Sanofi et Bioverativ, un deal sans effusion de sang

Sanofi a enfin mis un pied dans le secteur des maladies rares ! En rachetant la biotech américaine Biovertiv pour 11,6 milliards de dollars, Sanofi s’est enfin renforcé après deux échecs de rachats. Les promesses des biotechnologies risquent toutefois de mettre du temps à se concrétiser.

Sanofi a enfin mis un pied dans le secteur des maladies rares ! En rachetant la biotech américaine Biovertiv pour 11,6 milliards de dollars, Sanofi s’est enfin renforcé après deux échecs de rachats. Les promesses des biotechnologies risquent toutefois de mettre du temps à se concrétiser.

Jusqu’à présent les patients atteints d’hémophilie n’avaient pas d’autres choix que de multiplier les transfusions sanguines pour se soigner. Ce traitement contre la première des maladies rares au monde était particulièrement éprouvant et coûteux. La révolution des biotechnologies, la science de la manipulation du vivant, a ainsi suscité de grands espoirs chez les spécialistes du secteur, et fait décoller un marché longtemps en berne. Estimé aujourd’hui à 10 milliards de dollars, le secteur de l’hémophilie connaît une croissance de 7% par an.

Bioverativ a été une des premières à développer un traitement fondé sur une thérapie innovante de la maladie. En lieu et place des transfusions traditionnelles, l’entreprise basée à Boston, ancienne division hémophilie de Biogen, a développé des protéines artificielles qui s’attaquent à la maladie. Ces deux traitements ciblent les deux formes les plus courantes de l'hémophilie, A et B. En rachetant la pépite, Sanofi s’est ainsi voulu particulièrement optimiste sur les gains escomptés. Le groupe pharmaceutique a promis un gain jusqu'à 5% du bénéfice net par action pour l'exercice 2019 grâce à ce rachat. Il a misé également sur un retour sur investissement en 3 ans. Pourtant, le deal a fait pousser quelques cris d’orfraie à certains analystes. Le rachat à 11,6 milliards valorise l’action de la biotech à 105 dollars, soit une prime de 64 % par rapport au cours de clôture lors du deal.

Sanofi acculé

Mais Sanofi avait-il le choix ? Après deux tentatives de rachats ratés, des biotechs Medivation et Actelion, soufflées respectivement par Pfizer et Johnson & Johnson, le temps pressait. Très présent sur les maladies grand public, le groupe doit absolument compenser le déclin de ses ventes de Lantus, son médicament phare contre le diabète tombé récemment dans le domaine public. Il a également dû affronter le fiasco de son vaccin contre la dengue, lancé en 2016. Cap alors a été mis sur les biotechnologies, enfin efficaces et dont les marchés croissent rapidement. D’autant que Bioverativ apporte d’autres relais de croissance potentielle. Elle prépare des traitements contre l’agglutinine froide, actuellement en Phase III, la drépanocytose et la thalassémie.

Un deal intelligent

Pour réussir ce coup, Sanofi conseillé par Lazard a eu l’intelligence d’apprendre de ses erreurs. Il a notamment misé sur Alex Denner, actionnaire activiste de Sarissa Capital - ancien protégé de Carl Icahn - qui possédait des parts dans Bioverativ. Cette stratégie lui a évité de reproduire ses maladresses, comme avec Actelion lorsqu’il a demandé dans la dernière ligne droite de modifier les termes du deal. Reste que le pari de Sanofi est risqué. Les premières technologies d'édition de gènes risquent de ne pas arriver sur le marché avant 2020-2021, dans le meilleur des cas. Il devra également se confronter à l’offensive de groupes comme Roche, qui s’apprête à lancer son propre médicament contre l'hémophilie A, Shire, leader du marché, et de Novo Nordisk, qui ont fait de l'hémophilie une priorité. Un deal intelligent, mais risqué.

Florent Detroy

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