S. Castellan-Poquet (Macif) : "La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis est technologique"

Sur fond de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et une gestion toujours plus automatisée, Sabine Castellan-Poquet, Directrice des investissements du groupe Macif, anticipe une volatilité encore élevée sur les marchés financiers.
Sabine Castellan-Poquet

Sur fond de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et une gestion toujours plus automatisée, Sabine Castellan-Poquet, Directrice des investissements du groupe Macif, anticipe une volatilité encore élevée sur les marchés financiers.

Décideurs. Alors que l’on pensait que les désaccords commerciaux entre la Chine et les États-Unis étaient en voie de résolution, l’administration américaine vient de relever les droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois tandis que Pékin a riposté avec une hausse des taxes visant 60 milliards de produits américains importés. Cette situation influence-t-elle votre politique d’investissement ?

Sabine Castellan-Poquet. Cela faisait partie des risques identifiés en début d’année avec notre Asset manager, OFI AM. Cette guerre commerciale, qui est aussi une guerre technologique, risque de se déplacer sur le terrain des marchés de changes. Les politiques monétaires orchestrées par les banques centrales européennes et américaines demeurent, par ailleurs, très accommodantes. Les taux d’intérêt vont donc rester bas encore quelque temps. La volatilité devrait, quant à elle, rester élevée en raison de l’influence de la gestion quantitative et des décisions de gestion automatisées. Si nous sommes des investisseurs de long terme, cela ne nous empêche pas de prendre des positions plus tactiques. Cela nous a d’ailleurs été profitable.

Après plusieurs semaines de hausse, les marchés actions, notamment français, se contractent de nouveau. Quelles sont vos positions actuelles ?

Nous attendons une vague de correction supplémentaire de l’ordre de 3 % à 5 % pour entrer de nouveau sur les marchés à des niveaux attractifs. D’un point de vue géographique, nous sommes très majoritairement positionnés sur l’Europe, et notamment sur la zone euro. Les valorisations du marché européen nous semblent aujourd’hui plus intéressantes que celles des États-Unis. Investir dans les marchés de la zone euro nous permet également de limiter le risque de change.

« Nous avons veillé à ne pas trop allonger la duration de notre portefeuille obligataire »

La Fed a récemment marqué un coup d’arrêt dans sa hausse des taux tandis que la BCE maintient une politique monétaire accommodante. Comment vous adaptez-vous à cette situation ? Quelle politique d’investissement appliquez-vous pour votre portefeuille obligataire ?

Nous sommes toujours vigilants sur la maîtrise des risques. Nous avons donc veillé à ne pas trop allonger la duration de notre portefeuille. Celui-ci n’est pas investi sur des obligations à haut rendement en direct mais par l’intermédiaire de fonds, dans des proportions moins importantes. Dans la mesure du possible, nous couvrons le risque de change. De facto, investir dans des obligations en dehors de la zone euro est moins intéressant car cela réduit leur performance. La diversification internationale sur les taux est par conséquent assez faible.

Le groupe Macif est fortement engagé dans l’investissement responsable. Comment se concrétise ce positionnement dans la gestion de votre portefeuille actions ?

C’est un sujet très important pour nous. Nous mettons en œuvre une stratégie d’investissement responsable sur toutes les classes d’actifs. Nous intégrons les critères ESG pour réaliser notre sélection d’actifs ou de fonds. Nous avons la conviction que cette analyse est créatrice de valeurs, de performances et permet de diminuer les risques. Plus de 40 % de nos fonds sont dits « responsables », même s’ils ne sont pas tous labellisés comme tels. Nous détenons également au sein de nos portefeuilles des fonds thématiques (finance positive…). Notre volonté est de faire progresser d’année en année la part de nos investissements sur les fonds responsables, avec l’objectif de franchir le palier des 50 % en 2020.

Outre l’immobilier, on note un intérêt soutenu des investisseurs institutionnels pour les actifs réels de diversification tels que les infrastructures ou le private equity. Sur quels types d’actifs êtes-vous positionnés ? Selon quels critères ?

Ce sont des classes d’actifs très pertinentes pour des investisseurs de long terme. Leurs rendements sont attractifs. Ces placements représentent entre 5 et 10 % de notre portefeuille Nous apprécions notamment les fonds infrastructures, sous forme de dette ou de capital, le Private Equity et les fonds investis dans les PME et ETI. Nous sommes aussi sensibles au financement de la transition énergétique. Sur ces thématiques, la priorité est de sélectionner une équipe de gestion performante. Pour ce faire, nous collaborons notamment avec les filiales et partenaires d’OFI AM, Swen Capital Partners, Zencap AM, et InfraVia Capital Partners.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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