Sophie de Menthon (Ethic) : « La grève des cheminots est un vrai scandale »

Indigné par la grève de trente-six jours répartis sur trois mois, entamée mi-mars par quatre organisations syndicales de la SNCF, le mouvement patronal Ethic, par la voix de sa présidente Sophie de Menthon, dénonce une manifestation abusive et appelle à une réforme des syndicats eux-mêmes. « On ne peut pas continuer comme ça », assure la chef d’entreprise.

Indigné par la grève de trente-six jours répartis sur trois mois, entamée mi-mars par quatre organisations syndicales de la SNCF, le mouvement patronal Ethic, par la voix de sa présidente Sophie de Menthon, dénonce une manifestation abusive et appelle à une réforme des syndicats eux-mêmes. « On ne peut pas continuer comme ça », assure la chef d’entreprise.

Décideurs. Le mouvement Ethic estime que cette grève est abusive. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Sophie de Menthon. Les avocats avec lesquels nous travaillons considèrent que plusieurs éléments dans cette grève ne sont pas légaux. Le dysfonctionnement du service ferroviaire crée un véritable trouble à l’ordre public. Et pas seulement les jours de grève. Le trafic sera également perturbé les autres jours de la semaine, puisque les usagers se précipiterons en masse pour prendre des trains.

Que demandez-vous à la SNCF et à son président ?

Guillaume Pépy doit se défendre et, si nécessaire, porter plainte contre ceux qui empêchent les autres de travailler. Lui-même dit qu’il ne comprend pas les désirs de nuisance exprimés par certains syndicats menaçant de désorganiser le plan de transport et les travaux. Il donne l’impression d’être totalement désarmé.

Doit-il être remplacé ?

C’est évident. S’il avait été capable de réformer la SNCF, il l’aurait fait depuis longtemps. Je crois qu’il est au bout du rouleau, et qu’il est maintenu à son poste uniquement parce qu’il est bien accepté à la SNCF. Il ne fait pas peur. Guillaume Pépy ne s’est jamais comporté en entrepreneur. Il est pourtant à la tête d’une entreprise, même si celle-ci est publique et dotée d’un statut particulier. Reconnaissons toutefois qu’il est à l’origine de quelques bonnes initiatives. Il a toutefois laissé couler la situation. La SNCF a aujourd’hui besoin d’une équipe nouvelle, dotée d’un vrai projet d’entreprise. Jamais dans le secteur privé, on n’aurait accepté aussi longtemps une telle situation.

« Peut être faut-il rendre obligatoire l’affiliation à un syndicat »

Cet épisode est-il selon vous le signe que les syndicats eux-mêmes sont à réformer ?

Totalement. Ce pays est à réformer et on se laisse balader par les syndicats. C’est insupportable. Si l’Allemagne a pu redresser la barre, c’est parce que les syndicats allemands ont adopté un comportement citoyen. En France, les partenaires sociaux veulent surtout conserver leurs avantages. J’ai côtoyé les présidents de certaines formations lorsque j’étais membre du Conseil économique, social et environnemental. Ce ne sont pas eux qui bloquent la situation. Le problème vient de la base composée d’extrémistes politiques qui sortent dans la rue dès qu’un projet de réforme voit le jour. Elle poursuit un objectif de lutte des classes et refuse la mondialisation, dont elle a peur, tout comme elle a peur de l’argent. Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Emmanuel Macron a été élu pour réformer le pays. Il faut donner leur chance à nos entreprises, à nos chômeurs, à nos enfants de vivre dans un pays qui leur permette de travailler.

Réformer les syndicats, l’idée semble utopiste…

Je ne crois pas que ce soit si difficile. Peut être faut-il rendre obligatoire l’affiliation à un syndicat. Cela rationaliserait les manifestations. Il faut bien voir que les organisations syndicales ont été créées après la guerre pour répondre à une réalité qui aujourd’hui n’existe plus. Tout cela n’a pas de sens. N’oublions pas, par ailleurs, que les cheminots font grève alors qu’ils ne sont pas touchés, puisque seuls les nouveaux arrivants à la SNCF seront impactés. C’est, pourquoi, cette grève est, à mon sens, un vrai scandale.

Pensez vous que le gouvernement ira jusqu’au bout ?

Je suis convaincue qu’il ne cédera pas. 77 % des Français sont favorables à la réforme de la SNCF. Nous avons réellement besoin d’un système ferroviaire qui fonctionne correctement. Emmanuel Macon se distingue de ses prédécesseurs, en ce qu’il est un véritable réformateur. Jour et nuit, il ne pense qu’à transformer la France. Il n’est pas là pour faire de la politique, il est là pour réformer.  

 

Propos recueillis par Capucine Coquand

@CapucineCoquand

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