Se préparer aux défis climatiques : trente propositions de l’APCC

Interpellés par l’intensité de la crise sanitaire du Coronavirus, les experts de l’Association des Professionnels en Conseil Climat Énergie et Environnement (APCC) anticipent de nouvelles crises, tout aussi violentes, et publient leur rapport : “Tirer les enseignements de la crise du COVID-19 pour mieux se préparer au défi climatique”. Analyse de son contenu.

Interpellés par l’intensité de la crise sanitaire du Coronavirus, les experts de l’Association des Professionnels en Conseil Climat Énergie et Environnement (APCC) anticipent de nouvelles crises, tout aussi violentes, et publient leur rapport : “Tirer les enseignements de la crise du COVID-19 pour mieux se préparer au défi climatique”. Analyse de son contenu.

L’APCC, inquiétée par les proportions prises par la pandémie et ses conséquences a publié un rapport venant enrichir l’offre, déjà importante, de propositions pour un nouveau départ. De WWF à Egis, bon nombre d’associations, d’entreprises ou de consortiums ont partagé leur plan de relance, leurs suggestions et propositions pour une reprise économique “verte”, formant un véritable océan dans lequel, se perdre, est chose aisée. Cependant, l’APCC a la particularité d’être une association composite, elle même constituée de quarante deux membres, parmi lesquels des bureaux d’études, agences de conseil, réseaux d’audit et autres entreprises, multipliant ainsi les points de vue et les expertises. Le document de l’APCC, compilant trente propositions, met à l’honneur la résilience, le changement de trajectoire, et interroge profondément les structures sociétales, des moyens de prélèvements et des stratégies environnementales. 

Accompagner les organisations et les territoires 

L’APCC organise ses propositions en deux catégories distinctes. La première, “accompagner les organisations et les territoires”, vise à inscrire les organisations et territoires sur une trajectoire compatible avec une neutralité carbone en 2050. Cette partie, compilant quinze propositions différentes met l’accent sur la précision de l’action à mener. Les actions des entreprises et des collectivités doivent, selon l’APCC, être mesurées, encouragées, et être rendu obligatoires pour le plus d’acteurs possibles. Ainsi, l’organisation estime qu’une priorisation des actions est incontournable et doit se faire par la déclinaison de “la stratégie nationale bas carbone sous forme de guide méthodologique par secteur” et par la précision des “contours méthodologiques ainsi que [du] dispositif de suivi et de contrôle du Plan de Transition”

Une fois la hiérarchisation des tâches effectuée, l’association suggère également l’utilisation et la diffusion massive de la méthode ACT mise en place par l’Ademe qui permettrait d’“évaluer par une notation précise les engagements environnementaux pris par l’entreprise et ses résultats”. Pour ce faire, une subvention destinée aux entreprises l’ayant adoptée, pour les trois premières années, ainsi que le développement d’aides pour les entreprises les moins performantes sont préconisée par l’APCC. De plus, pour soutenir cet effort national, l’Etat doit selon le document agir de manière exemplaire, et doit constituer le fer de lance de la lutte contre le changement climatique en mettant en place le Plan de Transition le plus rapidement et efficacement possible. 

De leur côté, les territoirs, avec en ligne de mire l’engagement étatique, pourront rassembler l’ensemble de leurs initiatives et actions au sein de Plans de Transition Territorial, afin de gagner en efficacité. Le rapport l’envisage comme un “document de planification stratégique englobant toutes les politiques publiques locales”. Il est d’ailleurs suggéré que ces plans soient élaborés en partie par des citoyens tirés au sort, sur le modèle de la Convention Citoyenne pour le Climat. 

Rassembler autour d’une culture du risque 

Fort d’une vision relativement pessimiste, le document met en garde contre les crises à venir, la pandémie du Covid 19 n’étant que la première d’une longue lignée selon les auteurs. Pour faire face à des crises systémiques de pareille voire plus grande ampleur, le rapport encourage à développer la résilience des différentes nations en tirant les enseignements des structures ayant réagi le plus efficacement, afin de développer une “culture du risque”, et en développant une “gouvernance de la résilience”, à tous les niveaux de prise de décisions politiques. 

Pour s’assurer que l’économie est suffisamment résistante et préparée à l'avènement de nouvelles menaces, il est recommandé par l’association de renforcer les dispositifs d’aides aux entreprises oeuvrant au sein de l’économie sociale et solidaire, afin d’assurer leur bonne santé, garante de la capacité de la société à absorber les chocs en cas de crise. Le taux de retour énergétique (TRE ou EROI), le bien-être, l’inclusion sociale ou la sécurité énergétique sont, selon le document, autant d’“indicateurs systémiques” qui pourraient permettre de prendre le poul des différentes organisation, et de mesurer leur résilience. 

Afin d’assurer le succès des autres recommandations, il est impératif selon l’association, d’aligner la fiscalité sur ces objectifs. Ainsi, la taxation doit s’appliquer aux activités générant des externalités négatives affectants l'environnement ou la santé, mais elle doit également être adaptative et prendre en compte la nature des sources d’énergie, leur disponibilité et leur impact environnemental. Ces efforts fiscaux et financiers doivent converger vers un même objectif : faire de l’indicateur carbone un vrai facteur de décision. Il est essentiel pour l’APCC, qu’une entreprise puisse engager ou renoncer à un projet en fonction de son bilan carbone, sans se référer uniquement aux coûts purement financiers. 

Enfin, l’orientation et le conditionnement des investissements forment le dernier point critique du rapport, avec comme propositions l'indexation des salaires des agriculteurs sur l’“entretien des espaces, de la forêt et des aménités environnementales”, ou encore des investissements publics dirigés vers les champions industriels nationaux, assortis de conditions de transformation, pour rentrer dans les clous des accords de Paris. Le rapport accorde une place très importante à l’Etat français qui doit faire office d’exemple et être à l’origine d’un effet de levier, affectant ensuite la transformation de l’ensemble des territoires. Le succès d’un plan de ce type est donc en grande partie entre les mains des donneurs d’ordres, la balle est dans le camp du gouvernement. 

Par Thomas Gutperle

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