L. Chabanier (EY) : "S’appuyer sur l’innovation pour accélérer la transformation du système de santé"

L’innovation au secours de notre système de santé ? Ce n’est plus un vœu pieux. Cette réalité se matérialise tous les jours. Mais le véritable défi est de la transformer rapidement en valeur ajoutée au profit des patients en l’intégrant dans les pratiques et les organisations. L’étude que nous avons réalisée pour le compte du LIR met en lumière le potentiel de développement considérable de l’innovation en santé.

L’innovation au secours de notre système de santé ? Ce n’est plus un vœu pieux. Cette réalité se matérialise tous les jours. Mais le véritable défi est de la transformer rapidement en valeur ajoutée au profit des patients en l’intégrant dans les pratiques et les organisations. L’étude que nous avons réalisée pour le compte du LIR met en lumière le potentiel de développement considérable de l’innovation en santé.

Ce n’est pas une découverte ! Ces dernières décennies, des innovations révolutionnaires ont permis d’améliorer la santé des populations et le champ des recherches dans ce domaine s’est ouvert bien au-delà des molécules médicamenteuses : thérapies cellulaires et géniques, chirurgie assistée par ordinateur, prothèses intelligentes (bras, cochlée, cœur, etc.), simulateur cardiaque, iatrogénie médicamenteuse, intelligence artificielle appliquée, entre autres à la détection des cancers, réalité virtuelle, Big Data. La liste n’est pas exhaustive.

Comment notre système de santé intègre-t-il ce flux incessant d’inventions ? Comment l’utilise-t-il, qu’il s’agisse de télémédecine, des objets connectés, de la recherche clinique sur les molécules, pour répondre aux défis auxquels il est confronté : vieillissement de la population, accroissement des maladies chroniques, désertification médicale, mais aussi ruptures brutales comme la crise de Covid-19 dont les conséquences ont déstabilisé notre système de santé et l’ensemble de l’économie ?

"L’innovation est encore « subie » ou limitée
à des pilotes qui ont du mal à faire
« tache d’huile », alors qu’elle pourrait apporter des solutions rapides et efficaces"

Les réponses apportées en matière d’organisation sanitaire et de financement sont souvent trop lentes et partielles. L’innovation est encore "subie" ou limitée à des pilotes qui ont du mal à faire "tache d’huile", alors qu’elle pourrait apporter des solutions rapides et ­efficaces pour lever de nombreuses contraintes.

Comment faire mieux, ne plus subir ces transformations mais innover pour les anticiper et les intégrer plus rapidement dans les pratiques et les organisations ?

Un état des lieux de l’innovation "dans le tuyau"

Le LIR1, un Think Tank dédié à l’innovation en santé qui réunit des acteurs industriels de premier plan, a confié à EY en 2019 la mission de réaliser un inventaire des innovations de toute nature, qui sont "dans le tuyau" avec une probabilité d’aboutir dans un délai de 3 à 5 ans, de façon à mieux prévoir leurs effets, "préparer le terrain" et engager le dialogue entre innovateurs, professionnels de santé et pouvoirs publics.

Que retenir de cet état des lieux ? C’était une première : il n’existait pas de base publique recensant les innovations en santé. Les études prospectives réalisées auparavant sont partielles et concernent principalement les molécules, alors que cette étude s’intéresse à tous types d’innovation : molécules, dispositifs médicaux et appareils connectés, outils numériques, etc.

Les 315 innovations identifiées ont été catégorisées par typologie, aire thérapeutique, segment du parcours de soins, notamment. Leur valeur au regard de la santé publique a été évaluée à l’aide d’un outil de scoring prenant en compte leur incidence sur les soins, les changements dans les pratiques, la population concernée, leur probabilité à émerger à moyen terme. Sur le nombre, 35 sont potentiellement disruptives et pourraient avoir des retombées majeures sur les pratiques ou les organisations, et 140 laisse augurer des avancées significatives avec un impact important (voir tableau 1).

Les nouvelles molécules resteront une source majeure d’innovation. Elles sont aussi plus faciles à identifier en amont et à intégrer car elles entrent dans le cœur de métier des médecins hospitaliers.

L’innovation non médicamenteuse occupe aussi une place très importante des innovations "dans le tuyau" (voir tableau 2). ­L’e-santé va révolutionner le parcours de soins. L’IA, les outils informatiques, les plateformes et les logiciels sont des vecteurs d’innovation dans de nombreux domaines (analyses médicales, prise de décision médicale, optimisation des traitements, valorisation des données du patient). Ces  outils participent à l’amélioration de la prise en charge du patient par les différents professionnels, de ville ou en établissement. L’anticipation des effets bénéfiques de l’innovation et la mise en place des changements induits sont d’autant plus difficiles qu’elle bouleverse les habitudes et pratiques des professionnels. "Pousser l’innovation" dans le système et "digérer cette innovation" constituent un défi majeur à relever.

Autre conclusion de cette étude : certaines aires thérapeutiques lourdes en termes de santé publique ne sont pas suffisamment ciblées par les innovateurs, par exemple la santé mentale. De même, certaines étapes du parcours de soins sont négligées alors que leurs impacts sanitaires et ­économiques sont considérables.

Se pose alors la question de la ­priorisation de l’innovation : comment "tirer" ­l’innovation utile en plus de "pousser" et "digérer" celle qui est déjà "dans le tuyau" ?

Accélérer le déploiement de l’innovation « dans le tuyau »

Dans un système à bout de souffle, la tentation est de résoudre les crises (grève des urgences, COVID-19, déficits chroniques des hôpitaux, etc.) avec une vision à court terme, c’est-à-dire d’injecter plus de ressources sans engager les changements en profondeur que permettraient les progrès déjà réalisés et l’innovation "dans le tuyau".

La stratégie d’innovation et son déploiement, avec par nature des "pics" et des "creux", doivent au contraire s’inscrire sur la durée et non dans une logique de plafonnement annuel des dépenses de santé.

L’étude réalisée pour le LIR vient à point nommé rappeler que le potentiel de progrès est immense et représente un véritable atout pour réussir les transitions nécessaires. Mais il est indispensable de réduire le délai de déploiement des innovations de rupture. Il s’agit d’abord d’un enjeu de santé pour les patients. Mais c’est aussi un enjeu économique pour le secteur dans son ensemble : la mise en œuvre trop lente d’une innovation retarde d’autant l’apparition des gains attendus sur les plans sanitaire et économique.

Cette étude est une première étape dans la mise en place d’un cercle vertueux dans le processus d’innovation en santé, qui doit servir à lancer un dialogue entre les acteurs de l’écosystème afin qu’ils identifient ensemble les voies et les moyens pour préparer notre pays à choisir, accompagner et diffuser l’innovation en santé qui apportera le plus de bénéfice aux patients et aux professionnels.

L’accélération de la dynamique passe en particulier par le partage au plus tôt, entre les nombreuses parties prenantes de ces changements, des enjeux du déploiement de l’innovation, pour éviter les effets négatifs d’un fonctionnement en silo ou l’isolement d’initiatives individuelles remarquables mais dont l’impact ne permet pas d’atteindre une taille critique qui permettrait leur dissémination rapide dans le système. 

 

Loïc CHABANIER, associé EY

Sur l'auteur. Loïc Chabanier, associé EY, est chargé des activités santé de EY Consulting pour l’Europe de l’Ouest et le Maghreb. Il a acquis une connaissance approfondie de l’écosystème santé grâce à de nombreuses missions auprès des acteurs de la chaîne de valeur : stratégie, organisation, gouvernance, modèles de financement... Il s’implique particulièrement dans le développement de l’e-santé.
 

1 Think tank LIR - http://www.lir.asso.fr/.

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