Stanislas Guerini (LREM) : "Nous souhaitons accentuer notre présence dans les petites villes"

Environnement, stratégie pour les municipales, réforme des retraites, politique européenne : Stanislas Guerini, député de Paris et délégué général de LREM, revient sur les principaux chantiers de la majorité.

Environnement, stratégie pour les municipales, réforme des retraites, politique européenne : Stanislas Guerini, député de Paris et délégué général de LREM, revient sur les principaux chantiers de la majorité.

Décideurs Magazine. Le 23 juillet, Greta Thunberg a pris la parole à l’Assemblée nationale. La militante a été boycottée par une partie des députés…

Stanislas Guerini. Je trouve plutôt déplacé de critiquer une personne qui est venue avant tout pour dialoguer. Les élus qui la rabaissent n’en sont pas sortis grandis. Greta Thunberg est une jeune femme qui pousse un cri d’alarme, qui incite toutes les générations à la mobilisation. Contrairement à ce que certains prétendent, elle va plus loin que le simple registre de l’émotion. Son discours est rationnel, arrimé à des vérités scientifiques. Elle était d’ailleurs accompagnée de Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du GIEC. Il est important que la jeunesse nous aide à gagner la bataille culturelle que constitue la lutte contre le réchauffement climatique. Le gouvernement y contribue et mène une politique qui doit être valorisée.

Justement, quelles sont les grandes avancées portées par le gouvernement ?

Nous proposons un vrai projet de changement de société qui se manifeste, notamment, par la loi sur l’économie circulaire qui sera présentée à la rentrée. Elle permettra de sortir d’une société du « consommer pour jeter », tout en réduisant drastiquement la quantité de déchets plastiques. Nous accentuons également la mise en place d’aides comme le chèque énergie afin de lutter contre la précarité énergétique, car l’écologie doit profiter à tous. Par ailleurs, nous n’avons jamais autant investi dans les énergies renouvelables qu’aujourd’hui.

La République En Marche a gagné l’élection présidentielle grâce à une structure horizontale, proche des citoyens. Désormais, vous exercez le pouvoir, le contexte est forcément différent. Sur le terrain, quelle est votre stratégie en vue des municipales ?

Nous nous sommes lancés en nous adressant à ceux qui souhaitaient changer le pays, qui désiraient la fin des postures politiques entre la droite et la gauche qui ont mis le pays à terre. Désormais, 400 000 personnes sont engagées à nos côtés sur tout le territoire. Lors des élections européennes, elles ont effectué un travail de proximité formidable qui a joué sur le résultat. Les Marcheurs sont notre trésor et la clé de notre stratégie. La plupart d’entre eux n’étaient pas engagés dans des partis avant de nous rejoindre et sont donc très exigeants. C’est lorsqu’ils sont convaincus qu’ils sont le plus convaincants. Et notre projet municipal incarne les valeurs pour lesquelles ils se sont mis en marche.

"chezvous.en-marche.fr permet en quelques clics de voir ce qui a changé chez vous ces deux dernières années"

Nous avons également déployé un site nommé chezvous.en-marche.fr. Il permet en quelques clics de savoir ce qui a changé près de chez vous ces deux dernières années : création d’entreprises, classes dédoublées, baisse de la taxe d’habitation…  Toutes les choses qui ont amélioré le quotidien grâce à l’action de la majorité.

Quels sont les objectifs de LREM en vue des municipales ?

Nous comptons pour le moment 2 000 élus locaux, nous en souhaitons au moins 10 000. Ce serait un bon résultat qui validerait nos réformes et entraînerait les citoyens à changer les choses avec nous. Nous ne chercherons pas à implanter des drapeaux LREM partout, mais nous n’allons pas viser uniquement les grandes métropoles où nous réalisons nos meilleurs résultats électoraux. LREM compte accentuer sa présence dans les petites villes où les maires sont particulièrement visibles auprès des administrés. Nous sommes humbles ; n’oublions pas que le Général de Gaulle et son parti ont mis une dizaine d’années à s’implanter dans les territoires.

Nous comptons également continuer à changer le paysage politique. Nous avons la grande responsabilité de rassembler les forces progressistes pour faire barrage aux extrémistes. C’est donc logiquement que nous allons renforcer la majorité présidentielle, parfois en soutenant des maires qui ne viennent pas forcément de notre mouvement, mais qui adhèrent à nos valeurs et qui ont fait du bon boulot sur le terrain.

"50% de nos premiers candidats investis sont issus de la société civile"

Pour désigner les candidats aux municipales, LREM a privilégié une commission nationale d’investiture à des primaires, ce qui a fait grincer les dents de certains Marcheurs...

La commission nationale d’investiture n’est pas contradictoire avec la démocratie interne, bien au contraire. Elle n’est ni parisienne ni éloignée du terrain et permet de prendre de la hauteur de vue. Elle travaille en relation étroite avec les commissions départementales qui font remonter les candidatures. C’est une boussole qui a une vision d’ensemble et s’assure, par exemple, du respect des règles de parité. 16% des maires sont actuellement des femmes, elles représentent 30% de nos candidats pour le moment. De même, nous veillons à présenter des personnes issues de la société civile. 50% de nos premiers candidats investis en sont issus ! Je pense par exemple à Rachida Kaaout qui portera nos couleurs à Ivry-sur-Seine et qui vient d’Actions Quartiers, notre programme d’accompagnement via lequel nous aidons les citoyens à développer des projets dans leur quartier. Pour un mouvement politique, il est parfois difficile d’être vertical et en même temps horizontal. Mais je peux vous assurer que la désignation de nos candidats n’est pas arbitraire.

Quelles sont les valeurs défendues par vos candidats ?

Il y a des choses avec lesquelles on ne transige pas. Quel que soit le bord politique d’origine du candidat, il doit respecter dix grands engagements éthiques comme la probité ou la transparence de la vie publique. Ils sont publics et tous les électeurs peuvent y avoir accès.

Nous allons bien évidemment nous attacher au fond. Comment construire des villes écologiques et inclusives ? Comment être innovant en matière de démocratie participative ? D’accès aux personnes en situation de handicap ? Nous voulons par exemple améliorer la représentativité des personnes en situation de handicap et demandons à l’ensemble de nos candidats d’inclure des personnes touchées par un handicap visible ou invisible sur leur liste.

Au niveau politique, qu’apporteront les élus LREM au gouvernement ?

Nous menons de grandes réformes à l’Assemblée nationale : mobilité, formation professionnelle… Elles ont parfois du mal à entrer dans la vie des gens. Toutes ces politiques ont besoin d’un coup de pouce pour trouver une traduction concrète sur le terrain. Avoir plus d’élus locaux sera un atout précieux pour accélérer la transformation du pays et concrétiser sur le terrain les réformes que nous votons au Parlement. Une élection n’est pas une fin en soi, c’est avant tout un outil pour agir et transformer les choses. 

Avant les municipales, le gouvernement s’attaque à un vaste chantier : la réforme des retraites. Pourquoi est-ce un enjeu prioritaire ?

Un chiffre résume très bien les choses : plus de la moitié des jeunes ne croit pas à notre système de retraite et préférerait un modèle par capitalisation qui consiste à placer ses économies dans un fonds de pension et miser dessus pour pouvoir bénéficier d’une retraite. Cela en dit beaucoup sur notre système. Les Français n’y comprennent plus rien !

"Le rapport Delevoye prévoit plusieurs mesures pour améliorer la situation des femmes"

Il n’est plus adapté à la réalité des parcours professionnels. Un jeune qui entre sur le marché du travail peut changer trente fois d’emploi. Si je prends mon exemple personnel, j’ai été entrepreneur, cadre puis député et je n’ai aucune idée d’où j’en suis concernant mes droits à la retraite ! Cette illisibilité pénalise la mobilité professionnelle car lorsque j’ai de l’incertitude, je m’impose des freins, je n’oserais pas forcément changer de boulot…

La situation actuelle est également injuste pour les femmes qui touchent une pension environ 42% inférieure à celle des hommes car leurs carrières sont plus hachées. Et notre système ne tient pas compte de cette réalité. Le rapport Delevoye prévoit donc plusieurs mesures pour améliorer la situation des femmes : majoration de la pension de retraite dès le premier enfant, obtention des points lors des congés maternité qui auront la même valeur que les points attribués au titre de l’activité.

La solution est donc le fameux système universel…

Oui, nous l’avions promis durant la campagne. Il mettra fin aux 42 régimes pour donner naissance à un modèle plus simple et plus juste pour l’ensemble de la population.

Que répondez-vous aux salariés qui jouissent de régimes spéciaux et qui peuvent s’estimer perdants ?

Certaines catégories sont avantagées aujourd’hui. Mais demain, si leur situation démographique change, et ce sera le cas, leurs régimes ne seront plus équilibrés et les bénéficiaires verront leur pension baisser.

C’est pourquoi, je préfère un système plus large, universel, qui mutualise les risques et qui sera plus juste pour tous. Je pense par exemple aux agriculteurs dont la pension minimum correspond à 75% du Smic, elle passera à 85%. C’est un cas concret mais il y en a bien d’autres. Personne ne sera pris à rebours et la transition se fera dans le temps long.

Deux mois après les élections européennes, la présidente de la Commission européenne a été désignée. Quel regard portez-vous sur la nomination d’Ursula von der Leyen ?

C’est une bonne nouvelle pour l’Europe. Depuis sa création, la vie politique européenne était sous le contrôle de deux groupes hégémoniques : le PPE et le PSE. Désormais, il faut compter avec une troisième force, Renew Europe à laquelle est rattachée LREM qui porte un véritable projet politique pour notre continent. Nous avons réussi à inclure dans le programme de la nouvelle commission des thématiques prioritaires nous avons portées durant la campagne : banque pour le climat, taxe carbone aux frontières, instauration d’un revenu minimum décent dans chaque pays de l’UE, fin du vote à l’unanimité sur les questions fiscales... Cela est en partie lié au travail du Président la République qui, dans les instances européennes, a su faire bouger les lignes.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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