S. Vidal (Primonial) : "Nous devrions accueillir un nouvel actionnaire aux cotés de Bridgepoint"

Détenu depuis 2017 par le fonds d'investissement Bridgepoint, Primonial a fait récemment l'objet de nombreuses rumeurs concernant un changement d'actionnaire. Son président, Stéphane Vidal, nous éclaire sur la situation capitalistique du groupe, son endettement et l'intégration de la Financière de l'Echiquier. Il nous dévoile également les contours de sa nouvelle offre en capital investissement, PrimoPacte.
Stéphane Vidal

Détenu depuis 2017 par le fonds d'investissement Bridgepoint, Primonial a fait récemment l'objet de nombreuses rumeurs concernant un changement d'actionnaire. Son président, Stéphane Vidal, nous éclaire sur la situation capitalistique du groupe, son endettement et l'intégration de la Financière de l'Echiquier. Il nous dévoile également les contours de sa nouvelle offre en capital investissement, PrimoPacte.

Les bruits autour d’un éventuel changement d’actionnaire ont pu interroger vos clients et distributeurs. Qu’en est-il ?

Stéphane Vidal. Il n’y a que du positif. Bridgepoint est entré à notre capital en 2017 au moment où nous avions deux ambitions : densifier certaines classes d’actifs, notamment l’asset management, et internationaliser notre activité. Pour concrétiser ces projets, nous avions besoin de moyens. L’arrivée de nouveaux actionnaires nous a donc permis de réaliser quatre opérations en dix-huit mois : une prise de participation majoritaire dans Aviarent, un asset manager immobilier allemand, 40% de La Financière De l’Echiquier, la montée à 100% dans Primonial REIM qui étaient encore détenues pour 30% par U.F.F. Banque, et la plateforme Leemo avec Foncia. Nous avons fait sur une courte période ce que nous avions prévu de faire en trois ou quatre ans. Nous nous sommes donc interrogés avec Bridgepoint sur l’intérêt de faire évoluer le capital afin de disposer de nouveaux moyens supplémentaires pour continuer notre croissance. Le modèle économique du Groupe est solide, notre potentiel en France et en Europe est très grand, et notre capacité à fédérer de nouvelles structures indéniable. Nous avons reçu un soutien appuyé de nos partenaires bancaires, notamment après le bon ranking du Groupe obtenu auprès des trois principales agences de notation.

"Bridgepoint va très probablement rester un actionnaire important du Groupe"

Vous parlez de faire évoluer votre capital. Ce ou ces nouveaux actionnaires viendraient-il aux côtés ou en lieu et place de Bridgepoint ?

L’intérêt d’un mouvement capitalistique est d’être capable d’attirer des financiers ou des industriels à nos côtés pour déployer avec eux des synergies. Cela devrait se concrétiser prochainement. L’idée n’est pas de bouleverser la structure, le cadre du groupe. Bridgepoint va très probablement rester un actionnaire important du Groupe. Cette évolution se fera dans la continuité. Ce process a comme vertu de continuer à faire grandir le groupe, notamment à l’international, à jouer un rôle actif dans la consolidation de notre industrie, et à continuer de proposer de nouvelles innovations à nos clients.

À l’image du groupe Crystal/Finaveo ou de Tikehau, un modèle de plateforme patrimoniale au sens large est en train d’émerger. C’est la voie à suivre pour les acteurs de ce marché ?

Je le pense. On ne peut plus fonder une stratégie uniquement sur le produit. J’ai vécu des évolutions identiques dans d’autres secteurs d’activité. Le parcours client devient de plus en plus important. Les petites sociétés de gestion sont contraintes par des obligations réglementaires très lourdes et des investisseurs, retail et institutionnels, de plus en plus exigeants. Une société qui ne maîtrise pas sa distribution, et inversement, aura bien des difficultés à exister. Ce n’est pas pour autant qu’il faille abandonner l’architecture ouverte. Au sein du groupe Primonial par exemple, nous n’hésiterons pas à faire appel à des fonds ou partenaires extérieurs pour disposer d’un savoir-faire spécifique que nous ne souhaitons internaliser.

Vous êtes très présents sur les marchés de l’immobilier et de l’asset management, mais beaucoup moins présents en private equity. Quelle est votre stratégie pour vous développer sur ce segment d’activité ?

Ce sera en effet une de nos principales innovations de la rentrée puisque nous allons lancer à la rentrée le premier fonds de fonds de private equity de qualité institutionnelle avec une liquidité accrue : PrimoPacte. L’objectif sera de reproduire les ingrédients qui ont fait le succès de notre offre immobilière, c’est-à-dire faciliter l’accès des épargnants particuliers à une classe d’actifs réservée jusqu’ici aux institutionnels, tout en garantissant la liquidité. Mais il faudra attendre septembre pour en savoir plus !

"Nous allons lancer le premier fonds de fonds de private equity de qualité institutionnelle avec une liquidité accrue : PrimoPacte"

Quel regard portez-vous sur la nouvelle accélération de la collecte des SCPI ?

Cette collecte est la conséquence du retour de la volatilité sur les marchés financiers, qui a réorienté les clients des OPCVM au profit des SCPI, perçues comme une classe d’actifs rentable, avec une moindre volatilité. Primonial REIM a été l’un des principaux bénéficiaires de cette tendance avec une collecte de 1,39 Md€ en 2017, de 911 M€ en 2018 et une dynamique qui reste très forte au premier semestre 2019. Sachant que dans une allocation d’actifs équilibrée les investissements en SCPI et OPCVM sont parfaitement complémentaires et que les OPCVM de LFDE profitent également d’une dynamique positive grâce à de très bonnes performances depuis le début de l’année.

Comment absorbez-vous un tel afflux de capitaux en SCPI ?

Il faut être très volontaires dans notre politique d’acquisition mais aussi très mesurés. Nous nous appuyons notamment sur une plus grande diversification géographique - puisque nous investissons dans plusieurs pays d’Europe - et sectorielle. Il faut aller dans des secteurs d’activité dont le cycle économique est décorrélé du cycle traditionnel. Notre SCPI Primovie est ainsi investie dans les secteurs de la santé, la vie et l’éducation. Quel que soit le taux de chômage ou de croissance, il y aura toujours besoin de crèches, d’écoles ou d’Ehpad. Nous avons été les premiers à prendre ce virage. Primonial est devenu leader sur ce segment avec 6 milliards d’euros de murs de santé détenus en Europe. Nous profitons, par ailleurs, des taux extrêmement bas, nous permettant d’activer des lignes de crédit court terme si besoin pour prendre un peu d’avance sur nos acquisitions. Nos équipes sont très reconnues pour leur sérieux et leur capacité d’exécution.

Perial et La Française AM ont lancé leur véhicule d’investissement dédié à la thématique du Grand Paris. Avez-vous été tenté de les imiter ?

Laurent Flechet, le DGD du Groupe en charge de l’Immobilier et Grégory Frapet le Président du Directoire de Primonial REIM ont fait le choix de ne pas avoir de véhicule dédié. Le Grand Paris est un vrai créateur de valeur dans l’immobilier. C’est un game changer pour certains quartiers franciliens grâce au nouveau réseau de transports en commun. Nous sommes bien sûr très intéressés par cette thématique d’investissement mais nous préférons jouer la carte du Grand Paris au sein de nos véhicules d’investissement existants plus diversifiés.

 "Je ne vois pas l’avantage de l’euro croissance par rapport aux solutions que nous proposons déjà"

Avec la loi Pacte, le législateur a l’ambition de redonner un second souffle aux fonds en euros croissance. Y croyez-vous ? Pensez-vous lancer votre propre fonds euro-croissance ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne vois pas l’avantage de l’euro croissance par rapport aux solutions que nous proposons déjà. Nous sommes très satisfaits de Target et de Sérénipierre, nos deux fonds en euros positionnés respectivement sur les marchés financiers et sur l’immobilier. Ce sont des placements à la fois liquides, à capital garanti et performants. Des caractéristiques demandées par nos clients. Nous réfléchissons à lancer un nouveau fonds en euros fondé sur de nouvelles classes d’actifs.

Avec la loi Pacte, a-t-on loupé le virage de la transférabilité totale de l’assurance-vie ?

Je ne crois pas à la transférabilité entre assureurs, en raison de problématiques comptables importantes. C’est ce qu’il faudrait faire du point de vue de l’épargnant, mais cela ne se concrétisera probablement pas dans l’immédiat. Certains contrats très anciens sont fermés depuis longtemps et, en tant qu’épargnant, je n’aimerais pas subir cela. Si transférabilité interne peut permettre aux clients de ces compagnies d’assurance d’accéder à une gamme de contrats plus moderne alors ce sera déjà une première avancée.

Et concernant l’épargne retraite ?

En créant le Plan d’épargne retraite (PER), le législateur a établi un corpus de règles unique à tous les contrats. Cette simplification est une excellente nouvelle, tout comme la transférabilité de l’assurance-vie vers cette enveloppe. J’ai la conviction que l’épargne retraite bénéficiera de plus de souscriptions grâce à l’option de sortie en capital, disposition essentielle de la réforme. Le conseiller en gestion de patrimoine aura un rôle essentiel pour protéger et accompagner le souscripteur dans ses prises de décision, notamment lorsque se pose le choix de la rente ou du capital.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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