Schneider Electric et Dassault Systèmes : cap vers la tech

Des entreprises historiquement industrielles peuvent pivoter peu à peu leur business model. En France, c’est notamment le cas de Schneider Electric, passé des hauts fourneaux du Creusot à leader de l’urbanisme. Ou de Dassault Systèmes qui affronte IBM pour la suprématie mondiale dans la santé numérique.

Des entreprises historiquement industrielles peuvent pivoter peu à peu leur business model. En France, c’est notamment le cas de Schneider Electric, passé des hauts fourneaux du Creusot à leader de l’urbanisme. Ou de Dassault Systèmes qui affronte IBM pour la suprématie mondiale dans la santé numérique.

Non, les géants de la tech ne sont pas uniquement bâtis par des entrepreneurs visionnaires partis de rien sauf d’une idée. Il existe une autre voie : celle d’une société établie qui, peu à peu, fait basculer son modèle économique. Jusqu’à faire des nouvelles technologies et plus particulièrement du software, son cœur de métier. Aux États-Unis, c’est notamment le cas d’IBM qui, sous la houlette de Virginia Rometty est passé du hardware au software. L’Hexagone suit la tendance et deux entreprises, Dassault Systèmes et Schneider Electric constituent un cas d’école.

La révolution permanente

Fleuron de l’industrie du Second Empire, le groupe Schneider, fondé par les frères Eugène et Adolphe, est à l’origine centré sur la métallurgie. Des mythiques usines du Creusot sont sortis rails, poutres métalliques, mais aussi canons utilisés durant le premier conflit mondial. Lorsque l’"industrie à l’ancienne" a commencé à quitter le Vieux Continent, le groupe a pris conscience d’une chose : sa survie passe par l’innovation. Nommé en 1980 à la tête d’un canard boîteux qui multiplie les pertes, l’industriel Didier Pineau-Valencienne met en place un grand nettoyage car, selon lui, "il ne reste plus rien sauf un immense potentiel". Le groupe se sépare brutalement de toutes les activités qui ne sont pas liées à l’industrie électrique : les divisions ferroviaires (Carel Fouché Industrie, MTE, Schneider-Jeumont Rail) sont cédées à Alstom en 1987. Pour bien marquer l’entrée dans le capitalisme mondialisé, les actionnaires se débarrassent des dirigeants les plus "tradis" tels que le baron Édouard-Jean Empain. Bienvenue dans le nouveau monde… et dans un nouveau groupe, puisqu’en 1999 il prend le nom de Schneider Electric.

Pour Dassault Systèmes, les choses sont différentes. Ce n’est pas l’obsolescence du modèle qui a forcé à la transformation. Le scénario est plutôt celui d’un petit département qui grossit, grossit, jusqu’à devenir un géant. En 1981, l’avionneur Dassault confie à une quinzaine de  "geeks maison" la mission de créer un logiciel de conception assistée par ordinateur pour aider à la fabrication d’avions. C’est ainsi qu’est née Catia (soit conception assistée tridimensionnelle interactive Appliquée), une belle qui fera bien des envieux. Très vite, tout le secteur industriel, notamment automobile, se montre intéressé par la trouvaille.

Patrons leaders

C’est sous l’impulsion de Bernard Charlès, qui rejoint Dassault Systèmes, en 1983, que la filiale se mue peu à peu en géant de la tech. À coups de rachats et de débauchages d’ingénieurs, l’industriel hexagonal rivalise avec les autres développeurs mondiaux de logiciels BtoB, tels que l’allemand SAP. À l’instar des Gafa, le groupe peut se vanter de posséder un campus dernier cri de 45 000 m2 à Vélizy-Villacoublay, et un autre situé à Waltham dans le Massachussetts, où planchent 800 ingénieurs. Malgré tout, le groupe garde et revendique ses racines françaises.

Le campus de Dassault Systèmes n'a rien à envier aux Gafa

Tout le contraire de Schneider Electric devenu une véritable entreprise transnationale, notamment grâce au rachat de 130 entreprises entre 2004 et 2010 pour un total de 15 milliards d’euros. Citons notamment le fournisseur de solutions intégrées pour l’industrie American Power Conversion ou encore Areva Transmission et Distribution. Si Didier Pineau-Valencienne et son successeur Henri Lachmann ont joué un rôle central, la renaissance est également liée à Jean-Pascal Tricoire, à la tête du groupe depuis 2006. Ce véritable globetrotteur a compris dès sa prise de fonction l’importance d’être présent partout dans le monde. Basé à Hongkong depuis 2011, parfaitement à l’aise en mandarin, il pilote une entreprise dont le comité de direction est installé sur trois continent, une exception dans les entreprises du CAC40. Sous sa direction, Schneider Electric dépense 6% de son chiffre d’affaires en R&D et se dote de cinquante centres de recherche répartis dans vingt-cinq pays, travaillant étroitement avec des laboratoires universitaires ou d’autres grands groupes privés tels que Toshiba, Microsoft ou l’indien Tata. En France, le principal centre de recherche du groupe, situé en Isère, comporte 7 000 m2 de laboratoires.

Internationalisation, Innovation : les deux piliers développés par Jean-Pascal Tricoire ont permis à l’ancien fabricant de rails et de canons de devenir leader mondial de la distribution électrique (optimisation de l’énergie, sécurité électrique). Schneider est également un poids lourd dans le secteur des automatismes (robots d’usines, détecteurs de mouvement…).

Schneider Electric fait partie des entreprises les plus durables du monde

Présent heureux, futur radieux

2019 est une année faste pour Schneider Electric qui a signé une année record. Et les perspectives s’annoncent prometteuses, puisque le groupe se positionne peu à peu dans l’aide à la construction de villes et de machines plus intelligentes et plus autonomes en énergie. Un apport concret à la lutte contre le réchauffement climatique, loin que du simple green-washing, qui permet à la société d’être reconnue comme l’une des cent entreprises les plus durables du monde par le magazine Corporate Knights.

Chez Dassault Systèmes, tous les voyants sont également au vert. Le virage vers le software, s’il a suscité des changements profonds, permet d’obtenir des résultats probants. Désormais leader mondial des logiciels de simulation industrielle, Dassault Systèmes peut se targuer d’un CA 2019 de 4 milliards d’euros en hausse annuelle de 16%. Le groupe s’est constitué un trésor de guerre qui lui permet de grandir grâce à la croissance externe. C’est ainsi qu’en 2019, il a mis la main sur l’américain Medidata et ses 2 000 salariés pour un coût de 5,8 milliards de dollars. Si la somme est importante, les ambitions nourries par Bernard Charlès le sont tout autant : il s’agit de devenir le premier groupe mondial dans le domaine du logiciel de santé. Une feuille de route dévoilée par le PDG le 6 février 2020 : "Nous sommes en mesure d’appliquer les connaissances et le savoir-faire que nous avons acquis dans le monde de produits au monde des vivants. Nous partons en conquête". De quoi faire trembler des mastodontes comme IBM et sa filiale Watson Health. Cocorico !

Lucas Jakubowicz

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