Smic, CSG, ISF : entre concessions et confirmation

En réponse aux revendications des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a formulé plusieurs annonces. Sans pour autant changer de cap.

En réponse aux revendications des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a formulé plusieurs annonces. Sans pour autant changer de cap.

Depuis quelques jours, la Macronie le clamait : le président avait compris le message des Gilets jaunes. A la clé, une orientation plus sociale de son discours et de sa politique et des mesures concrètes à effet immédiat.

Lundi 10 décembre, après un mois de revendications, le président de la République a flirté avec le gaullisme (« je vous ai compris »). Il a par ailleurs posé en préambule les principes de l’État de droit, dénonçant les violences des manifestants, mais aussi l'attitude délétère de certains opposants politiques. 

Au-delà du report de la hausse du prix des carburants - à l'origine du mouvement des Gilets jaunes –, Emmanuel Macron a insisté sur l'exigence de changements rapides, et perceptibles par le plus grand nombre dès le début de l'année prochaine. Pour cela, il a annoncé un train de mesures dont l'augmentation du Smic de 100 euros par mois dès le 1er janvier 2019. Cette hausse, qui s'ajoutera à la revalorisation de 1,8% déjà prévue, ne devrait pas être à la charge des employeurs et pourrait se faire via l'augmentation de la prime d'activité. 

La désocialisation et la défiscalisation des heures de travail supplémentaires – réforme en réflexion depuis plusieurs mois – sera elle aussi effective dès le 1er janvier. Le président a enfin incité les employeurs à verser une prime, défiscalisée, de fin d'année à leurs salariés.

Emmanuel Macron est revenu sur une des mesures les plus critiquées de son programme économique et social, reconnaissant qu'elle n'était pas « juste » : l'augmentation de la CSG. Il a exclu de cette hausse les retraités gagnant moins de 2 000 euros par mois, contre 1 280 euros actuellement. C'est d'ailleurs sur ce point que l'inflexion du discours présidentiel est la plus sensible : jusqu'à présent, Emmanuel Macron avait privilégié les actifs aux dépens des retraités.

Autre mesure qui avait essuyé le feu des critiques : la suppression de l'ISF – à l'exception des revenus du patrimoine. Sur ce point, Emmanuel Macron a refusé de faire marche arrière arguant des effets positifs sur l'emploi d'une fiscalité non stigmatisante pour les plus fortunés. Il a cependant annoncé vouloir intensifier la lutte contre l'évasion fiscale. Il a en outre déclaré souhaiter une participation accrue, mais dont les contours sont encore peu clairs, des grandes entreprises et des plus hauts salaires à l'effort national. 

Le président de la République, qui a appelé à un nouveau contrat national, en a énoncé les principes directeurs : la capacité à vivre (mieux) de son travail, l'importance de la scolarité et de la formation, la meilleure prise en compte de la dette écologique et budgétaire. Face aux revendications de réformes constitutionnelles portées par une partie du mouvement des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a rappelé son programme de campagne, à savoir une réforme certes des institutions mais aussi du travail et de l'assurance-maladie. Il a néanmoins appelé de ses vœux une nécessaire réflexion nationale, qui passerait par la consultation des maires mais aussi des divers acteurs sociaux et associatifs. 

Le discours, court, était destiné à être percutant. Emmanuel Macron ne s'est pas attardé sur l'application concrète des mesures annoncées, ni sur leur financement. L'essentiel n'était pas là : il fallait réaffirmer le rôle présidentiel tout en acceptant quelques compromis. Emmanuel Macron a suivi une double stratégie. Celle de la concession en revenant sur certains points – le prix des carburants, la CSG, la hausse du SMIC. Mais aussi celle du maintien du cap sur les réformes qu'il souhaite depuis le début de son quinquennat. 

Cécile Chevré

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