S.Laisney (Plateau Urbain) : " Les grands groupes ont besoin de se raccrocher à l’économie nouvelle "

En 2013, Simon Laisney, urbaniste et analyste immobilier, créée Plateau Urbain pour développer des initiatives d’urbanisme transitoire qui se proposent de valoriser de façon temporaire des espaces vacants pour des projets économiques et culturels. Aujourd’hui, Plateau Urbain est une société coopérative qui collabore autant avec des propriétaires institutionnels publics que privés. Rencontre.

En 2013, Simon Laisney, urbaniste et analyste immobilier, créée Plateau Urbain pour développer des initiatives d’urbanisme transitoire qui se proposent de valoriser de façon temporaire des espaces vacants pour des projets économiques et culturels. Aujourd’hui, Plateau Urbain est une société coopérative qui collabore autant avec des propriétaires institutionnels publics que privés. Rencontre.

Décideurs. Comment avez-vous eu l’idée de la création de Plateau Urbain ?

Simon Laisney.
À l’origine de toute la démarche se trouve un double constat : celui d’une vacance structurelle de l’immobilier de bureaux en Île-de-France et celui d’une très forte demande d’espaces de travail accessibles pour des initiatives culturelles, associatives ou entrepreneuriales. Parallèlement, j’ai fréquenté des lieux hybrides comme le 6b à Saint-Denis ou UBS London qui permettent à des entrepreneurs et des artistes d’établir leur activité et de faire éclore des projets solidaires et créatifs.  L’idée était de faire se rencontrer ces deux mondes et de proposer une plateforme web de mise en relation. Puis, nous nous sommes aperçus que les propriétaires privés ou publics qui étaient partants pour proposer une occupation temporaire attendaient de nous une gestion complète des lieux, autant technique, juridique, financière que pour l’animation des sites. C’est aujourd’hui une grande partie de notre activité, avec environ 50 000 mètres carrés d’actifs en gestion. 

Vous avez-donc pris en charge tous ces aspects sur un site en particulier ?

Les premières occupations que nous avons réalisées nous ont conduits à définir Plateau Urbain dans sa forme actuelle. Pour les Grands Voisins, qui sont situés sur le site de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, nous nous sommes chargés au départ de définir le modèle économique et les conditions de mise en place des appels à candidature pour occuper les espaces dédiés aux activités. Rapidement, les aspects techniques sont devenus des enjeux majeurs et nous sommes montés en compétence sur ce sujet. Gautier Le Bail, actuellement cogérant de notre coopérative, a pris la direction technique de l’occupation temporaire : un peu plus de 40 000 mètres carrés sur 3,4 hectares, une véritable petite ville.  Avec les Petites Serres, projet développé pour Novaxia dans le 5e arrondissement de Paris, nous étions en gestion directe du bâtiment. À partir de cette expérience, nous avons décidé de privilégier ce mode, en prenant à bail les lieux puis en les sous-louant. Nous avons en ce moment une dizaine de sites en gestion directe, ce qui permet d’asseoir notre structure, tout en poursuivant des projets partenariaux selon les opportunités, pour de l’hébergement d’urgence en particulier.  Autre avancée, MAIF Investissement Social et Solidaire et Novaxia sont sociétaires de notre coopérative depuis juin dernier.


De nombreux projets solidaires intègrent les lieux pris en charge par Plateau Urbain. Quelle est votre vision ?

Ces lieux permettent l’éclosion et la formation de projets d’économie solidaire et circulaire. C’est la caractéristique fondamentale de nos sites d’urbanisme temporaire.  Il y a un mouvement très constructif du monde de l’entreprise privée qui commence à s’impliquer sérieusement. Les grands groupes ont besoin de se raccrocher par des actions concrètes à l’économie nouvelle et de faire vivre de manière authentique leur politique RSE. 

Comment procédez-vous pour redonner vie à des bureaux ou des sites abandonnés ? Avez-vous une méthode éprouvée ?

Notre approche est différente quand les sites sont situés en centre-ville ou dans des zones plus excentrées. Par exemple, notre toute récente occupation avec la Sogecap d’un bâtiment situé dans le QCA parisien illustre bien notre action sur les sites parisiens.  Notre process suit une logique bien rôdée : phase de montage avec le propriétaire, étude économique, sélection de porteurs de projets avec un critère de mixité des activités, d’apport au quartier, de besoin de locaux et une envie de participer à un projet collectif.  La gouvernance interne du lieu s’adapte ensuite autant au site, son histoire et son architecture, qu’aux personnes accueillies.  Ce projet d’occupation temporaire propose des locaux de bureaux et ateliers au prix des charges, c’est à dire correspondant à environ 15% du montant des loyers du marché de bureaux du même quartier. En grande couronne, à Antony, sur un site de 17 000 mètres carrés, nous privilégions l’ancrage local et identifions les réseaux d’économie sociale et solidaire. Mais il n’y a pas de recette miracle pour générer un écosystème qui marche et produit des rencontres intéressantes. Nous apportons surtout des outils, qui s’adaptent à chaque territoire.


L’urbanisme transitoire est-il un mode en voie d’institutionnalisation ?

Le cycle de confiance est incontestablement engagé, autant avec les propriétaires publics que privés. On s’appuie désormais sur des expériences réussies, et nous avons tous les outils (juridiques, techniques, numériques) pour rassurer les parties prenantes. Aujourd’hui la collaboration est en cours avec des propriétaires institutionnels. Je citais pour Plateau Urbain notre occupation du bâtiment de la Sogecap dans le QCA mais il est intéressant de noter que Bouygues Immobilier, ou la SNCF internalisent l’occupation temporaire. Je trouve cela très positif car il y a une forme de spontanéité dans la manière dont ces groupes s’emparent du sujet. L’immobilier est un domaine où l’on n’a pas souvent l’occasion d’expérimenter. Les sites d’urbanisme transitoire sont des dents creuses où l’on peut tester, innover, expérimenter, voire même se tromper. En revanche, c’est le dernier poumon de la ville qui fonctionne en dehors de la logique marchande et capitalistique. Il faut prêter une attention particulière pour le préserver. J’espère que ces grands groupes en ont conscience. Ces sites constituent des laboratoires programmatiques et contribuent également à réfléchir sur le devenir de l’immobilier, sur les besoins de la ville de demain. Il y a en Île-de-France plus de 3,6 millions de mètres carrés de bureaux vacants. De nouvelles formes d’urbanisme solidaire et un grand nombre d’initiatives vont être testées. Quant à notre coopérative, elle œuvre pour l’accessibilité des espaces aux plus grand nombre et un immobilier solidaire accessible à tous.
 

Propos recueillis par Laetitia Sellam

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