langage populiste et décliniste qui se situe à des années lumières de son ADN gaulliste. Cette fracture de la droite existait déjà, la Présidentielle de 2017 l’a exacerbé. Cela démontre que la droite, comme la gauche, est traversée par des divisions irréconciliables.

Que pensez-vous de la candidature d’Éric Zemmour ?

Il accentue les fractures de la société. Une partie de la droite essaie d’aller sur son terrain et s’éloigne de son histoire. Le candidat de Reconquête apporte surtout de la violence dans le débat public, violence qui rejaillit sur le quotidien. Début décembre, un maire de la Manche a vu sa voiture brûlée et sa maison taguée de "Zemmour président", pour avoir soutenu le président de la République. Il est préoccupant pour notre pays de voir l’extrême droite représentée par Éric Zemmour et Marine Le Pen être si haute dans les intentions de vote.

"Aujourd'hui, les sociaux-démocrates sont dans la majorité"

Quel regard portez-vous sur la gauche, qui n’a jamais été aussi faible et divisée ?

Elle n’est pas à la hauteur des enjeux. Les écologistes ont délaissé le combat environnemental pour mener des combats parfois anti-républicains, les Insoumis ont sombré dans le populisme le plus crasse. Quant au PS actuel, il semble avoir divorcé d’avec le réel, perdu sa force réformiste. Aujourd’hui, une grande partie des électeurs de gauche l’ont compris puisque de nombreux sociaux-démocrates ont rejoint la majorité présidentielle. Nous n’avons pas à rougir de notre bilan social : le "quoi qu’il en coûte", la protection via l’indemnisation du chômage partiel, le reste à charge zéro sur les lunettes et soins dentaires, la PMA pour toutes, la hausse des pensions alimentaires pour les mères isolées, c’est nous ! Face à ces résultats concrets, la gauche n’a pas de leaders, est en déshérence idéologique. Elle se radicalise et se montre divisée sur tous les sujets, énergie, croissance, immigration, rapport à l’UE…

La majorité se présentera en 2022, non pas sous un parti unique mais via une "maison commune", baptisée "Ensemble Citoyens !". Pourquoi cette initiative ?

Le clivage droite-gauche semble mort. Une large partie de la droite modérée et de nombreux sociaux-démocrates ont rejoint la majorité. Dans un monde politique de plus en plus divisé, ils ont de nombreux points communs. Le macronisme incarne l’émancipation, par une approche sociale et libérale. C’est la volonté de dépasser les clivages, c’est l’humanisme, la volonté d’innover, l’Europe, le progressisme et le rejet du déclinisme ; c’est croire en l’intelligence collective, en la technologie.

"Les membres d'Ensemble Citoyens ! n'ont pas à renoncer à leur sensibilité, qu'elle soit démocrate-chrétienne, libérale ou social-démocrate".

Au fond, qu’est ce qui rassemble les membres de la maison commune, issus des sociaux-démocrates, des Républicains, des démocrates-chrétiens ou encore du Modem ?  

Nous incarnons l’optimisme, le rassemblement et le volontarisme. Ce sont des valeurs clefs dans un monde parfois tenté par le déclinisme et le repli. Cependant, les membres d’Ensemble Citoyens n’ont pas à renoncer à leur sensibilité, qu’elle soit démocrate-chrétienne, libérale, social-démocrate... Une association de partis est donc la meilleure architecture possible pour être unis autour de nos valeurs communes tout en respectant les différentes sensibilités.

Comment analysez-vous le rapport des Français à l’UE ? Quel bilan européen faites-vous des quatre années écoulées ?

Une partie de la classe politique voudrait faire de l’UE un bouc émissaire. Les Français perçoivent les choses autrement. Faut-il rappeler l’échec des partis prônant le Frexit aux dernières élections européennes ? L’Europe a financé 40% du montant du plan de relance, de 100 milliards d’euros. Et c’est ce plan qui prépare la prospérité de demain. Sans Europe, la France serait moins dynamique et moins résiliente. J’ajoute que le quinquennat d’Emmanuel Macron a fait bouger les lignes. Les grandes mesures dessinées en 2017 dans le discours de la Sorbonne entrent en application les unes après les autres (défense, industrie, souveraineté). La France relèvera ses défis grâce à plus d’Europe, et non moins d’Europe.

La majorité a permis de construire une meilleure Europe sur de nombreux fronts : l’Union européenne a été au rendez-vous pour protéger économiquement et socialement ses citoyens, avec le plan de financement totalement inédit de 850 milliards souhaité sans relâche par Emmanuel Macron. L’Europe a aussi su mobiliser de nombreux dispositifs économiques et sociaux. 

De plus, elle a aussi su se mobiliser autour de la santé et des achats de vaccins, commandés grâce à une entente transnationale ! L’UE est aussi en pointe sur la transition écologique et montre la voie au reste du monde. Autre succès, où la France a été en première ligne, la réforme de la PAC qui va permettre de concilier souveraineté alimentaire, alimentation durable et conditions de vie des agriculteurs. 

Pour la première fois depuis quatorze ans, la France présidera le Conseil de l’Union européenne à compter du 1er janvier. Quelles sont les priorités ?

Les ambitions sont nombreuses, et le travail préparatoire a été intense. Citons la mise en place d’une taxe carbone aux frontières, pour éviter le dumping écologique. Citons l’Europe sociale qui doit encore progresser ou la définition d’une nouvelle politique migratoire. Le système de Dublin a montré ses limites, les règle doivent être améliorées, et la question de l’espace Schengen sera donc au cœur de la présidence française. L’Europe est un levier de la puissance et souveraineté française. 

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz et Pierre-Etienne Lorenceau

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