Second tour : qui va réussir son Paris ?

A trois semaines du second tour des municipales, la bataille de Paris, libérée, déconfinée, a repris ses droits. Revue des forces et faiblesses en présence.

A trois semaines du second tour des municipales, la bataille de Paris, libérée, déconfinée, a repris ses droits. Revue des forces et faiblesses en présence.

Un boulevard… Mettez-y ou non des vélos, des couloirs de bus ou des embouteillages, peu importe, mais en tous les cas s’ouvre un vrai et un grand boulevard vers la victoire au second tour pour Anne Hidalgo et celui qui aurait parié là-dessus, voici un an, aurait alors été perçu sinon fou, a minima comme un afficionado. Certes, il faut raison garder, les surprises électorales, Paris en a connu dans son passé et les différents candidats ont devant eux trois semaines de campagne, mais les dynamiques arithmétiques et politiques, prime au sortant notamment, favorise l’édile socialiste.

Des écologistes démunis

Si les 30 % recensés au premier tour ne constituent pas, loin s’en faut, une performance ébouriffante pour une maire sortante (en baisse de 5 points par rapport à 2014), c’est l’émiettement de ses adversaires politiques qui lui laisse la possibilité de s’engager vers ce boulevard précédemment évoqué. Avec un peu moins de 23 % des voix, Rachida Dati, candidate LR, fait 13 points de moins que Nathalie Kosciusko-Morizet lors de la précédente élection et ne parvient pas à s’imposer au-delà des bastions habituels LR de l’Ouest parisien et personne ne la voit renverser la tendance qui plus est dans une élection de type PLM (comme Paris Lyon Marseille). En effet, dans ce cadre législatif particulier, il ne suffit pas de remporter la majorité des suffrages pour devenir maire puisque les électeurs élisent un maire d'arrondissement et désignent des conseillers municipaux qui, dans un troisième tour, éliront le maire de la ville. Un jeu improbable ou, à tout le moins, des plus difficiles pour l’ancienne Garde des Sceaux pour reconquérir les arrondissements « bascule » (XIIème, XIVème) et espérer l’emporter.

Avec un peu moins de 23 % des voix, Rachida Dati, candidate LR, fait 13 points de moins que Nathalie Kosciusko-Morizet lors de la précédente élection.

Les écologistes eux, emmenés par David Belliard, s’ils progressent de 2 points par rapport à 2014, ne profitent pas de l’élan des européennes et se sont retrouvés démunis au moment de négocier avec Anne Hidalgo lors des tractations bouclées le 3 juin dernier. Résultat pour EELV : une mairie d’arrondissement dans l’escarcelle (comme c’est le cas depuis 2001) et une remise à plat aux contours assez flous concernant quelques grands travaux d’aménagement dans la capitale (le quartier Bercy-Charenton notamment) : au final, un maigre butin.

LREM : les sept plaies d’Égypte

Reste à évoquer le cas LREM, essoré après une campagne qui, en guise de boulevard, nous en a offert son théâtre, mais dont les enseignements après examen, méritent une grille d’analyse plus fine que l’ironie facile.

Pourtant, une plongée dans la carte électorale parisienne au lendemain des européennes de 2019 apparaît de prime abord assez édifiante puisqu’avec près de 33 % des voix pour la liste LREM conduite par Nathalie Loiseau (et des pointes à près de 40 % dans une dizaine d’arrondissements), le parti présidentiel pouvait escompter un score autrement plus flatteur aux municipales que les 17 % d’Agnès Buzyn. D’évidence plusieurs explications s’imposent, avec en premier lieu la candidature dissidente d’un Cédric Villani vexé de n'avoir point été désigné. Le caporalisme n’étant pas encore une spécialiste enseignée au sein du parti majoritaire, la vilénie de Villani tuait déjà dans l’œuf les espoirs de conquête parisienne. Avec ses 8 %, qu’ils soient noirs ou de maître, le mathématicien perd sur tous les tableaux. Pis, en se maintenant dans le seul arrondissement, le XIVème, où il a dépassé les 10 % nécessaires à une qualification pour le second tour, il a réussi à désorienter la gauche, la droite et ses électeurs : en même temps…

Avec près de 33 % des voix pour la liste LREM, le parti présidentiel pouvait escompter un score autrement plus flatteur aux municipales que les 17 % d’Agnès Buzyn.

Pour autant, il ne s’agirait pas de faire porter au titulaire de la médaille Fields l’entière responsabilité de l’échec de LREM. Car, au passif d’ « En Marche », il convient d’ajouter un début de campagne médiocre pour Griveaux (tel l’annonce mal préparée du Central Park en lieu et place de la Gare de l’Est), l’affaire de mœurs ayant touché le candidat, les débuts de l’épidémie et les confessions printanières, disons abruptes, d’Agnès Buzyn.

Chacun conviendra qu’au sortir de ces sept plaies d’Égypte, peu se serait maintenu à 17 %. Preuve que la sociologie électorale propre à la capitale peut demeurer un atout pour le futur du parti macroniste qui, d’inexistant voici 6 ans, va pouvoir et devoir apprendre à entrer dans le jeu municipal parisien. Avec un nouveau rôle : celui d’opposant.

Sébastien Petitot

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